Morgane

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A 19h, j’étais fin prête à partir avec des étrangers, dans une maison et un village que je ne connaissais pas. Je n’avais que ma boîte à musique avec moi. Je sentais que c’était le seul lien véritable avec mon passé, je ne pouvais pas m’expliquer cette sensation. Clara est venue seule mais je n’étais pas surprise.

Elle m’a ramené des vêtements à elle, un peu trop grand mais qui ferait l’affaire en attendant d’avoir les miens. J’ai apprécié d’avoir le manteau lorsqu’en sortant, je me suis retrouvée en pleine nuit dans un froid polaire. Ce qui n’empêchait pas les gens de sortir quand même et déambuler sur la place du village. Certains nous ont salué de loin, d’autres se sont carrément stoppés nets en nous voyant, d’autres nous ont dévisagé sans vergogne.

Clara et Samuel habitaient en bordure du village, à sa sortie exactement. Une vieille maison en pierre absolument magnifique… Mais qui ne me parlait absolument pas. Même en entrant et en visitant les différentes pièces qui la constituaient, notamment ma chambre, rien ne me revenait en mémoire. Clara m’a installé et m’a demandé si je voulais manger. Je lui ai juste répondu que je prendrai un sandwich et que je voulais rester au calme pour le moment. Je pense qu’elle a compris car elle a acquiescé avec un grand sourire.

J’avais une grande chambre, dans laquelle je ne me retrouvais absolument pas. C’était une chambre d’adolescente, avec des posters de groupes musicaux au mur, des posters de films, une salle de bain attenante avec baignoire et une multitude de produits de beauté. Je n’avais pas l’impression d’être comme ça. Je ne pensais pas être le genre de fille à veiller studieusement à son apparence. Je me regardais dans le miroir et j’eus l’impression de voir une étrangère. Je ne me reconnaissais même pas… Je passais ma main dans mes cheveux blonds et un instant j’eus le souvenir très fugace d’une autre main, d’homme, qui bouclait d’un doigt par jeu une de mes mèches de cheveux. Ce souvenir était d’une telle douceur que je faillis en pleurer. Mais il s’évanouit aussi vite qu’il était apparu. Mon visage était fin, le teint pâle, je ne devais pas voir souvent le soleil. Mes yeux étaient verts émeraude, la couleur des sorcières me rappelais-je. J’étais jolie sans être exceptionnelle mais j’avais la terrible impression de ne pas appartenir à ce monde d’apparence. Je sortis de la salle de bain pour venir observer la boîte à musique. Elle était absolument splendide en bois d’ébène. Elle avait l’air très ancienne mais elle fonctionnait encore. Je la mis en route et la douce mélodie me rendit terriblement mélancolique. Je sentais l’absence cruelle d’un être qui m’était cher. C’est alors que l’idée des deux années d’absence revint me heurter de plein fouet. Que s’était-il donc passé ? Deux ans, c’est terriblement long. Je me mis à la fenêtre pour observer le ciel étoilé. J’avais alors pour la première fois depuis que j’étais arrivée que j’étais à ma place. J’aimais les étoiles, j’en étais sûre. Elles avaient le don de m’apaiser. Il me revint en mémoire une étrange comptine apprise certainement quand j’étais enfant :

« brille, brille petite étoile,

Dans la nuit tu te dévoiles

Tout là haut au firmament,

Tu scintilles comme un diamant,

Brille, brille, petite étoile,

Veille sur ceux qui dorment en bas. »

Une étoile plus scintillante que les autres brillait dans le ciel et j’étais quasiment sûre de ne pas la connaître. J’arrivais à mettre un nom sur les constellations, les autres étoiles mais pas celle-ci. Et elle était bien plus grosse que les autres, bien plus voyante. J’avais l’impression qu’elle m’attirait et je fus surprise de m’apercevoir rapidement que j’avais ouvert la fenêtre. Etais-je devenue folle ? J’aurai pu faire une chute mortelle. Je refermai la fenêtre aussitôt et me remit au lit. Après une bonne nuit de sommeil, j’aurai un peu plus les idées en place. Du moins, je le croyais.

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