3.2. Highway To Hell

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On ne sait pas ce que ça fait que de se retrouver en face de notre double, on ne peut pas le savoir avant de l'avoir vécu. C'est comme de perdre notre identité. On ne sait plus où on est, qui on est. Soudain, on est happé par cette ressemblance tranchante et on s'y coupe. Dans nos regards et nos cœurs se déclenche une guerre sans merci. Une guerre où personne ne sortira vainqueur, mais un seul de nous en survivra... Se retrouver face à son double, c'est comme de se battre contre soi-même.


***


Les musiciens montèrent sur scène avec un certain retard. Une belle rouquine se plaça derrière la batterie, elle joua avec ses baguettes pendant que les garçons préparaient leur basse et guitare. Quelques accords de guitare esseulés se perdirent dans le club, ténus mais annonçant déjà le balbutiement de leur concert.


Dréogène ne quitta pas la scène du regard. Son cœur se serrait à l'idée de découvrir son alter ego. Cette fille qui, sans jamais l'avoir vue, lui mettait déjà tant d'embûches sur son chemin. Un frémissement balaya la salle quand, enfin, Houna retrouva les siens. Une salve d'applaudissements l'accueillit.


Une guitare en main, elle s'avança vers le micro qu'elle ajusta à sa hauteur.


« Bonsoir les gars. »


Sa voix résonna dans la salle, chaude et sensuelle. Dans son coin, Dréogène frissonna. Houna prenait la parole devant un large public avec un aplomb naturel. Son sourire ravageur électrisa les fans et intriguèrent les plus sceptiques. Avec plus de cent cinquante personnes ce soir, The Wanted Warriors battait un nouveau record personnel.


« Avant de commencer à jouer, je voudrais dire deux petits mots. »


Pendant quelques secondes, l'auditoire resta suspendu à ses lèvres. Elle allait faire une annonce, une annonce importante, sans nul doute puisqu'elle voulait en faire part à tout son public.


« Je voulais vous remercier, vous. Que vous soyez des proches, des fans, des personnes lambda. Merci d'être là, merci d'être venu, merci de nous écouter. Voilà maintenant deux ans qu'on galère avec mes potes. On a sué sang et eau pour pouvoir en arriver là. Aujourd'hui, on a eu confirmation de ce qu'on rêvait depuis toujours. Demain, on signe notre premier contrat et on va enregistrer notre premier album ! Cette première chanson est donc dédié à vous, pour vous remercier de nous avoir encourager à continuer. Merci L.A., merci le Luxurious Blood ! »


Le calme précéda la tempête. D'abord doucement. Les guitares soufflèrent les premières notes. Singulières et régulières, elles dévoilaient une mélodie et s'insinuaient telle une brise dans la foule.

Puis monta crescendo. La batterie se mit en branle, orage tonitruant qui retentissait jusqu'au comptoir. Les vibrations rythmiques se répercutaient contre les murs pour fondre sur les spectateurs et les emplir d'un sentiment nouveau. Vides et pleins à la fois, ils avaient l'impression que les battements de leur coeur suivaient les variations que leur insufflaient les instruments sur scène. Manipulés par des musiciens talentueux, ces engins prenaient vie. Ils se muaient en créatures perfides, leurs âmes cycloniques cherchant à faire chavirer l'apathie des auditeurs.

Bouquet final, la voix d'Houna s'éleva. Ses paroles foudroyantes souleva diverses réactions dans le public : cris, danses, gestes désinvoltes ou même stoïcisme empreint d'un plaisir contenu.

Dréogène participait à la dernière catégorie. La musique sondait son corps et son être au point qu'elle ne put bouger. Figée telle une statue, elle contemplait la scène avec une admiration qui frôlait l'effroi. Était-ce possible d'avoir un tel contrôle de soi, de sa voix ? Cette manière qu'Houna avait de jouer du regard avec le public la rendait irrésistiblement attirante. Son corps chétif renvoyait d'elle une image de fragilité et de douceur, mais lorsqu'elle chantait, une énergie explosive ressortait de sa gestuelle. Une force incroyable résonnait dans cette fille, accentué par ce caractère rebelle que l'on devinait par ses tatouages et son style sombre et destroy.


Face à un double de son acabit, Dréogène ne se sentait pas de taille. Elle se rongea les ongles en fixant ce spectacle hallucinant, totalement impuissante. L'ambiance dans le Luxurious Blood s'enflamma au point que l'air devint suffocant. La jeune femme manqua d'air.


Un dernier regard dans la foule lui permit de repérer Aldrick. Entouré de ses amis humains, il se déhanchait sur la musique. Un sourire rayonnant illuminait son visage, le rendant à peine reconnaissable. Cette euphorie le rendait beau. Et le voir ainsi acheva Dréogène. Houna semblait plaire à Aldrick, au vu de toutes les qualités dont il l'affublait, or elle savait que ce n'était pas son cas. Un point douloureux lui vrilla la poitrine à cette idée. Cette prise de conscience intensifia son sentiment d'asphyxie.

Elle sortit du club à la hâte, mais force fut de constater que malgré l'air extérieur cette impression de perdre haleine ne s'arrangea pas. Que du contraire, sa respiration s'accéléra, haletante. Une chaleur écrasante l'éreintait. Dréogène marcha sur le trottoir en quête d'une source apaisante jusqu'à ce que sa vision se trouble. Son angoisse s'amplifia à mesure qu'elle réalisait que son avancée devenait difficile et douloureuse. Elle pressa une main sur son cœur pour cesser cet élancement qui la faisait souffrir. Elle se perdait. Dans sa tête se déroulait un champ de bataille. Les idées se court-circuitaient, s'enchevêtraient dans un méli-mélo incompréhensible. Plus rien n'avait de sens, ses pensées n'avaient ni queue ni tête, seule une alarme sonnait. Une alarme stridente qui siffla dans ses oreilles et étouffa les dernières notes du concert qu'elle pouvait encore entendre juste avant.


Dréogène s'appuya contre un mur. Ses jambes tremblantes finirent par céder sous elle. Ne sachant plus qui elle était, ni où elle se trouvait, elle tournoyait dans un affolement sans fin. Elle allait mourir, forcément, puisqu'elle n'arrivait décidément plus à respirer.


« Hey ! Mademoiselle ! Regardez-moi ! Mademoiselle ! »


La Sen'nyu Futae rouvrit les yeux. Ses yeux bleu acier qu'elle n'avait même pas eu conscience d'avoir fermés.


Une tache floue et sombre se découpait sous un faisceau lumineux. La silhouette d'un visage. Dréogène sentit une main se poser sur son bras. Son esprit lui intimait de lâcher prise, de se laisser mourir alors que son instinct, plus tenace, la poussait à se battre et faisait battre son cœur à tout rompre. Elle referma les yeux dans une grimace.


« Je... J'a... J'a... J'arr... ive... e... plus... à... re... re... respi...pi... rer...
— Regardez-moi ! Gardez les yeux ouverts ! Concentrez-vous sur moi, ou sur ma voix, sur ce que vous voulez ! »


Enveloppée d'un épais brouillard, cette voix lui apparaissait comme douce et agréable. Les mots se suivaient sans forcément avoir de liens. La jeune femme éprouva du mal à reconstituer le sens de sa phrase mais Dréogène voulut s'y cramponner.

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