Confession Pré-Mortem.

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Dans quelques instants le bourreau procédera à l’injection létale qui m’enverra de vie à trépas.

Un savant cocktail soigneusement dosé de Thiopental sodique ou de Pentobarbital, de Curare à base de Bromure de Pancorium. Ça déchire ! En dix ou quinze secondes environ je serais propulsé dans l’au-delà.

L’inconvénient de ce cocktail c’est que la mort est trop douce et trop rapide, j’aurais préféré sentir le liquide diffuser lentement dans mes veines, être pris de vertiges, vaciller lentement et embrasser la mort à pleine bouche, goulûment. Un truc un peu orgasmique.

Quitte à mourir autant que ce soit avec panache.

La guillotine, si elle était encore d’usage, présente cet avantage d’une sortie de scène, même si elle est aussi, hélas, trop rapide, beaucoup plus spectaculaire. Mélodramatique, Je dirais même romantique.

L’inconvénient c’est qu’elle provoque un peu plus de boulot au bourreau, l’affutage avant, le nettoyage après du sang qui a giclé un peu partout, le ramassage de la tête pour peu que celle-ci ai décidée de jouer les rebelles et de passer à côté du panier destiné à sa réception. Galère ! On sait jamais sur quelle distance une tête rebelle peut rouler. Je suis un maître en la matière, je sais de quoi je parle.

Mais je digresse, je m’égare, ces considérations techniques bien qu’intéressantes m’éloignent un peu trop de l’objet de cette courte missive que j’adresse aux proches de mes victimes et de façon plus général à la société. Je n'ai que très peu de temps pour la rédiger. j'espère être clair dans mon propos si tant est que ce petit texte soit, un jour peut être, lu par quelqu'un.

Je ne sais plus combien d'oeuvres j’ai à mon actif, ce qui est certain c’est que le nombre annoncé lors mon procès est très en deçà de la réalité. Je regrette de ne pas avoir été plus précis dans la comptabilisation de ma production artistique. Mais comme dit l’adage quand on aime on ne compte pas.

Que dire de chacune de mes œuvres ? Je les ai toutes travaillées avec application et sérieux. Certaines m’ont pris un temps infini, j’ai dû souvent m’y reprendre à plusieurs reprises pour obtenir le résultat attendu. Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage…

Taillader ici, brûler là, scier, percer, briser… La matière du corps humain offre tant de possibilité d’exercer son talent. Les hurlements de peur et de douleur portés à leur paroxysme pour le plus grand plaisir de mes oreilles de mélomane averti. Quelle jouissance !

La barbarie est un art à part entière, Il faut être sérieux ne pas fournir un travail bâclé. Sinon on passe tout de suite totalement innaperçu dans le millieu, on peut même être critiqué.

Je ne souffre pas la critique.

Ce qui me chagrine le plus c’est ne pas me souvenir de l’une de mes réalisations en particulier, ne pas avoir su produire une œuvre majeure qui aurait marqué mon esprit. J'ai su faire preuve d'équité, ne pas en préferer une pour les aimer toutes indifférement.

Bref, le temps m’est compté, j’entends les pas du bourreau dans le couloir de la mort.

je tenais à vous dire que ce fut un réel plaisir que d’avoir pu ainsi côtoyer de façon très intime l’ensemble des êtres qui vous étaient chers.

Sachez qu’aucune d’entre elles, aucun d'entre eux n’a démérité, ils et elles ont toujours été à la hauteur de mes plus folles attentes.

Merci à eux, à elles, merci à vous.

Si la réincarnation existe, c’est avec la plus grande joie que je m’empresserai de renouer, très rapidement, le contact.

Au plaisir.

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