Chapitre 9

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Cette séance du conseil avait été particulièrement longue. J’avais réussi à évoquer en surface la question des couples de personnes de même sexe. Malheureusement, je ne pouvais supprimer la loi qui nous interdisait de nous aimer, à cause de ma mère. Elle avait inscrit une loi dans le Code de l’Impératrice/Empereur, m’en empêchant. Sur ce code, je n’avais aucun pouvoir. À moins que tous les couples comme celui d’Océane et moi se révoltent un jour, je ne pouvais rien faire. Dès que la séance se termina, je retrouvais Océane et le Dr Langstone dans la salle de bal.


— C’est parfait ça, commenta-t-il. Vous n’avez plus besoin de fauteuil.

— Pourtant, je ne suis pas encore assez stable.

— C’est pour ça que vous utiliserez ses béquilles. À partir de maintenant, je vais espacer les séances. On se revoit dans trois jours.

— Merci.


Le Dr Langstone se retourna et m’aperçut alors. En souriant, il s’approcha de moi et posa une main sur mon épaule.


— Votre protégée a fait beaucoup de progrès.

— C’est grâce à vous docteur.

— Vous m’avez l’air fatiguée, Majesté. Tout va bien ?

— Oui, je sors d’une longue réunion du conseil, ne vous inquiétez pas.

— N’hésitez pas à venir me voir si vous avez besoin.

— Bien sûr.


Il sortit de la salle de bal et Océane s’avança, aider de ses béquilles. J’en avais même oublié qu’elle était plus grande que moi. Je l’embrassais rapidement avant de lui ouvrir la porte pour qu’elle puisse sortir. Je la suivis jusque dans la cour et on s’assit sur les marches extérieures pour profiter du soleil.


— Je ne peux pas supprimer la loi qui nous interdit de nous aimer mais je te promets de faire le maximum pour y arriver un jour.

— Pourquoi tu ne peux pas la supprimer ?

— À cause de ma mère. Une loi dans le code qui régit mon pouvoir m’empêche de la supprimer.

— Oh merde.

— Mais ce n’est pas parce que notre amour est criminel que je vais arrêter de t’aimer.

— J’espère bien.


Même morte, ma mère continuait de mettre des bâtons dans les roues. Au début, c’étaient les habitants qui refusaient de me faire confiance à cause d’elle et aujourd’hui elle m’empêchait d’être heureuse avec la femme que j’aimais. Maintenant qu’Océane remarchait, je savais qu’elle allait bientôt devoir rentrer chez elle et je voulais profiter au maximum de sa présence. Profiter qu’elle habitait encore au château.


— Océ, tu serais prête à reprendre ta place au conseil ?

— Si tu as besoin de moi, bien sûr.

— J’aurais toujours besoin de toi.

— De quoi as-tu le plus peur ?


Elle se tourna légèrement vers moi et prit mes mains entre les siennes. Océane était devenue l’un des piliers de ma vie, comme Emma. J’avais peur que sans elle, je finisse par devenir comme ma mère. Avec elle à mes côtés, je savais qu’elle serait là pour m’arrêter si j’allais trop loin, me remonter le moral ou me pousser à avoir plus confiance en moi.


— De moi-même, avouais-je.

— Comment ça ?

— Est-ce que tu te souviens de ce qu’il s’est passé au dernier bal dont tu as participé ?

— Bien sûr ? Tu as complètement déraillé.

— Ce n’était pas la première fois et j’ai peur que ça recommence. J’ai appris que ma mère était schizophrène et j’ai parfois l’impression de l’être aussi.

— Tu m’as l’air parfaitement saine d’esprit.


Océane avait raison. En apparence, personne ne pouvait se douter de ce qu’il se passait dans ma tête. Si je n’en parlais pas, personne ne pouvait savoir.


— Et si je te dis que j’entends des voix ? Des voix qui me poussent à faire le contraire de ce que je veux ou même à te tuer.

— Mais tu ne le fais pas, c’est tout ce qui compte. Tu en as parlé au Dr Langstone ?

— Pour le bal oui mais pas pour les voix. Je n’ai pas envie qu’il me dise que j’ai la même maladie que ma mère.

— Quoi qu’il arrive, je resterais là pour toi. Tu devrais aller le voir, il pourra t’aider. Et puis c’est mieux de savoir que de rester dans l’ignorance, tu ne crois pas ?

— Je ne sais pas.

— C’est ton choix de toute façon. Mais si ça devait être le cas et que tu devais à nous dérailler, je serais là pour t’arrêter.

— Merci.


Elle lâcha mes mains et passa un bras dans mon dos. Délicatement, je posais ma tête sur son épaule et fermais les yeux quelques instants, prenant le temps de respirer. Océane avait raison, je pouvais lui faire confiance pour m’arrêter si je déraillais à nouveau. Elle ne me laisserait jamais devenir comme ma mère, un monstre. Entre Océane et Emma, j’étais bien entourée.


— Je suis contente de t’avoir avec moi.

— Je serais toujours là pour toi, je te le promets.

— Mais tu vas partir. Tu vas rentrer chez toi et je vais me retrouver seule ici, encore.

— Tu auras toujours Emma et puis ma maison n’est pas loin. Tu pourras toujours venir me voir dès que tu auras besoin. Et si c’est une urgence, tu n’auras cas m’appeler.

— Heureusement que je peux compter sur toi.

— Tu pourras toujours compter sur moi.

— Ça te dit qu’on marche un peu ? Si tu n’es pas trop fatiguée, évidemment.

— Non, c’est bon, je viens avec toi. Tu m’aides à me relever ?

— Super.


Après m’être levé, avoir épousseter ma robe, j’aidais Océane à se relever et on profita du reste de l’après-midi pour marcher et discuter toute les deux. C’était beaucoup plus agréable de faire une sortie avec elle maintenant qu’elle pouvait marcher seule. Océane était quelqu’un de fidèle, sur qui on pouvait compter. Je l’avais aidée après Julien et elle me rendait la pareille. Aujourd’hui, c’était elle qui m’aidait et qui était présente pour moi.

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