3.1. Le Luxurious Blood

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Nous sommes des Sen'nyu Futae, en japonais, cela veut dire des sorciers doubles. Dans la vie de tous les jours ou dans le monde des humains, on a plutôt tendance à dire que nous sommes des doppelgängers. Oui, c'est barbare. C'est normal, ces Allemands ont toujours eu des mots bizarres pour nous décrire.

Notre présence est vue comme mauvaise et annonciatrice de mort. Pour ça, le folklore n'a pas tout à fait tort. Certains Sen'nyu Futae sont de véritables bouchers. Parfois, le hasard fait bien les choses et une occasion suffit. Dans d'autres cas, on force le destin... Mais ça se termine rarement bien.

Je ne saurais dire pourquoi nous avons commencé à prendre la place de nos doubles. L'espèce humaine regorge de richesses, d'abondance, d'intelligence. Il y a quelque chose d'incroyablement fascinant à les regarder, à les admirer, à les envier. On se met à s'imaginer à leur place, et on ne peut s'empêcher de vouloir vivre leur vie. C'est comme ça, on n'a pas le choix. C'est comme de vouloir empêcher un chat de chasser une souris. C'est son instinct. Refusez de le faire et c'est l'opprobre qui s'abat sur vous. Notre honneur en dépend. Pour ça, c'est vrai que le japonais nous correspond bien. Nous ne transigeons pas avec les coutumes.

***

Le Luxurious Blood se différenciait des autres clubs par une ambiance sombre et décalée. Régulièrement, ils organisaient des concerts pour animer les soirées. Les jours où ils invitaient des groupes à forte notoriété, la salle était comble. The Wanted Warriors n'était peut-être pas encore célèbre, mais leur réputation se forgeait au fil des concerts et des semaines.

La période estivale s'annonçait comme le moment opportun pour se faire un nom. Les gens désiraient sortir, découvrir, écouter de la musique et déplacer toujours plus loin leurs limites. Qu'il s'agisse de goûter aux drogues dures, de se saouler, de célébrer une bonne nouvelle ou encore de rencontrer le grand amour, les raisons de faire la fête ne manquaient pas à Los Angeles. Les Angelins qu'ils soient heureux ou tristes, riches ou pauvres, vivaient constamment dans l'ébriété.

D'humeur maussade, Dréogène se tenait au bar sur une chaise haute. Elle contemplait son verre, la mine défaite.

« J'aurai dû lui dire ses quatre vérités ! », se plaignit la sen'nyu futae.

La pauvre ruminait encore l'épisode de l'avion. En revenant s’asseoir à côté d'Aldrick, elle n'avait finalement rien su dire. Un malaise l'avait rendue muette et son voisin l'avait pleinement ignorée.

« Prochaine fois que je le vois, je le lui dirais ! »

Elle avala le reste de son jus d'orange cul sec et déposa son verre bruyamment sur le comptoir.

« Monsieur ! La même chose, s'il vous plaît. » Interpella-t-elle un serveur.

Un homme s'installa à côté d'elle.

« Dréogène. Pour une fois que tu dois te fondre dans le décor, tu ne sais même pas t'y tenir. »

Mince, sans même lui jeter un coup d'oeil, elle reconnut le nouveau venu. Et avec son arrivée s'envola le peu de confiance qu'elle avait encore. Déjà émiettée une première fois dans l'avion, son assurance se faisait piétiner à grands coups de reproches. Elle se recroquevilla sur son trépied.

Le barman lui servit son deuxième verre, elle n'osa y toucher. Le regard baissé, son attitude caricaturait l'expression d'un chien pris sur le fait. Elle avait pourtant fait de son mieux : perruque brune, lentilles de couleur et des vêtements à l'opposé de ce qu'elle imaginait sur Houna. Tout pour éviter qu'on la confonde avec son sosie.

« Je pourrais difficilement faire mieux... se justifia-t-elle.
— Si, mais il aurait fallu ne pas venir du tout. »

Dréogène se ratatinait sur place.

« Tu es vraiment antipathique Aldrick, rétorqua-t-elle dans un élan de courage.
— Je ne dis pas ça pour être méchant.
— Vraiment ?
— Tu sais ce que j'en pense. Je ne vais pas t'encourager pour te faire plaisir. »

Si seulement, pensa Dréogène.

« Moi à ta place, je ne me voilerai pas la face. Tu n'as absolument aucune raison d'être là. Ta place est en Ukraine, dans la Galerie, pas ici ! »

Il en revenait à la fameuse Galerie. Leur repère, leur ancrage. Le seul endroit où tout Sen'nyu Futae pouvait être lui-même, loin du regard des humains. La galerie se composait de nombreux couloirs, salles et chambres. C'était le quartier général de la communauté, enfouie sous l'île de Khortytsia, une terre sacrée. Son entrée restait secrète dans l'actuelle réserve naturelle nationale historique. Là où Dréogène avait passé la plus grande partie de sa vie et où eut lieu sa cérémonie de mitsukeru.

« Je vais te dire ce que tu vas faire : tu vas attendre un peu pour la voir sur scène. Lorsque tu l'auras vue, tu vas te rendre compte à quel point le monde dans lequel elle vit ne t'appartient absolument pas. Tu vas alors prévenir Jal' de ne pas prendre l'avion et lui dire que tu reviens demain. »

Sur ces mots, Aldrick s'était penché vers elle. Sa voix sifflait tel un serpent venimeux.

« Une fois de retour en Ukraine, tu postuleras pour avoir un poste de maître de cérémonie, ou autre chose dans le genre, et éviter le déshonneur sur ta famille. »

Qu'il était beau ce verre de jus d'orange... L'attention de Dréogène se cramponnait à lui tel un naufragé à sa bouée de sauvetage. Garder la tête hors de l'eau, c'était tout ce qui comptait. Si Aldrick l'avait tuyautée pour rencontrer Houna au plus vite, ce n'était certainement pas pour l'aider dans sa tâche.

« Je verrais bien, Aldrick... »

La Sen'nyu Futae amena son verre à ses lèvres avec le désir ardent de pouvoir s'y noyer, en vain.

« Alors, je te conseille de bien regarder. »

La manière sur laquelle il insista sur ce "bien" était horripilante. Heureusement pour elle, il commanda un verre et disparut dans la foule, au plus près de la scène. Elle profita de ce moment de répit pour souffler. Sa boisson la rappela à sa médiocre opinion d'elle-même. Autour d'elle, on buvait une rasade de whisky, de bière ou de tequila. Quel genre de nénette boit du jus d'orange en soirée ?

Elle soupira. Ce n'était pas tout ça, mais elle devait se fondre dans la masse. Elle but son verre d'une traite et se retira pour se loger dans un coin, au fond de la salle. Pour éviter tout malentendu, elle mit même son capuchon sur la tête.

De là où elle se situait, elle pouvait distinguer Aldrick taquiner des humains et rire avec eux. L'image qu'il donnait de lui était contradictoire avec le comportement qu'il avait eu avec elle. Comment pouvait-on se montrer aussi... double face ?

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