Morgane

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Morgane

J’ai été réveillée par le bruit de la tempête. Le vent s’était considérablement aggravé pendant la nuit. Je pouvais sentir l’air glacial passer à travers la fenêtre. Je regardai ma montre, il était plus de dix heures. Je n’en revenais pas. Ce n’était pas de moi de dormir aussi longtemps et aussi tard. Je me suis levée et regardée par la fenêtre la tempête se déchaîner. Le bruit d’une porte claquant avec perte et fracas me fit sursauter violemment. Qui avait pu avoir l’idée de sortir par un temps pareil ?

Je suis descendue, entendant une voix nouvelle parler avec gravité. Clara et Samuel était dans la salle à manger, Clara en train de préparer le petit déjeuner. Je ne connaissais pas l’homme qui était avec eux. Il était grand, très imposant, le crâne rasé et une grande cicatrice qui lui barrait tout le visage. Il était affreux, il faut dire ce qu’il en est réellement, mais sur son visage se reflétait une grande inquiétude. Je me suis demandée ce qu’il s’était passé. Ils avaient arrêté de parler en me voyant arriver.

« - Bonjour Morgane. Je suis très heureux de te revoir. Je suis le prêtre de la ville, Père Sébastien et je t’ai baptisée lorsque tu étais encore tout bébé.

- Enchantée de vous rencontrer. Je suis désolée, je ne me souviens pas…

- Je sais bien, ne t’inquiète pas. Ça reviendra, j’en suis sûr.

- Vous avez osé braver la tempête, m’étonnais-je. Ce doit être important pour que vous vous déplaciez ainsi.

- Oui malheureusement. Huit enfants sont partis ce matin pour l’école, ceux qui sont les plus éloignés du village, avant que la tempête ne se déchaîne réellement. Nous allons effectuer des recherches pour les retrouver car l’institutrice nous a dit que personne n’était arrivé à l’école. En espérant qu’ils se soient juste perdus et que ce ne soit pas… ce qu’il se passe en ce moment. Je venais chercher Samuel pour qu’il nous aide.

- Assez discuté d’ailleurs, nous devons y aller. Morgane, Clara, ne sortez pas. Restez bien à l’intérieur… Enfin, Clara, tu as l’habitude. A tout à l’heure.

- Sois prudent Samuel, tu sais combien ça peut être dangereux, s’exclama Clara en enlaçant son mari et lui déposant un dernier baiser.

- Toujours et à jamais… Je reviendrai, ne t’inquiètes pas.

Ils sont partis tous les deux et en regardant par la fenêtre, j’ai aperçu les autres hommes qui allaient partir à la recherche des enfants, certains à moto, certains à cheval. Clara s’est mise derrière moi et a fait signe de la main à son mari. La scène était touchante car que ce soit de l’un ou de l’autre, on pouvait ressentir tout l’amour qu’ils avaient l’un pour l’autre.

Nous sommes retournés à la table et Clara m’a servi un bon petit déjeuner. Ne me rappelant pas ce que j’aimais, j’ai goûté un peu à tout et décrété que je n’étais pas vraiment petit déjeuner, au grand étonnement de Clara. J’aimais le café alors qu’avant, je ne prenais que du thé. Et apparemment, j’avais l’habitude de toujours manger une tartine beurrée mais là ça ne me faisait même pas envie. Après au bout de deux ans d’absence, beaucoup de choses ont peut-être changé. Je voyais la lueur de désespoir dans les yeux de Clara et j’avais de la peine pour elle.

- Clara, que voulait dire le Père Sébastien en parlant de ce qu’il se passait actuellement ? Ai-je demandé en buvant prudemment mon café bien chaud.

- C’est vrai que tu ne peux pas être au courant. Je sais que tu ne te souviens que du moment où tu t’es réveillée dans le train alors je vais t’expliquer. Ton accident fait parti d’un nombre incalculable d’accidents survenus le même jour à la même heure, à la même minute. Une explosion terrible a retenti dans le ciel, suivi d’une lueur incroyable. Cela a détraqué tous les appareils et créé une série d’accidents sans précédent. Après, les scientifiques ont cherché à comprendre ce qu'il s'était passé mais en vain. Ils recherchent quelque chose dans le ciel, certains ont dit avoir entendu comme une déchirure dans la nuit. Apparemment le champ magnétique de la terre a été touché. Du coup, nous avons un gros dérèglement climatique, qui entraîne de nombreuses catastrophes. Mais ce n'est pas le pire. Non, le pire ce sont les disparitions… Certaines personnes se sont volatilisées devant témoins. Ils se sont effacés tout simplement. Je ne l'ai pas vu personnellement, nous avons eu de la chance dans le village de ne pas être, pour le moment, touché par le phénomène. Mais les vidéos qu'ils ont montrées aux informations… C'est tout simplement terrifiant. La personne était en train de manger, de parler et elle a disparu comme ça. Dans un claquement de doigt.

- Et moi je suis réapparue comme par magie, ai-je répondu songeuse, en faisant tourner la cuillère dans ma tasse de café. Apercevant mon geste, Clara s'est alors figée, surprise. Mais elle n'a rien dit. Je n'ai pas voulu insister mais tout me paraissait très étrange.

- J'étais une enfant comment ? Demandai-je par curiosité et pour changer de sujet.

- Tu as été un bébé adorable. Tu as fait tes nuits de suite. Tu étais une enfant très calme, toujours plongée dans tes livres, la première de la classe… Tu étais entourée d'amies. Une enfance et une adolescence normale et très calme, me répondit Clara avec un grand sourire.

- Vous ne vouliez pas d'autres enfants ?

- On aurait bien aimé mais déjà nous avons eu beaucoup de mal pour t'avoir. Ça avait été une période très difficile, j'ai du faire de nombreux traitements… Je ne voulais pas recommencer. Nous étions déjà très heureux de t'avoir, tu sais, répondit-elle, le visage tourné vers la fenêtre, aussi je ne pouvais voir son expression. Je sentais qu'on me cachait quelque chose de grave mais ça allait être dur pour découvrir ce que c'était.

Je suis retournée m'allonger quelques heures après le repas et lorsque je suis redescendue, Samuel était en bas, devant un café bien chaud, l'air très soucieux et épuisé. La nuit était tombée. Je n'en revenais pas d'avoir dormi aussi longtemps. Mon corps avait besoin de récupérer, peut-être aussi de toutes les questions que je me posais. L'impression de ne pas être à ma place était tenace. Je n'arrivais pas à me l'expliquer. Je sais que c'est certainement dû à mon amnésie, mais quand même. Aucun souvenir ne vient effleurer la surface, rien du tout, ni de ses parents, ni de sa maison et ni de ce village. Rien, juste cette impression étrange. Il leva les yeux sur moi, d'un air si triste que j'en fus bouleversée. Cet homme avait souffert, c'était indéniable. Je n'ose imaginer ce qu'il a du vivre pendant ces deux années où j'avais disparu. Peut-être l'avais-je mal jugé d'entrée de jeu.

- Est-ce vous avez réussi à retrouver les enfants, demandai-je en lui renversant un autre tasse de café.

- Non, malheureusement. Ils sont introuvables. Je ne sais pas si c'est que nous sommes touchés par la vague de disparitions ou s'ils se sont perdus dans la forêt. Je ne sais pas ce qui est préférable… Je suis désolé, je ne suis pas d'humeur très gai ce soir. Où est Clara ?

- Je ne sais pas. Je viens juste de me réveiller. J'ai l'impression de ne faire que ça, dormir sans arrêt.

- Même si tu n'as pas été grièvement blessée, ton corps garde les traces de l'accident… Tu ne te rappelles vraiment pas qui tu es ? Me demanda-t-il en me regardant droit dans les yeux pour la première fois. Et son regard était froid, dur. J'en ai eu des frissons.

- Non, je ne me rappelle plus, vous le savez très bien. Pourquoi pensez-vous que je ne suis pas votre fille ?

- Ce n'est pas bien d'écouter aux portes, jeune fille. Je suis sûr que tu n'es pas ma fille disparue mais je ne peux pas t'expliquer pourquoi. Je le sais, c'est tout. Je suis vraiment désolé mais Clara se berce d'illusions. Et toi tu as une famille qui t'attend à quelque part, une famille qui n'est pas la notre. Je ne sais pas d'où tu viens mais j'espère que tu retrouveras vite la mémoire pour que tu puisses retourner chez toi, auprès des tiens.

Je n'eus pas le temps de riposter. Clara venait d'entrer, les cheveux encore remplis de neige, un panier vide à la main.

- Les parents sont désespérés. La nuit est tombée, on ne peut plus rien faire. C'est terrible, dit-elle en enlevant son manteau et en déposant son panier sur la table. Est-ce que tout va bien ?, demanda-t-elle, en voyant nos mines défaites.

- Oui, ne t'inquiètes pas. Je t'avais demandé de ne pas sortir il me semble. Tu sais combien aller dehors est devenu dangereux. Je ne veux pas te perdre…

- Je sais bien mais il fallait que je fasse quelque chose pour ces familles en souffrance. On sait très bien ce que c'est tous les deux… L'attente, l'espoir… Je prie pour que ces enfants soient retrouvés sains et saufs. Je sais ce que c'est de se retrouver en pleine tempête de neige.

- Et c'est reparti pour tes vieilles histoires… Je vais aller me prendre un bon bain bien chaud. J'en ai vraiment besoin. J'espère que quand je redescendrai, le repas sera prêt, annonça Samuel, en se levant avec une grimace. Son dos avait l'air de le faire souffrir.

- Ne fais pas attention à lui, il peut être de très mauvaise humeur quand il s'y met… C'est son caractère, j'en ai l'habitude, m'expliqua Clara. Oui, je me suis perdue dans le blizzard, je n'avais que six ans. Mes parents habitaient une maison en dehors du village, perdue dans les bois. Nous étions trois enfants à rentrer ainsi les jours d'école. Ma meilleure amie Sarah et son frère aîné Peter. Comme Peter avait onze ans, nous avions le droit de partir seuls pour rejoindre l'école. La journée d'école s'était bien passée mais vers 15 heures, le temps s'est dégradé tout à coup et l'instituteur, habitué, nous a laissé partir plus tôt. Il n'aurait pas dû mais qui pouvait deviner qu'une telle tempête allait se lever ? Nous nous sommes vite retrouvés à ne plus rien faire, à avancer pliés tellement le vent était fort. Le froid s'engouffrait sous nos manteaux malgré leur épaisseur. Le bruit en lui-même était terrifiant. Et bien entendu, nous nous sommes perdus. Peter nous encourageait à avancer mais on ne voyait rien, aucune visibilité. L'horreur absolu. On a été tenté à un moment de faire marche arrière mais c'était impossible de retrouver le chemin. Alors, on s'est tous tenus par la main et on a avancé comme on a pu. On espérait que nos pères puissent nous retrouver au plus vite. Peter a cherché un abri mais en vain. Ma plus grande frayeur n'était pas de mourir de froid mais qu'un arbre nous tombe dessus. On commençait vraiment à désespérer lorsque je l'ai vu la première. Je pensais rêver, aussi j'ai secoué dans tous les sens la manche de Sarah pour qu'elle regarde aussi. Et je n'hallucinais. Devant nous, se tenait une petite fille à la robe rouge. Elle tenait une lanterne tandis que tout autour d'elle, les étoiles semblaient tomber du ciel et danser. Ça peut sembler fou dis comme ça. C'était absolument magnifique. L'air avait l'air de se réchauffer et nous nous sentions biens, en confiance. Elle nous a fait signe de la suivre, la neige fondait autour d'elle, nous dévoilant le chemin. Nous sommes arrivés sur la plage. Comment avions nous réussi à descendre sans s'en rendre compte ? Cette soirée là, tout n'a été que mystère et magie. L'océan était calme et le ciel dégagé. Il avait arrêté de neiger et tout autour de nous, les étoiles continuaient à danser. Nos parents nous ont retrouvé le lendemain sur cette plage, sains et saufs. Je n'ai jamais oublié ce qu'il s'était passé. Bien entendu, nos parents ne nous ont pas cru mais qui pourrait croire une histoire pareille ? Alors j'espère que la petite fille saura guider les jeunes disparus comme elle l'a fait pour nous… Bon assez bavarder, il faut que je prépare le repas sinon Samuel ne sera pas content.

Elle avait paru si émue en me racontant cette histoire. Alors, je n'avais pas rêvé. La petite fille existait bel et bien. Elle m'avait sauvé, comme elle avait sauvé Clara il y a de nombreuses années auparavant. Lorsqu'elle a mentionné les étoiles, une étrange impression m'a saisi. Comme ce devait être beau, une pluie d'étoiles…

Le repas se passa dans le calme jusqu'à ce qu'un bruit angoissant nous fasse sursauter. Ma chaise est tombée en me levant et Samuel nous a demandé de rester à l'intérieur. Les lumières s'étaient toutes éteintes dans la rue, les unes après les autres. Et c'est alors qu'on les entendit, tandis qu'au loin, la cloche de l'église sonnait un carillon funeste.

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