Morgane

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Je me suis réveillée dans mon lit douillet, bien au chaud. J’entendais maman en bas qui préparait le petit déjeuner et l’odeur du bacon grillé était plus qu’alléchante. Ma sœur était en train de rire avec son chien en peluche Mateo… Tout semblait si normal… Papa devait être dans la salle de bain, j’entendais l’eau de la douche couler. Le soleil transperçait à travers la fenêtre. Ça allait être une belle journée encore. Je me suis levée et toute la pièce a tourné autour de moi, un tourbillon incessant. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. J’ai attendu que le phénomène s’arrête mais en vain. Ma chambre a alors disparu, entraînée dans ce tourbillon improbable. Puis la maison entière. Je me suis retrouvée dans la neige, les pieds nus et je me suis rappelée.

Ce n’était qu’un doux rêve de ce qui avait été ma vie avant, avant la tragédie qui nous avait si cruellement frappée, avant l’accident de train.

J’étais toujours au pied de l’arbre et j’entendais des cris par delà la forêt. Les secours arrivaient, c’était sûr. Je me suis alors mise à courir, voulant à tout prix retrouver la civilisation. Ils étaient nombreux, policiers et pompiers à effectuer les recherches. J’étais si heureuse de les voir que je ne me suis pas aperçue de suite que quelque chose n’allait pas. Ils sont passés devant moi, juste devant moi, même un pompier m’a heurté le bras mais ils ne m’ont pas vu. Je me suis mise à crier, à hurler mais ils ne m’entendaient pas. Ils ont descendu en rappel jusqu’au train, fracassé dans la rivière rugissante. Ils ont commencé à remonter des corps, de très nombreux corps. Je ne voulais plus regarder mais pourtant je ne pouvais détacher mes yeux de ce spectacle. Et pendant ce temps, j’étais carrément invisible. Etais-je morte ? Entre deux mondes ? Que se passait-il ?

Je suis restée un moment à les observer, à lire la détresse sur leur visage, ayant rapidement compris que personne ne s’en était sorti vivant. J’ai entendu celui qui devait être le chef de ce déploiement dire que tout était fini, qu’ils ne retrouveraient pas de survivants, que certains corps éjectés au moment de l’impact seraient retrouvés plus loin dans la rivière. Quelque chose remuait dans ma mémoire défaillante, quelque chose de très déplaisant, d’angoissant. Je n’aimais pas l’eau, la vue de la rivière me terrifiait, surtout ainsi en furie, l’eau frappant de toutes ses forces contre les rochers. Pourvu que les pauvres malheureux éjectés aient péri au moment de l’impact et non noyés, entraînés dans ce courant, se débattant de toutes leurs forces, allant vers la mort d’une façon inéluctable… Je me mis à frissonner et fermai les yeux un instant.

L’instant d’après, il faisait nuit et plus personne ne se trouvait sur les lieux. Je commençais à me demander si je ne devenais pas folle. Ou alors j’étais devenue un fantôme, errant dans les limbes de l’oubli…

« - Non tu n’es pas un fantôme et tu ne deviens pas folle, rassure toi, me consola une jeune voix derrière moi. Je sursautai violemment et me retournai pour faire face à l’étrange petite fille à la robe rouge que j’avais déjà aperçu peu après l’accident de train.

- Qui es-tu ?, demandai-je alors, essayant d’apercevoir son visage sous le capuchon de son manteau. Elle semblait très jeune, dans les six, huit ans certainement.

- Personne de bien important. Je vais t’aider à rentrer chez toi. Il est temps maintenant, dit-elle en me tendant la main. L’espace d’une seconde, je vis l’éclat d’un bracelet qu’elle prit soin de dissimuler.

- Pourquoi personne ne me voit ? Que se passe-t-il exactement ? Suis-je la seule survivante ?

- Oui tu es la seule survivante. Tu as eu de la chance de sortir au bon moment, avant que le train ne bascule dans le vide. Il se passe des choses terribles sur terre. Tu dois rentrer chez les tiens. Le monde devient fou et ce n’est que le début.

- Je veux bien rentrer chez moi mais je ne me souviens plus qui je suis, mon prénom, j’ai un vague souvenir de mes parents, de ma sœur. Je ne sais même pas d’où je viens, où j’habite.

- Tu n’es plus très loin de chez toi, tes parents t’attendent. Il faut rentrer maintenant. »

J’ai suivi cette étrange petite fille dans un paysage grandiose. La neige recouvrait la totalité de la forêt, la rendant irréelle à mes yeux. On aurait dit un tableau sorti tout droit d’un conte pour enfants. Nous sommes arrivés en haut d’une colline et j’ai enfin aperçu le village en contre bas. Il y avait encore les décorations de Noël et on se serait cru au Pôle Nord. Je m’attendais presque à voir les lutins sortir des maisons. Je pouvais sentir d’ici les odeurs de chocolat et marrons chauds. C’était si chaleureux et pourtant je sentais mon cœur se serrer et mes souvenirs lentement venir m’effleurer pour repartir aussitôt. C’était vraiment frustrant.

« - Je dois te laisser là maintenant. Je ne peux pas aller plus loin, m’annonça alors la petite fille.

- Pourquoi ? Accompagne moi jusqu’en bas, que je présente celle qui m’a sauvée.

- J’aimerai que ce soit aussi simple… Je n’appartiens pas à ce monde-ci, je dois moi aussi rentrer chez moi à présent. Mais je ne serai jamais loin, si tu as besoin de moi, je viendrai.

- Comment t’appelles-tu ? Demandai-je alors en la serrant dans mes bras.

- Il y a bien longtemps que je n’ai plus de noms… Je saurai quand tu auras besoin de moi… Attends encore une chose… Dans ta mémoire est cachée un terrible secret. Tu dois t’en souvenir, rechercher et découvrir la vérité. Lorsque tu auras tout découvert, je serai là pour tout t’expliquer. Mais tu dois d’abord te souvenir. Quelqu’un vient, regarde la lanterne là-bas et j’entends un chien aboyer. A bientôt. »

Et elle a disparu, comme par magie. Le chien, un gros chien de berger est arrivé et m’a sauté dessus, me faisant tomber à la renverse.

« - Cerbere, où tu trimballes encore mes vieux os ? Tu sais bien que je n’arrive plus à monter cette colline...Oh mon Dieu… Mademoiselle, vous allez bien ?

J’ai regardé le vieil homme et j’ai senti quelque chose remonter dans ma gorge, un soulagement tellement intense que je me suis mise à pleurer. J’étais sauvée. Il était vraiment très vieux, avec un longue barbe blanche. On aurait presque pu le prendre pour le Père Noël. Il avait un visage doux et soucieux.

- Vous êtes blessée… Et sans manteau ma pauvre, c’est un miracle que vous ayez survécu à ce froid. Venez vite, on va redescendre et vous emmener chez le médecin. Il faut vous réchauffer. Vous étiez dans le train, n’est-ce pas ? Il me semble vous connaître, vous êtes d’ici ?

Je n’arrivais plus à répondre, mes dents se sont mises à claquer et je sentais le froid m’envahir de nouveau. Mes membres commençaient à s’engourdir. C’est étrange comme avec la petite fille tout à l’heure, je n’en ressentais pas la morsure. J’avançais difficilement tandis que le vieil homme, Pierre, m’avait-il dit, continuait à me parler certainement pour me tenir éveillée. Nous sommes arrivés sur la place du village, où trônait un immense sapin décoré. Les gens me regardaient l’air ébahi. Je devais vraiment être dans un sale état…

Nous sommes enfin arrivés chez le médecin, qui s’est empressé de me faire entrer et de me donner immédiatement une couverture. Il était jeune, un trentaine d’années je pense. Il marmonnait tout en m’auscultant que j’étais une véritable miraculée, que je n’aurai jamais pu survivre ainsi dans ce froid glacial. Je n’avais qu’un coup sur la tête et un poignet foulé. Rien de bien grave en somme. Il m’a laissé allongé sur le divan, demandant à Pierre d’avertir le shérif qu’une survivante du train avait été trouvée.

« Alors, comment t’appelles-tu ? Pour que le shérif puisse avertir tes parents. Me demanda-t-il tout en me recouvrant d’un plaid bien chaud. J’avais une envie terrible de dormir et qu’on me laisse en paix.

- Je ne me rappelle plus. La dernière chose dont je me suis souviens c’est de m’être réveillée dans le train, sous une couche de neige. Je suis sortie par la fenêtre qui était brisée et j’ai attendu que les secours arrivent. J’ai occulté volontairement la partie où j’étais devenue invisible.

- Tu as du prendre un sacré coup sur la tête. Tu as certainement un léger traumatisme crânien. Nous n’avons pas d’hôpital ici et avec tout ce qui se passe… Ta mémoire reviendra peu à peu, ne t’inquiètes pas. Ce qui est plus embêtant, c’est que nous ne savons même pas ton prénom. As-tu peut-être un collier, une gourmette avec ton prénom écris dessus ? Je n’ai rien trouvé dans ton sac, à part une vieille boîte à musique.

J’ai vérifié mais je n’avais aucun bijou sur moi. Rien qui ne puisse m’identifier… Super…J’ai quand même regardé sur la boîte à musique. On pouvait apercevoir quelque chose d’inscrit sur le côté de la boîte mais elle était tellement vieille qu’on n’arrivait pas à le lire. Tant pis.

Le shérif est arrivé en trombe, le visage rouge d’avoir couru certainement. Il avait un certain embonpoint qui devait le gêner dans l’exercice de son travail. Bien que dans un petit village comme celui là, il ne devait pas se passer grand-chose. Ce qui expliquait cela. Pourtant, le regard du shérif était stupéfait, passant de mon visage à un papier qu’il tenait dans sa main. Peut-être quelqu’un me recherchait-il ? Il montra le papier au médecin, qui me regarda aussi d’un drôle de regard, mêlant la stupeur, l’incompréhension et de la compassion peut-être ? Ou de la pitié ? En fait, le même regard que j’ai eu de la petite fille à la robe rouge la première fois que je l’ai vu. J’aurai voulu dormir mais je voulais savoir qui j’étais. Pourtant, le sommeil a été le plus fort et j’ai sombré sans qu’un rêve, ni un cauchemar, ni la petite fille à la robe rouge ne vienne hanter ma nuit.

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