Colère (2)

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Nous finissons notre repas sur cette touche d'humour qui n'a pas fait mouche. Je vais sur mon téléphone ; voyons Ken Wesker, il y a tout un paragraphe sur son histoire, apparemment, il est parti de rien pour construire sa société et il a une phrase bien à lui “Je ne laisse jamais rien au hasard, je préfère tout contrôler !”. Cela veut dire qu'il est certainement au courant de tous les faits et gestes de ce qui se passe dans son entreprise ; avec ce qui s'est passé avec Hugh, cela ne m'étonnerait pas qu'il ait son espace dans le Somnium, reste à trouver une preuve et ç'a l'air de s'annoncer compliqué. Je me demande pourquoi c'est si pressé et surtout qui est cette personne que Ken ne doit pas approcher, Taïba me sort de ma réflexion :

–On va pouvoir y aller, assure-toi de ne rien prendre de valeur.

–Rien du tout ?

–Prends ton téléphone au cas où.

Je m'habille chaudement, Taïba a pris un long manteau noir, elle annonce :

–Bon, on y va !

–Revenez en un seul morceau ! Nous dit David.

Je ferme la porte derrière moi, le vent froid agresse ma peau, Taïba me montre le chemin en prenant la tête de file, je lui demande :

–Du coup on va où ?

–Dans les bas quartiers, même si j'aime pas l'idée.

Les bas quartiers, c'est le quartier le plus défavorisé de la ville, notre immeuble délabré ressemble à un palace comparé à ici. Remarque, maintenant que j'y pense, l'intérieur ressemblerait plutôt à un de ses nombreux immeubles pour riche que j'ai déjà visité. Nous passons par le quartier rouge où défilent des hommes et des femmes peu vêtus, prêt à tout pour ramener des clients dans leurs boîtes ; même les engelures, beaucoup d'entre eux se sont fait mettre des prothèses robotiques, je demande à Taïba :

–Il y a beaucoup d'augmenté dans le coin ?

–Oui, ce sont les dérives de cette technologie.

–Pourquoi feraient-ils cela ?

–Tous ceux qui font ce métier se font augmenter pour avoir plus de sexappeal, des pénis qui peuvent être de la taille voulue, des poitrines réglables ; tu peux changer tout cela en cours de partie et tout cela dans la plus grande des légalités. Les gens paient très cher pour leurs services, le problème était que la textisanat coûtait presque aussi cher, mais c'est réglé désormais ceux qui souhaiteront partir pourront le faire.

–Je savais pas que c'était un si gros problème.

Elle prend un ton grave :

–Si tu traines jamais dans le coin, c'est normal, personne ne sait ce que ressentent les autres exactement avant de vivre comme eux.

Je lui demande, intrigué par sa phrase :

–Tu l'as vécu n'est-ce pas ?

–J'ai dû faire des choix pour survivre, heureusement pour moi je n'ai jamais eu l'argent pour me faire augmenter.

–Comment es-tu rentrée dans le groupe ?

–C'est Aziz et Cynthia qui m'ont sortie de ce milieu, on a rêvé d'un monde meilleur et on a émigré en France.

–Hum et après, vous avez rencontré Max ?

–C'est ça.

Taïba s'engouffre dans une ruelle sombre et nous ressortons de l'autre côté de la rue ; un raccourci, nous commençons à atteindre les limites du quartier rouge, les personnes se font rares. Quand nous entendons un cri venir d'un coin de rue, je regarde vers le cri, c'est un homme et une femme, la femme a l'air d'être en mauvaise posture ; je ne sais pas quoi faire pour l'aider, j'ai à peine le temps de penser que Taïba se rapproche du couple déterminer :

–Allez, laisse-toi faire !

–Non !

Taïba arrête la main de l'homme et dit :

انه يجبرك؟–

La femme lui répond :

! ساعدني–

L'homme se retourne vers elle :

–Quoiqu'est-ce-que tu me veux salo…

L'homme n'a pas le temps de finir sa phrase que Taïba lui fait une prise et il tombe à terre, elle lui dit froidement :

–Ne vient plus par ici, ce sera mon seul avertissement.

La femme nous prévient :

–Ç'a l'air d'être juste un type bourré qui se sent plus pissé.

–Partons alors, dit Taïba.

L'homme se relève en disant :

–Ouais, c'est ça, rentrez chez vous ! C'est là qu'est votre place ! À la maison !

Au moment où l'homme finit sa phrase, il se prend en grand coup de pied dans la mâchoire ; tellement fort qu'une dent vole, c'est Taïba qui a donné ce coup de pied, l'homme est en train de se tordre de douleur :

–Aaaaah ! Saaalooope !

Elle se rapproche de lui et lui répond en colère :

–Dis-moi ? Toi qui aimes tant que ça voir des femmes rester chez elles, pourquoi tu ne les rejoindrais pas ?!

–Aaah ! Quoi ?

Elle ne laisse pas le temps à l'homme de reprendre ses esprits et lui donne un énorme coup de pied dans les testicules, elle continue à lui donner des coups de pied au même endroit, tout en lui criant dessus :

–Si ça te plaît tant qu'une femme reste à la maison ! Deviens en une espèce de أَحْمَقُ ! Tu crois vraiment que tu peux faire ce que tu veux parce que tu es un homme ! Hein ?!

Je ne l'avais jamais vue autant en colère, avec autant de haine dans ses yeux, mes émotions se bousculent, ç'a quelque chose de bizarre, mais c'est follement excitant de voir toute cette colère qu'elle déverse. Taïba s'arrête, essoufflée, l'homme a tellement mal qu'il oscille entre jurons, cris et larmes, je dis à Taïba :

–Ta petite copine ne m'avait pas menti quand elle disait que tu avais latté les couilles de son agresseur.

Elle me sourit :

–Eh eh !

Taïba commence à faire les poches de l'homme à terre et sort son portefeuille, elle prend le liquide qu'il y a dedans et le donne à la péripatéticienne :

–Appelle une ambulance, dis juste qu'une folle est passée par là, assure-toi d'être partie avant son réveil.

–J'ai l'habitude maintenant avec toi.

Nous nous séparons de leur compagnie et reprenons la route :

–Tu fais ça souvent ?

–Quand j'entends ce genre de réflexions, ça me fait sortir de mes gonds.

–Je vois ça, finalement j'avais pas besoin de t'accompagner, moi qui voulais me rendre utile.

–C’est parce que tu as insistée.

Nous arrivons devant une double porte rouge, Taïba l'ouvre et une voix féminine nous accueille :

–Je t'attendais Taïba, tu deviens quoi ?

–Je suis égale à moi-même et toi Inaya ?

Inaya est une femme voilée intégrale, j'arrive juste à distinguer sa peau mate et ses yeux noirs, elle est assise derrière un bureau propre et rangé :

–C'est toujours pareil ici, elle a un petit rire et continue. J’ai appris que t'a encore cassé des gueules ?

Elle sait déjà ce qui vient de se passer ? Pas de doute, nous sommes au bon endroit pour avoir des informations, Taïba lui répond :

–Et comment !

Inaya finit par me remarquer :

–Vous les prenez dès la maternelle maintenant chez les Démons ?

Je lui réponds, irritée par sa remarque :

–Hey ! Je n'suis pas une gamine !

Taïba rigole :

–Allons ne vexe pas notre petite Rose, sinon après elle va mettre des heures avant de s'endormir.

Elles rigolent toutes les deux, moi, je serre mon poing, si c'était pour me mettre en rogne qu'elle m'a invitée, c'est réussi. Inaya fini de rigoler :

–Bon, trêve de plaisanteries ! Tu veux savoir quoi ?

Taïba s'assoit sur le bureau :

–Tu as des infos sur Ken Wesker ?

–J'ai des infos sur tout le monde.

Elle ouvre un tiroir et demande :

–Tu veux savoir quoi exactement ?

–Tout ce que tu peux me dire sur lui.

Elle prend un dossier qu'elle dépose sur le bureau, je me rapproche pour mieux voir, le dossier n'est pas bien gros :

–C'est tout ce que j'ai sur lui, le réseau n'est pas suffisamment puissant pour en avoir plus.

Taïba lit le dossier et demande :

–Les infos n'affluent plus ?

–Même avec l'aide des Démons cela devient difficile, la triade nous met des bâtons dans les roues, en plus de faire de la contrebande d'arme et de drogue.

–Ils restent dans leur coin ?

–Ils grignotent de plus en plus de terrain.

Taïba s'arrête sur une page et lui demande :

–C'est qui Chell Freeman ?

–Une femme, elle est dans le collimateur de Ken, d'après l'un de ses employés les plus proches.

Je demande :

–Pourquoi ? Qu'est-ce-que qu'elle a fait ?

–Je ne sais pas précisément, mais vu ses antécédents, je dirais qu'elle a des informations sur lui et qu'il ne veut pas que ça s'ébruite.

–Qu'est-ce qui te fait dire ça ? Lui demande Taïba.

–C'est elle qui a ébruité le projet E.S.

E.S. Qu'est-ce que c'est ? Je n'ai pas le temps de poser cette question que Taïba lui demande :

–Et elle est où en ce moment ?

–Elle se cache, elle ne peut pas sortir des Amériques sinon il le saurait.

–Je vois, merci pour les infos.

Taïba redonne le dossier à Inaya qui l'informe :

–La prochaine fois, ne soit pas aussi pressante.

Nous nous apprêtons à partir et Taïba lui répond en ouvrant la porte :

–C'était personnel ! Taïba passe la porte et lui dit, je vais voir ce que je peux faire pour la triade. Restez sur vos gardes.

–Toi aussi et la prochaine fois évite de casser la gueule à nos investisseurs.

–إن شاء الله, dit-elle avec un rictus aux lèvres.

–Au revoir.

Je dis cela en fermant la porte derrière moi, Taïba me demande une fois éloigné de l'endroit :

–Alors qu'est-ce-que tu penses d'Inaya ?

–Je sais pas trop, elle a l'air gentille.

–Si jamais tu as un problème par ici, va la voir, elle pourra t'aider.

Nous pennons la route direction l'immeuble, je lui demande :

–Dis-moi, tu as beaucoup d'influence ?

–Qu'est-ce que tu veux dire ?

–J'ai l'impression que tu connais tout le monde.

–Moi ? Non, mais comme le dit Max nous avons des yeux partout, moi j'ai des yeux sur le monde de la nuit.

–C'est impressionnant… Je peux te poser une question ?

–Demande toujours.

–J'ai parlé à Max hier et il m'a dit ce qu'il ressentait pour ce monde, toi tu en penses quoi ?

–Quand je n’avais pas encore rencontré Aziz et Cynthia, je rêvais de murs enflammés impossibles à traverser, je pense que cela ne m'aurait pas plus choquée que le monde s'autodétruise. Aujourd'hui, j'ai moins envie de le voir disparaître, mais je vais l'épurer pour que je puisse vivre une vie simple avec Claire.

Je ne comprends pas comment Taïba et Max peuvent penser cela, pour moi c'est impensable, je reste confuse face à cette déclaration, Taïba me rassure :

–Ne t'en fais pas, nous avons tous une raison de ne pas détruire ce monde pour l'instant.

Je lui demande alors :

–Et quand l'un d'entre vous n'aura plus de raison ?

–Il attendra les autres.

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