2.1. Méchanceté gratuite

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Quelqu'un a dit un jour que le plus beau des voyages, c'est celui qu'on n'a pas encore fait. J'espère qu'il dit juste. Le voyage que je m'apprête à faire est celui qui me mettra sur la route de mon destin. Une épreuve que chaque Sen'nyu Futae surmonte à l'âge adulte : la rencontre avec notre alter ego.

***

« C'est quand même fou que tu ailles dans la même ville qu'Aldrick ! »

Pour toute réponse, Dréogène grommela quelques mots inintelligibles. La fatigue étirait ses traits et exacerbait sa mauvaise humeur. Ils avaient quitté l'île de Khortytsia de bon matin pour rejoindre l'aéroport de Zaporijia, avec Aldrick. Ce dernier marchait quelques mètres devant eux.

« Qu'est-ce que tu dis ? Demanda Jalmani.
— Rien, laisse tomber. »

Jalmani lui prit la main, la forçant à s'arrêter et se retourner pour lui faire face.

« On en a déjà discuté. Tu es capable de le faire Dréo ! Rien ni personne ne doit te faire croire du contraire, et certainement pas toi ! »

La Sen'nyu Futae l'évita du regard. Cette situation la contrariait particulièrement. Aller à Los Angeles ne la dérangeait pas, retrouver sa jumelle non plus... Ce n'était que pour la voir de loin, rien de contraignant... Mais prendre l'avion et se retrouver dans la même ville qu'Aldrick, ce grand blond prétentieux ? Ça, elle ne pouvait l'accepter.

« Hé oh ! Je te parle Dréogène. »

Jalmani posa sa main sous son menton, l'invitant à lever ses yeux vers lui.

« Je sais Jal', soupira-t-elle. Disons juste que... Je n'adore pas spécialement la personne qui m'accompagne.
— Tu sais bien que je t'aurai accompagné avec plaisir, mais la coutume veut que tu sois seule pour cette première rencontre. »

Décidément, il ne comprenait pas.

« Je te rejoindrais dès demain, quand tu auras un peu pris tes marques, précisa Jalmani.
— Je sais, mais c'est pas...
— Hé les gars ! Dépêchez-vous, on ne va pas y rester toute la journée ! »

Aldrick venait de la couper. Rien que d'entendre sa voix, Dréogène sentait ses poils se hérisser.

« Ouais, on arrive ! », répondit Jalmani avec une bonne humeur excessive.

Il prit la valise de Dréogène et rattrapa la distance qui les séparait.
Laissée à la traîne, Dréogène fit la moue. Elle regarda autour d'elle avec une expression de dégoût avant de les rejoindre. Ils s'éclataient déjà comme des gosses à la maternelle.

« Ce serait vraiment génial, s'exclamait Jal'. On ira, hein, Dréo ?
— Hmm, de quoi ?
— Aldrick dit qu'il organise une soirée dans trois jours pour l'anniversaire d'une amie. Ca te tente d'y aller ? C'est une occasion pour connaître les gens du coin aussi ! »

Mais oui bien sûr, je suis tout ouïe, ironisa Dréogène pour elle-même. Et si quelqu'un la reconnaissait comme étant son double, bonjour les emmerdes.

« Oui... Pourquoi pas... »

Aldrick la fixa d'un air sévère alors que Jalmani reprit la parole. Il planifiait déjà toute la soirée, ignorant la tension qui émanait des deux jeunes gens. Intimidée, Dréogène baissa le regard et passa le portique pour les embarcations. Face à un homme de son gabarit, elle n'avait aucune chance. Surtout qu'Aldrick n'était pas le plus tendre.

Au moment de partir, Jalmani serra son amie dans ses bras.

« Fais pas de bêtises. J'arrive bientôt de toute façon. »

La Sen'nyu Futae acquiesça. Jal' s'approcha d'Aldrick pour lui parler plus discrètement.

« Tu feras gaffe à Dréo pour moi ? Elle pense vraiment qu'elle ne réussira pas à remplacer sa Futae. Faut la soutenir pour qu'elle arrête d'être pessimiste et qu'elle mette toutes les chances de son côté.
— Je t'entends, Jal'. », rétorqua-t-elle d'une voix atone.

Il haussa des épaules pour s'excuser de son indiscrétion.

***

Dès que Jalmani se retrouva loin d'eux, un silence étouffant s'installa. Ce ne fut qu'une fois installés dans l'avion, assis l'un à côté de l'autre, qu'Aldrick retrouva la parole.

« Tu ne dois pas croire tout ce qu'il te dit. »

Dréogène se raidit dans son fauteuil.

« Je ne dois pas croire quoi ?
— Que tu réussiras à remplacer ta jumelle. »

En disant cela, ses yeux noisette la sondèrent. Les mains de la jeune femme se refermèrent sur son accoudoir.

« Pourquoi tu dis ça ? »

Dans sa voix, une pointe de tristesse filtrait.

« Parce que tu n'y arriveras tout simplement pas.
— C'est... Très impoli de ta part de dire ça. »

Elle n'avait pas trouvé les mots pour dire ce qu'elle ressentait exactement au fond d'elle. Aldrick fronça les sourcils et la force de son regard la cloua sur place.

« Je ne rigole pas, Dréogène ! Tu ne lui arriveras jamais à la cheville, à Houna. L'idée même que tu voudrais encore essayer est absurde. C'est totalement hors de ta portée !
— Tu... Tu la connais alors ? Demanda-t-elle timidement.
— Bien sûr ! Enfin, pas personnellement. C'est l'amie d'un ami... Et elle est très appréciée dans son entourage. Crois-moi quand je te dis que tu n'as aucune chance. »

Dréogène baissa la tête. Tout ça ne lui disait rien qui vaille. Elle se sentait déjà impuissante, mais entendre les affirmations d'Aldrick cassa son moral. Elle avait envie de pleurer. Tout son entourage, excepté son meilleur ami, la pensait incapable de procéder au Chikan. Le pire, c'était qu'elle était de leur avis. Elle voulut se cacher sous son siège ou mieux, sortir de l'avion. Mais voilà qu'elle était coincée à côté du Sen'nyu Futae et que l'atmosphère pesante l'étouffait de plus en plus. Comme dernier recours, elle tenta de changer de sujet.

« Qu'est-ce que tu sais sur elle ?
— Que vous êtes complètement aux antipodes. Houna est tout simplement unique. Elle a un style bien à elle, des amis proches qui la connaissent très très bien, sa carrière musicale est en pleine ascension...
— Elle... elle fait de la musique ? »

À cette révélation, Dréogène avait des sueurs froides. Aldrick lança un regard plein d'éclairs.

« Elle est chanteuse-guitariste... Et ils vont bientôt sortir un album avec son groupe. »

La jeune femme encaissa difficilement. Sa prise se serra sur son accoudoir. Elle ralentit sa respiration au maximum. Elle devait tout faire pour garder contenance face à son voisin. Les larmes cependant se logèrent au bord de ses yeux.

Sans lui porter attention, Aldrick continua en fixant son hublot :

« Même si tu le voulais, tu as toujours été nulle pour simuler... Tu ne serais tellement pas crédible dans le rôle d'Houna. »

C'était de trop, Dréogène se leva et s'excusa auprès des voyageurs qu'elle dérangea pour passer. Elle se précipita dans les toilettes où elle s'enferma à double tour et laissa libre cours à son chagrin. Le témoignage d'Aldrick venait de la toucher pile où ça faisait mal. Elle avait retenu ses larmes du mieux qu'elle pouvait devant lui, mais la douleur était trop forte pour rester stoïque face à sa méchanceté. Il était cependant hors de question que cet homme voie sa faiblesse. Non, elle ne pouvait pas se laisser abattre, elle devait le prendre à bras le corps ! Elle essuya ses larmes, se calma deux minutes et revint à côté de celui qu'elle considéra désormais comme son ennemi juré.

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