Jour 3 Léo

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Jour 3 : catastrophes

Ce matin, je me suis levé avec un sacré mal de tête. Je n'ai pas compris toute de suite que quelque chose n'allait pas et pourtant… J'avais du prendre un sacré coup sur la tête pour ne m'être rendu compte de rien.

J'avais rêvé que je nageais dans le lac où nous allions tous les étés en camping en vacances. J'adorais cet endroit, si éloigné des bruits de la ville. On avait le sentiment de se reconnecter avec la nature. C'était reposant. J'aimais nager dans le lac même si l'eau était généralement froide, même en plein mois d'août. Je me suis réveillé avec cette impression très bizarre d'être encore au bord du lac.

En fait, j'avais une partie de mon corps immergé dans l'eau de mon lit. Dans l'eau de mon lit ? Je me suis levé et j'ai carrément plongé dans une eau glaciale, boueuse. Je me suis rattrapé au bord du matelas et j'ai cherché à comprendre. J'ai réussi à prendre ma torche que je gardais toujours sous mon oreiller et j'ai pu enfin voir le sinistre. Une branche d'arbre avait transpercé ma fenêtre et machinalement j'ai porté ma main sur mon front où commençait à se développer une sacré bosse. Je pense que je l'ai échappé belle de pas beaucoup. Puis, avec horreur, j'ai réalisé. Ma chambre est au premier étage et j'avais de l'eau jusqu'à la taille. Que s'était-il passé et où était ma mère ? J'ai avancé comme j'ai pu. J'ai du batailler ferme pour réussir à ouvrir ma porte. La force de l'eau était telle que je n'arrivais pas à l'ouvrir. La peur de perdre aussi ma mère m'a donné le courage de persévérer et de réussir à ouvrir cette foutue porte. Tout le couloir était inondé . Sa chambre était au fond du couloir. Je tremblais de froid, d'appréhension. Nous n'avions jamais eu d'inondations, jamais. Nous étions en bord de mer certes mais jamais elle n'avait pu avancer à ce point. J'ai enfin réussi à atteindre la chambre, la porte était grande ouverte et la fenêtre éclatée elle aussi. Mais pas de trace de ma mère. Je n'arrivais pas à réaliser, espérant qu'elle ait pu se réfugier dans le grenier.

J'ai réussi à descendre l 'échelle et je m'y suis réfugié mais pas aucune trace d'elle. Des images terribles me venaient en boucle, je la voyais emportée par le courant, essayant de se débattre mais sans succès. Je t'ai vu couler et abandonner… Je fermais un instant les yeux, essayant de me détendre, de ne penser à rien, mais c'était si difficile. Non, elle allait se battre, elle n'allait pas me laisser seul. Ce n'était pas possible.

J'ai alors repensé à ta sœur. Je ne devrais pas mais mon esprit lui ne m'écoute pas. Tu n'as jamais parlé de l'accident, je le sais par ce que les gens ont raconté par la suite. Elle était si jolie et si petite. On raconte que les policiers ont pleuré en retrouvant son pauvre petit corps déchiqueté par les rochers de la rivière. Tes parents ont hurlé de douleur, eux qui ont espéré jusqu'au bout qu'elle puisse être retrouvée saine et sauve. Tu n'as jamais voulu en parler et plus jamais je n'ai pu voir ton si beau sourire. J'ai essayé de t'en parler, en te disant qu'elle était devenue une étoile parmi les autres mais tu m'as dit que je ne savais pas de quoi je parlais. Qu'elle n'était pas là-haut parce que personne ne connaissait la vérité et que toi seule pouvait la ramener. Je n'ai pas cherché à comprendre ou n'ai pas voulu tout simplement. Je me disais que tu te voilais la face, que tu ne voulais pas faire face à la mort de ta sœur. Je n'ai pas compris tout simplement que la vérité était bien pire.

J'ai aperçu les premiers rayons de soleil à travers la lucarne. Combien de temps étais-je resté ainsi accroupi sans bouger, essayant de me rappeler de respirer ? J'ai décidé de redescendre, l'eau s'était retiré laissant un terrible carnage derrière elle. Tout était détruit et le rez de chaussée était pire encore. Il ne restait plus rien. Tout avait été emporté par la force du courant. Une fois sorti, facilement la porte d'entrée n'existait plus, j'ai regardé la fenêtre de ma chambre, n'arrivant pas à réaliser à quelle hauteur la mer était montée.

Tout autour de moi n'était qu'un champ de désolation. Certaines maisons n' existaient plus. J'ai aperçu des personnes en pleurs, certaines blessées, d'autres hurlant des noms. Combien allait-on déplorer de morts ? Et ma mère allait-elle en faire partie juste après avoir perdu mon père ? En toute honnêteté, si elle est morte noyée, j'aurais cent fois préféré qu'elle ait disparue sans douleur comme mon père. Je ne veux pas penser au cauchemar que ça a du être, la noyade avec le feu sont des morts terribles. Non, il faut que j'arrête de penser à ça. Elle est en vie, j'en suis sûr. Je vais la retrouver.

Je suis passé devant le cimetière ou plutôt ce qui était le cimetière de la ville autrefois. Il n'y a plus rien. Tout a été aussi emporté. Je n'ose penser au fait que nous risquons de retrouver des corps sur la plage, de très nombreux corps. Je ne croise que des regards hagards, des gens qui vagabondent sans vraiment comprendre ce qui est arrivé, ne sachant pas quoi faire, comme moi.

Puis finalement, je suis tombé sur ton oncle Louis. C'est étrange comme d'un coup il est devenu plus vif, ça l'a comme réveillé d'un trop long sommeil. Il a commencé à prendre les choses en main, à rassembler les gens sur la place du bâtiment qui autrefois servait de mairie. Il a été le premier à comprendre ce qu'il s'était passé et à mettre un mot sur ce qui nous avait si cruellement touché : un tsunami, une immense vague qui avait submergé toute la ville, toute la côte de la Nouvelle Angleterre plus exactement. Un tremblement de terre dans l'océan Atlantique a formé cette gigantesque vague. C'était du jamais vu dans l'histoire de l'humanité car ce fut sur tous les océans en même temps qu'un tremblement de terre a eu lieu. Certains pays équipés de la technologie nécessaire ont tenté de prévenir leurs habitants de ce qu'il se passait mais tout était allé trop vite. Pour ainsi dire, la terre entière avait été touchée par de multiples vagues immenses tout autour du globe qui ont tout ravagé sur leurs passages.

J'ai aidé ton oncle à tout organiser et notamment le recensement des disparus et des survivants. C'est la chose la plus effrayante que j'ai eu à faire. Tu sais ce que c'est que de noter des noms, des personnes que tu connais depuis l'enfance, avec qui tu as grandi, fait les quatre cent coups comme on dit, et qui sont portés disparus par une mère, un père, une fille qui va devoir attendre ? J'ai demandé autour de moi si quelqu'un avait vu ma mère mais en vain. Alors j'ai continué à noter tous les noms sur mon cahier jusqu'au moment où mon crayon s'est cassé et que je me suis rendu compte que je pleurais. Ton oncle m'a demandé d'aller me poser quelques minutes et quelqu'un d'autre a pris le relais. J'ai été alors pris d'une angoisse terrible et j'ai sangloté comme un petit garçon. Je m'en voulais de craquer mais je n'en pouvais plus.

Ton oncle s'est occupé de moi une bonne partie de la journée et puis les secours sont arrivés et ont pris le relais avec l'armée. Nous sommes tous montés dans les camions et c'est vraiment là que j'ai réalisé l'horreur de la situation : nous étions si peu nombreux, si peu…

Ils nous ont emmené dans un camp militaire et nous ont distribué des vivres. Je n'avais pas réalisé à quel point j'avais soif à ce moment là.

Et puis je l'ai vu et j'ai cru que mon cœur allait s'arrêter de battre. Elle était là, à quelques mètres de moi, blessée mais vivante. Pris par l'émotion, je n'arrivais même pas à sortir un mot, ni à mettre en pas devant l'autre. Je n'arrivais pas à le croire, à le réaliser. J'avais perdu espoir après avoir vu tant de morts mais elle était bien là.

C'est elle qui m'a aperçu en premier et elle s'est ruée vers moi pour me prendre dans ses bras. J'étais alors si heureux que je n'ai pas compris pourquoi des cris de terreur retentissaient autour de nous. Je gardais mes yeux fermés ne voulant pas savoir ce qu'il se passait, je voulais juste sentir ma mère contre moi, la garder encore et encore. Elle eut juste le temps de me dire un « je t'aime Léo » lorsque je l'ai senti disparaître peu à peu dans mes bras. Elle s'est effacée littéralement, devenant de plus en plus transparente jusqu'à disparaître complètement. Le même phénomène se produisait autour de moi sur d'autres personnes.

J'ai hurlé Dieu de me la rendre. Un comble pour un non croyant… Il ne pouvait pas me la reprendre alors que je venais juste de la retrouver. Ce n'était pas juste. Ce n'était pas juste ! J'ai couru à l'extérieur et j'ai hurlé toute ma rage et ma colère. Qu'avions-nous fait pour nous infliger un tel cauchemar ? Quelle faute étions-nous en train d'expier ?

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