Lui

Une minute de lecture

Je respirais un peu de nuit, comme un nuage d’écume, les yeux mi-clos devant ton visage sérieux, fermé d’ombres bleues. Je te voyais, vraiment. Je comprenais, enfin. Ta beauté d’antan, ta laideur au temps qui passe : un trou noir, la somme de toutes mes galaxies, celles que j’ai égarées comme des billes dans la poche crevée de mon enfance pourrie.

Silence arraché : tu m’as parlé, la langue fourbe, le verbe haut. Encore une fois, je n’ai pas répondu : à tes maux toujours j’appose mon théorème, des fragments d’abîme, cette voix en moi, au profond, qui murmure des peut-être aux odeurs de rose.

Mais si je ferme les yeux, si je te refuse au décor imprimé dans le moire de mes pupilles closes, me viennent des images de nous, perdus dans les bosquets, égarés à l’aube éventée de notre vie trépassée : les promesses couraient sur nos lèvres comme des baisers fous en ruisseaux, nos mains se joignaient au bonheur de nos peaux gorgées de soleil, de sucs ; voilà de quoi écrire sur ce parchemin une vie rêvée d’anges, sans démons, pensais-je alors.

Puis : la vie.

Je t’ai aimé. Beaucoup. Trop. Vraiment. Or, cette personne que j’ai aimée ne se tient plus devant moi, elle est fondue dans ton ombre. Je ne vois en toi qu’un monstre, la réminiscence malade d’un mythe d’enfance qui prend racine dans le lit et donne au rêve la pulsation malade d’un cœur sans souffle. Un étranger qui trace son invisible sillon dans un décor familier, hurle à en vomir par tous les pores. Un étranger qui s’est dilué dans les promesses éthyliques d’une boisson brandie avec un regard torve. Un étranger qui s’évanouit sans fin dans les vapeurs d’alcool.

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