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    La pluie qui tambourinait sur la vitre créait un vacarme de tous les diables. C'est d'ailleurs à cause d'elle et de son acolyte le vent que l'électricité avait été coupée plus tôt dans la journée.

    Un homme était assis à son bureau. Affalé sur le fauteuil de tout son corps longiligne, il fixait un point imaginaire à la manière de ceux que l’on croise dans le métro, le regard vague et les pensées perdues au fil du quotidien.

C'était la fin de la journée. Le professeur pouvait enfin souffler. Il fallait dire que ses élèves avaient laissés de nombreuses marques de leur passage : la table du premier rang, celle à côté du mur gauche, arborait un énième griffonnage. L'homme n'avait même pas daigné se déplacer pour savoir de quoi il s'agissait. Ces mioches dessinaient tout et n'importe quoi. Un peu plus loin, une chaise était renversée et toutes les tables aux alentours déviées. Une imposante trainée de taches décorait à présent le sol. En s'avançant un peu, on aurait aisément pu constater qu'il s'agissait d'encre. Mais l'homme n'en fit rien, il le savait, et c'était déjà bien.

Ses derniers élèves étaient des gamins à peine sortis de l’école primaire. Le silence et l’obéissance étaient pour eux deux notions complètement abstraites. Autant dire que la sonnerie retentissait toujours trop tard.

    Au fond de la classe, il entendit la fermeture éclair d'un sac à dos se refermer, puis des pas lourds se diriger vers lui tandis qu'un dernier élève dont la lenteur était devenue légendaire passait enfin devant son bureau.

« Au revoir, monsieur Joly !

- Bon week end.

- A vous aussi ! »

    Le professeur n'avait cependant pas remarqué l'enfant manquant de peu la collision avec un autre homme, plus grand, qui venait de faire irruption dans la pièce.

    Comme il n'avait pas obtenu l'attention qu'il désirait, il toqua bruyamment sur la porte déjà ouverte.

L'autre releva la tête, et sortit de ses rêveries.

    Devant lui se trouvait un grand dadais dont la tête frôlait une poutre, située à quelques centimètres de sa tête chevelue. Les longues manches de son t-shirt noir lui descendaient jusqu'aux coudes, ce qui lui donnait un petit air de chauve-souris. Son jeans, quant à lui, devait dater de son adolescence. Pour sûr.

    Alexandre entendit un collègue fermer sa porte de classe à clef avant que le bruit saccadé de ses petits pas s’éloignât progressivement le long du couloir désormais quasiment vide d'humanité.

« Salut, Ben.

- Comment va mon colocataire préféré ? Demanda-t-il tout en embarquant une chaise à la volée, qu'il déposa non loin de son interlocuteur.

- Comme à chaque fin de journée. Tu n'as pas fini plus tôt ?

- C'est justement pour ça que je suis venu te voir ...

Il s'avança arborant un air mystérieux, comme s'il allait lui révéler quelque chose qui allait changer sa vie.

- En effet. J'ai finit à 16 heures, comme tout les vendredis. Mais ...

- Mais ...

- Quand j'eus finit de verrouiller la porte de ma salle, je me suis retourné, et là ... Devine qui est-ce que je vois, marchant tranquillement devant moi, et m'adressant un sourire ?

- ... Samantha Deneau.

- Exact !

- Et c'est pour ça que tu n'es toujours pas rentré. Tu l'as invitée à boire un verre, mais tu as dû revenir car tu t'es rappelé que je suis le seul d'entre nous deux à posséder une voiture, répliqua-t-il, un maigre sourire apparaissant sur son visage aux ternes nuances.

- En réalité ... Pas ... Pas tout à fait, non.

    Ben soutint quelques secondes le regard de son ami puis rabaissa les yeux, honteux.

- Je lui ai renvoyé son sourire du mieux que j'ai pu, puis elle a continué son chemin. Du coup, je suis allé décompresser chez le vendeur de vinyles.

- Tu ... Tu n'es pas sérieux !

- Bah quoi ? Qu'est-ce que tu voulais que je fasse ?

- Je ne sais pas, moi ! « Bonjour, tu veux aller boire un petit quelque chose au café du coin ? » C'est pas si compliqué, enfin !

- Ok alors je reformule ma question : Que voulais-tu que je fasse avec mon physique d'orque, mes poignées d'amour, mes bras tout flasques et mes mains rudes comme le cuir ? Hein, dis-moi.

- Ben ...

- Ok Alex, mais tu sais quoi ? On n'en parle plus. C'est comme ça, et c'est tout. Je n'aime pas le sport, le sport de m'aime pas non plus, on n'en fera pas toute une histoire. Cette fille, elle ne regarde que les gars bien foutus.

- Tu n'en sais rien !

    Cela faisait quatre ans qu'Alexandre et Ben se connaissaient. Quatre ans qu'ils habitaient et travaillaient ensemble. Et quatre ans que le fan de zombies et d'univers fantaisistes avait des vues sur Samantha, une professeure d'espagnol qui ne fait que de lui adresser de simples civilités.

Car il faut bien admettre qu'après tout ce temps, en dessous de ses t-shirts simples et amples à l'effigie d'un groupe de rock ou d'un des personnages de Tolkien, ce corps imposant et brute cachait en réalité un véritable cœur d'artichaut.

Alexandre allait répliquer, alors qu'un vibreur se fit entendre.

Les deux hommes restaient béats, leurs yeux grand ouverts.

- C'est toi ? Demanda Alex.

Ben tâta la poche de son jeans, avant de secouer la tête.

Son ami se jeta dans sa sacoche, cherchant frénétiquement l'objet émetteur.

Il déposa son téléphone sur la table, et esquissa une petite mimique au niveau des yeux, que Ben connaissait bien.

- Mauvaise personne ?

Il haussa les épaules.

- Numéro inconnu.

**********

    Alex décrocha prestement. Ca pourrait être n'importe qui, car très peu de numéros étaient enregistrés dans son téléphone. Si c'est pour ne jamais s'appeler, autant ne pas y figurer.

La pluie battait de plus en plus fort, dehors. Et le vent n'en démordait pas non plus.

« Allô ?

- Bonjour, puis-je parler à monsieur Joly ?

L'intéressé releva les yeux vers son ami qui lui adressait un regard interrogateur. Il lui répondit d'une moue dubitative.

- C'est moi-même. »

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