Cauchemars

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Richard

« Et c'est alors qu'on les entendit, tandis qu'au loin, la cloche de l'église sonnait un carillon funeste. »

La petite fille à la robe rouge observait les villageois, les visages inquiets, tous transis de froid, sur la place de la Mairie. Elle était accompagnée des autres enfants, les autres petits martyrs. Elle pouvait ressentir toute leur colère, leur désespoir et leur désir profond de vengeance… Comme elle. Elle ne savait pas vraiment ce qu'il s'était passé. A un moment, ils dormaient tous d'un sommeil profond et la seconde d'après, ils se retrouvaient tous aux abords du village. Revenir en ce lieu maudit était terrible pour eux et beaucoup ne purent s'empêcher de pleurer. Pourquoi n'étaient-ils pas restés bien au chaud dans le cocon doré du sommeil éternel ? Pourquoi les replonger dans cet enfer ? Élise, car tel était son prénom, pensa alors que c'était une façon de se venger de ce qui leur était arrivé. En cette nuit d'hiver, ils allaient montrer aux villageois toute la peur, l'horreur de ce qui leur était arrivé.

Cela commença en même temps pour tous les habitants. Ils furent tous plongés dans un sommeil profond, tombant à même le sol, dégagé de toute neige quelques heures plus tôt par les employés municipaux. Personne n'échappa à la règle.

Et ainsi, commencèrent les cauchemars.

Par la suite, une fois réveillés, tous admirent avoir vécu leur pire peur, sans oser toutefois la raconter. Élise ne savait pas d'où leur venait ce pouvoir mais ils pouvait lire dans leur âme et en tirer le pire.

Richard, le médecin et maire du village, plongea dans un cauchemar qu'il aurait préféré éliminer à tout jamais de sa mémoire. Il se revit en cette nuit terrible du mois de février. A ce moment là, il vivait à Vancouver et était un médecin reconnu. Le plus brillant neurochirurgien de sa génération, sorti premier de sa promotion avec deux ans d'avance sur tout le monde. Un petit génie dont les parents et toute la famille étaient si fiers.

Un petit génie qui avait sombré dans l'alcool suite à la fuite de sa fiancée le jour même de leur mariage. Il avait attendu comme un imbécile devant toute sa famille et ses amis réunis qu'elle arrive enfin. Mais elle n'était jamais venue. Il avait reçu un simple texto pour lui annoncer qu'elle ne voulait plus se marier, que c'était fini. Sans réellement lui dire pourquoi. Il avait laissé son téléphone à son témoin et était sorti de l'église en courant. Il n'avait même pas eu le courage de l'annoncer. Par la suite, il avait commencé à traîner dans les bars le soir en sortant du boulot, à boire plus que de raison. Les infirmières commençaient à se poser des questions, il s'en était rendu compte. Mais il n'arrivait pas, ou ne voulait pas, essayer de remonter la pente.

Puis était arrivé le soir fatal, là où sa vie avait sombré et où il avait tout perdu. Il savait qu'il avait trop bu en partant, même le type du bar ne voulait pas le laisser repartir. Il lui avait confisqué ses clés mais il avait réussi à les reprendre dès qu'il avait eu le dos tourné. Il habitait une superbe maison dans les hauteurs de Vancouver. La route était dangereuse, il le savait. Le tout combiné était un cocktail explosif. Il ne vit pas le bus arriver sur lui. Il n'entendit pas le coup de klaxon du chauffeur essayant de l'avertir. Il n'aperçut même pas les phares pourtant impressionnants en pleine nuit. Le choc, mêlé à une vitesse excessive, comme le démontrerait l'enquête plus tard, fut terrible. Tout le devant de la voiture vint s'encastrer dans le bus, le faisant dévier de sa route et l'envoyant directement dans le ravin. Richard, lui, resta au milieu de la route, inconscient et grièvement blessé. Mais il n'en était pas de même pour les passagers du bus. Rien ne vint freiner la longue descente dans le ravin, qui s'écrasa des dizaines de mètres plus bas. Personne ne survécut à l'accident. C'étaient des jeunes qui revenaient d'une sortie scolaire. Il resta deux mois dans le coma mais il survécut. Le procès fut retentissant et extrêmement difficile. La douleur et les cris de haine des familles endeuillés furent atroces à supporter. D'autant plus que son père avait pris le meilleur avocat et avait réussi à démontrer que le bus n'était pas sur la bonne voie. Ce qui bien entendu n'était pas vrai mais avec de l'argent, on pouvait même faire avaler des couleuvres.

Il vit tous les adolescents du bus, ensanglantés, certains même mutilés et le chauffeur à demi décapité venir vers lui. Il n'arrivait plus à bouger, ses pieds étaient comme collés au sol. Les coups commencèrent à pleuvoir sous les insultes de ces enfants morts trop jeunes. Il n'avait jamais voulu tout ça, ne cessait-il de dire. Le chauffeur s'est agenouillé devant lui, après avoir écarté les autres enfants puis lui a chuchoté à l'oreille :

- Repens toi. Demande pardon pour avoir pris toutes ces vies inutilement, parce que tu n'as pas été capable de remonter la pente et de devenir un homme droit et honnête.

- Je demande pardon, je suis tellement désolé, tellement désolé… ne cessait-il de sangloter, le corps tout endolori et meurtri.

Puis tout s'arrêta et il put replonger dans la douceur du sommeil profond. Pour autant, les enfants étaient toujours là, à l'observer, un étrange rictus aux lèvres.

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