4. Conflictuel

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Avachi dans son fauteuil, Spencer regardait la télévision. Son impatience lui faisait changer de chaîne toutes les deux minutes à la recherche d'un meilleur programme. Les mêmes émissions formaient une boucle inlassable. L'écran passait de publicité en publicité, parfois agrémentée d'un blabla, d'une météo, d'un journal tardif ou d'un feuilleton assommant. Il savait pourtant l'heure peu propice à de grands films, mais il ne pouvait se résigner à attendre sans s'occuper.


Par intervalle régulier, il passait une main dans ses courts cheveux noirs en soupirant. Ses nombreuses œillades vers l'horloge lui donnaient le sentiment de voir le temps s'étirer à l'infini. Son humeur déjà maussade devenait au fil des heures plus sombre. Ses yeux bruns semblaient prêts à lancer des missiles. Tous les sens à l'affût, il surveillait la porte d'entrée. Étudiant tous les bruits de pas qu’il percevait dans le couloir, il se levait à la hâte au moindre doute, dès qu’il présageait le retour de sa copine. Mais à chaque fois, il se rendait compte qu’il ne s’agissait pas d’elle et se rasseyait en bougonnant.


Dès qu'Houna allait rentrer, Spencer comptait bien lui faire une scène. Sans savoir où elle était, ce qu'elle faisait, avec qui... Son agacement touchait à son paroxysme, il se leva de son siège et épia à la fenêtre. Rien de concluant. Il se mordit l'intérieur des joues avec un air menaçant. Il devait être patient, pas le choix.


Lorsqu'enfin la clé tourna dans la serrure, les lumières étaient éteintes dans l'appartement. Dissimulé dans la pénombre, Spencer vit sa copine entrer et déposer son sac dans le vestibule. Elle souffla et il crut distinguer un sourire satisfait sur ses lèvres. L'homme serra le poing. La blonde entreprit de traverser le salon pour rejoindre la chambre dans le silence le plus complet, mais lorsqu'elle se cogna le petit orteil au coin d'un meuble, elle jura.


Spencer poussa l'interrupteur et la lampe éclaira la pièce d'un halo blanchâtre.


« Je peux savoir où tu étais ? »


La bouche grande ouverte, Houna dévisagea son copain. Un pied en main, elle se tenait dans un équilibre précaire alors que ses traits trahissaient sa douleur et son étonnement.


« Aïe putain ! »


La jeune femme se frictionna le pied. Spencer, les bras croisés sur la poitrine, la fixa en train de sautiller sur place et reposer délicatement son pied sur le parquet ciré. Ses yeux étaient tels des lance-roquettes. Une lueur meurtrière habitait son regard. Là, en réalité, Houna était morte vingt fois.


« Réponds-moi, Houna, réitéra-t-il, la voix grondante.
— Je te l'ai déjà dit ! J'étais en concert ! C'était le dernier avant de signer notre contrat.
— Qui était là ?
— Ben, comme d'hab, les 2WW, nos fans, des gens... Tu vas quand même pas me faire un caca nerveux pour ça !
— Ça fait sept heures que je t'attends ! Sept heures !​​​​​ »


Houna leva les yeux au ciel et s'adossa contre le mur, blasée.


« Je commence à en avoir marre que tu fasses ta catin quand je ne suis pas là ! T'es à moi ! Tu as compris ? Personne n'a le droit de poser la main sur toi ! Le premier qui te regarde de travers ou te touches, je lui bute sa gueule ! Alors tu vas me faire le plaisir d'arrêter de traîner quand tu as fini de chanter devant ton "merveilleux" public ! Ça commence à bien faire ! »


Spencer articulait ses mots à l'extrême faisant planer une tension menaçante dans l'air.


« Tu me saoules à vouloir me contrôler comme ça tout le temps, souffla Houna, lasse. Je t'aime bien, Spencer, mais si c'est pour se prendre la tête tous les soirs... Ça fait dix jours que je t'ai parlé de ce concert, que tu ne devais pas m'attendre. Mais t'en fais toujours qu'à ta tête.
— Tu m'as jamais dit que tu sortais ce soir !
​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​​— Je ne peux pas rentrer à la maison directement après le concert ! Fallait bien fêter notre premier contrat ! On n'en avait pas encore eu l'occasion avec les Wanted. »


​​​​​​​Elle avait mis les poings sur ses hanches. Les sourcils froncés, elle affrontait le regard assassin du jeune homme qui partageait sa vie -et son toit- depuis presque deux ans. Deux ans en compagnie de cet homme un brin revêche, rustre et colérique.


Qu'il était loin ce temps où ils se pardonnaient tout, s'efforçaient de se montrer compréhensif pour les besoins et les projets de l'autre. Leur relation avait toujours été explosive, un rien les irritait. Lors des crises de colère, ils s'insultaient de tous les noms, se battaient à moitié, proféraient des menaces. Mais la seconde d'après, ils s'embrassaient fougueusement pour enterrer la hache de guerre aussi vite que leur différend était apparu. Mais plus maintenant. Le vent avait tourné et soufflait sur eux une divergence qui les éloignait chaque fois plus.


« Le contrat ! Encore et toujours le contrat ! Tonna Spencer en abattant sa main sur la table dans un bruit fracassant. Tu n'as plus que ça en tête ! Y en a plus que pour votre groupe et votre musique !
— C'est ma vie, Spencer ! J'ai toujours voulu être professionnelle et c'est pas maintenant que c'est sur le point de se produire, que tu vas m'arrêter ! Se défendit-elle en haussant le ton.
— Tu vas enterrer deux ans de ta vie, de notre amour pour ton rêve de chanteuse ? Tout ça, ici, n'a plus aucune importance alors ? Demanda-t-il en désignant le salon.
— Exactement ! S'il le faut, je le ferai. La musique avant tout. On a trop trimé pour s'arrêter là avec le groupe. Et si ça ne te plaît pas, tu peux dégager. »


​​​​​​​Elle replaça une mèche rebelle derrière une oreille et se dirigea vers la chambre, le menton levé.


« Je te jure que si tu fais ça, je ferai de ta vie un enfer ! » La menaça Spencer.


Il voulut la rejoindre dans la chambre, mais la porte claqua devant son nez. "Cause toujours, tu m'intéresses" entendit-il filtrer à travers le chambranle. Il tambourina le battant avec force.


« Houna, ouvre ! »


Il attendit. Aucune réaction.


« Houna, ouvre ! Éructa Spencer en martelant la porte une seconde fois.
— Je veux plus te voir Spencer !
— Houna, je vais m'énerver !
— T'es déjà énervé ! Hurla-t-elle plus fort.
— Ouvre cette putain de porte, bordel ! »


Mais elle resta définitivement fermée.


« Très bien, Houna. Je raconterai ton petit secret à la police ! On verra si tu fais toujours la maligne ! »


Il tapa une dernière fois le battant avec toute la violence dont il était capable, exprimant sa rage folle, et tourna les talons pour sortir, balançant par terre tous les objets qu'il trouva sur son chemin.

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