Morgane

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Je ne connaissais ma pire peur jusqu'à ce soir là. Logique, j'étais amnésique. Donc je ne pouvais pas savoir même si au fond de moi je m'en doutais un peu. L'eau… Pourquoi avais-je tant peur de l'eau ? Pas l'eau de la douche du bain, non j'ai peur de la rivière en furie, de la violence du courant, des rochers pointus qui pouvaient vous achever...

Peu à peu, les barrières de ma mémoire se sont baissées et un souvenir est remonté à la surface.

Un souvenir que j'aurai préféré enterrer au plus profond de mon âme, jusqu'à le faire disparaître. Pourquoi devons-nous toujours en premier nous souvenir du pire.

J'étais sur ce fameux pont, l'eau était montée rapidement, phénomène due aux récentes pluies de ces derniers jours. Je me rappelais être allée à l'école primaire. Je devais récupérer ma sœur…

Je n'arrivais pas à comprendre ce point de ma mémoire. Mes supposés parents m'avaient certifiés que j'étais fille unique, en admettant bien sûr que je suis bien la leur. Mais pourquoi ne m'ont-ils jamais parlé de ma sœur ? Est-ce cela le terrible secret qu'ils cherchent tous à me dissimuler ? Je me revois donc devant l'école et je sais que je suis arrivée en retard. J'aurai déjà du la récupérer il y a une heure. Je vois l'institutrice et ce qu'elle m'annonce me glace d'effroi. Quelqu'un est déjà venu la chercher. Il avait une autorisation signée des parents. Mon sang s'est glacé. Jamais mes parents n'auraient autorisé quelqu'un à venir la chercher, jamais. Ils étaient trop méfiants de nature pour cela. Je me suis mise à courir sur le chemin de la maison, le cœur battant à tout rompre. Et je suis arrivée sur le pont. Lorsque la rivière était en furie, nous n'avions pas le droit d'y passer dessus. Il fallait faire le tour par la forêt et prendre un autre pont plus en hauteur et donc plus sûr pour accéder à l'autre côté. Mais j'ai su très vite que ma sœur n'avait pas fait le tour. Son cartable rose que je lui avais offert lors de son dernier anniversaire était renversé sur le bord de la route, en plein milieu du pont. Je savais qu'elle n'avait pas pu être emportée par une vague submersible, le pont était sec et le niveau de l'eau n'avait pas encore atteint son seuil critique. Et pourtant son petit cartable était là, jeté négligemment. Je savais que ma sœur n'aurait jamais balancé son sac ainsi. Elle était bien trop maniaque et rangée pour ça. Il avait du lui arriver quelque chose. J'ai de suite pensé au pire, pensant qu'elle avait été enlevée. Après tout qui était cet homme qui était venu la chercher ? La maîtresse ne le connaissait pas. Je lui en voulais vraiment. Elle aurait dû appeler mes parents pour les prévenir et vérifier auprès d'eux s'il avait le droit de la récupérer. En fait, j'occultais la vraie responsable. J'étais une fois de plus arrivée en retard, la raison me restait encore inconnue, mais je savais que c'était de ma faute. J’aurai dû être là pour la récupérer à l’heure.

En attendant, j’étais sur le pont, avec la rivière en furie au-dessous. Et c’est là que je l’ai aperçu, sa petite tête qui essayait d’émerger de l’eau. Elle avait réussi à s’agripper à un rocher mais l’équilibre était instable. Je suis descendue à toute vitesse sur la berge, me concentrant sur ses cris. J’ai cherché quelque chose qui pourrait m’aider à la sauver. Mon téléphone n’avait pas de réseau, ni sur le pont, ni en bas et j’avais peur que si je m’éloignais, elle ne serait plus là à mon retour. J’ai regardé autour de moi mais il n’y avait rien. Et je la voyais lutter encore et encore. J’ai commencé à entrer dans l’eau, pour essayer de la rejoindre. Le courant était extrêmement fort et puissant. Je n’ai même pas pu faire un mètre. J’ai hurlé pour lui dire que j’arrivais et j’ai alors vu son visage et ses yeux surtout. Elle était résignée, elle allait mourir, elle le savait.

Alors, elle m’a regardé une dernière fois, fait un petit signe de la main et elle a lâché.

Je me suis mise à hurler, frappant l’eau de mes poings tandis que je voyais sa petite tête sombrer et disparaître une dernière fois.

C’était fini. J’ai quand même suivi le cours de la rivière, espérant, priant pour l’apercevoir. Il y avait d’autres rochers, d’autres branches d’arbre auxquels elle aurait pu se raccrocher. Mais en vain. Il était bien trop tard.

Je suis restée ce qu’il m’a semblé des heures au bord de la rivière à pleurer, sangloter. La nuit était tombée à présent. La police était arrivée. L’institutrice avait certainement dû alerter mes parents.

D’ailleurs, ils étaient en train de descendre sur la berge, ma mère en pleurs, mon père le visage dur et fermé. Il s’est approché de moi et m’a giflé de toutes ses forces, me faisant valser en arrière. Ma mère n’a rien dit, ni même regardé. Elle ne faisait qu’observer la rivière et les agents qui la longeaient pour retrouver un corps, nous en étions tous conscients.

Puis tout est devenu noir, une pénombre bienvenue. Je ne pouvais supporter de voir la pitié, la compassion, la résignation dans tous les regards. Je ne pouvais plus voir la déception dans les yeux de mes parents et même la haine dans les yeux de mon père.

Et elle est apparue sous une pluie d’étoiles.

- Pourquoi m’as-tu abandonnée Morgane ? Pourquoi ? Tu devais venir me chercher à l’école mais tu n’es pas venue. Et le monsieur… Le monsieur n’a pas été gentil tu sais Morgane. Il m’a fait du mal. Tu ne devais pas me laisser. Tu m’avais promis qu’il ne m’arriverait jamais rien, tu avais promis !

- Je suis tellement désolée, tellement désolée… J’aurais voulu être là, j’aurais voulu t’emmener manger une glace comme tu me l’avais demandé, j’aurais vraiment voulu que tout se passe autrement… Que tu sois encore là… Tu étais si petite…

- Oui j’étais si petite. Tu trouves normal que je sois morte à six ans ? Six ans, Morgane. Jamais tu n’aurais du me laisser. Et je suis morte par ta faute !

- J’ai essayé de te sauver ! j’aurais voulu trouver quelque chose pour te ramener sur la berge!n’importe quoi, une branche, une corde...J’aurais voulu te sauver je te le jure !

- Tes promesses n’ont plus aucun sens pour moi. Car toi tu es en vie, tu vas pouvoir te marier, avoir des enfants, faire plein de voyages et tellement de belles choses… Tandis que moi je suis morte pour l’éternité. Ce n’est pas juste. Et tu n’as pas tenté de me sauver Morgane. Ce que tu viens de vivre, c’est ce que ta mémoire a imaginé. Je t’ai montré une version de l’histoire qui aurait pu se produire car dans cette version là, au moins je ne serais pas morte seule. Sauf que Morgane, tu n’es jamais venue sur le pont. C’est un vieil homme avec son chien qui a trouvé mon cartable sur le pont et qui a alerté les secours. Tu n’es jamais passée à l’école, tu n’as pas parlé à mon institutrice, qui du coup n’a pas compris qu’il s’était passé quelque chose de très grave. Tu n’as su que lorsque tu n’as pas trouvé les parents à la maison après ton rendez-vous si secret auquel tu tenais tant, au point d’oublier de revenir me chercher. Tu t’es mis à leur recherche et c’est à ce moment là que tu as su qu’il m’était arrivée quelque chose de grave et seulement à ce moment là, des heures après le drame. Tu n'as pas été là Morgane et jamais je ne pourrai te le pardonner. Tu as brisé ma vie aussi bien que cet homme qui m'a enlevé.

- Dis moi qui il était et je t'aiderai ! Je te vengerai ! Je ferai tout ce qu'il faut pour me faire pardonner.

- Encore faudrait-il que tu puisses le faire… Il y a des forces terribles en jeu. Des événements terrifiants vont se produire et vous ne pourrez pas les contrer. La première chose qu'il te faudra faire c'est te souvenir.

- Oui me souvenir, mais j'aimerais bien me souvenir justement ! Il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas parce que je ne me rappelle pas… Je ne suis pas capable de me rappeler ton prénom, tu te rends compte ! Et Samuel et Clara qui m'ont dit que j'étais fille unique ! Ils ne m'ont jamais parlé de toi !

- Ils ont énormément souffert et Samuel… Samuel a fait quelque chose de terrible et jamais il ne pourra s'en remettre. Tu as beaucoup à apprendre sur notre famille et si peu de temps pour le faire…

- Pourquoi si peu de temps ? Demandai-je alors, stupéfaite.

- N'es-tu donc rendu compte de rien ? Le monde change. Quelque chose a déchiré le ciel, les étoiles sont tombées, la Terre est brisée. A la fin des trente jours qui ont suivi l'explosion, la Terre aura complètement changé et tu ne seras plus ici pour le voir.

- Que veux-tu dire ? Questionnai-je, en frissonnant d'appréhension. Je vais mourir ?

- Je n'ai pas le droit de te dire quoique ce soit. Je dois repartir à présent, ils m'attendent.

- Qui t'attend et où vas-tu ? Je ne sais toujours pas ton prénom ! Criai-je tandis que son image commençait à s'effacer peu à peu.

- Les autres enfants m'attendent, ceux qui ont disparu au nom d'une croyance barbare. Recherche la vérité Morgane. Ils ont droit à une sépulture, leurs parents ont le droit de savoir que leurs enfants sont morts. Ils ne doivent plus vivre avec ce doute permanent. Même si la réalité est au combien difficile, il faut qu'ils sachent. Et ainsi, tu découvriras aussi comment je suis morte… Au fait, je m'appelle Elise et n'oublie pas de saluer Léo de ma part quand tu le verras.

Et elle disparut ainsi, en une nuée d'étoiles tandis que la nuit noire et le froid glacial m'enveloppaient, telle une vague venant me frapper de plein fouet.

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