Léo

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« Parfois tu ne connais pas la vraie valeur d'un moment jusqu'à ce qu'il devienne un souvenir. »

Quelques notes de musique, voilà tout ce qu'il reste de toi à présent.

La première fois que je t'ai vue, tu n'étais alors âgée que de huit ans. Je me promenais avec ma grand-mère dans le parc de notre vieille ville et je t'ai aperçu à genoux devant un arbre, ta si belle robe blanche tâchée de terre mais tu avais l'air de t'en moquer. Ne comptait que ce que tu fixais avec tant d'insistance. J'ai voulu lâcher la main de ma grand-mère pour venir à ta rencontre et découvrir ce qui te fascinait tant. Mais Grand-mère m'a retenu par le bras et d'un air menaçant m'a demandé de ne pas m'approcher de toi. Elle m'a dit que tu n'étais pas une enfant « normale », que tu ne m'attirerais que des ennuis. Bien entendu, je ne l'ai pas écouté et une fois hors de sa vue, je me suis dépêché de te rejoindre. Tu étais toujours au même endroit, avec ce regard un peu fou. Tu étais devant un trou de lapin et je ne pus m'empêcher de repenser à la couverture du livre d'Alice au Pays des Merveilles. Tu lui ressemblais même avec tes cheveux d'un blond couleur blé. Est-ce que je peux dire aujourd'hui que c'est ce jour là où j'ai su que tu étais mon âme sœur ? Je ne saurais le dire mais tu étais fascinante pour moi. Je t'ai demandé en plaisantant si tu pensais que le lapin blanc allait sortir de ce trou pour t'emmener dans ses aventures merveilleuses. Tu t'es alors tournée vers moi et j'ai plongé dans des yeux d'un vert éblouissant, presque surnaturels. Tu m'as souri, seigneur quel sourire ravageur déjà mais ma grand-mère est revenue me chercher en hurlant que tu étais folle et que je ne devais pas rester avec toi. Tu m'as regardé partir et tu es retournée à ton trou devant l'arbre.

Grand-mère n'a jamais voulu m'expliquer son comportement mais je n'oublierai jamais le regard qu'elle avait eu envers toi, rempli de pitié, de compassion et d'autre chose que je ne comprendrai que bien plus tard.

Elle savait.

***

Léo

Il y a des journées dont on se souvient toute sa vie durant. Comme lors des attentats du 11 septembre 2001 à New York, on se rappelle de ce que l'on faisait à l'instant même où on a appris la nouvelle et regardé horrifié à la télé les images dévastatrices.

Le 24 décembre 2018 fut un de ces jours là.

C'était le réveillon de Noël. Les derniers retardataires étaient encore dans les magasins à la recherche d'un cadeau de dernière minute. Les pâtisseries étaient prises d'assaut pour la traditionnelle bûche glacée. Les enfants s'émerveillaient devant les vitrines si joliment décorées de mille couleurs. Devant tous les grands sapins de toutes les villes, les chanteurs entonnaient les plus beaux chants de Noël à la grande joie des adultes et des enfants. Les rues sentaient bons les marrons et le chocolat chauds. Certains s'amusaient à faire des anges de neige, bien emmitouflés dans leurs manteaux bien chauds, se délectant de voir les flocons tomber, d'autres s'éclataient sur la plage profitant des derniers rayons de soleil avant que la nuit ne tombe.

Nous étions tous bien occupés. Je finissais avec ma mère de préparer la table, mettre les belles serviettes rouge argenté sur les assiettes et tout coordonner. Chez nous, la nuit était déjà bien tombée, révélant un magnifique ciel étoilé. Je regrettais de ne pas avoir de neige pour Noël cette année là mais sans toi, ça n'aurait pas été pareil.

Tu étais partie avec ta famille à la montagne, m'avais-tu dit, pour essayer d'oublier en ces fêtes de fin d'année, le terrible drame qui s'était produit. Je te savais dans le train à l'heure où tout est arrivé et ma première pensée fut pour toi.

A 21h31 exactement, une terrible explosion se fit entendre sur la Terre entière, comme je l'apprendrais plus tard. Maman a fait tomber le plat de cookies sur le sol de la cuisine, le chien s'est mis à hurler à la mort tandis qu'une lueur surnaturelle semblait se répandre dans toute la maison. Puis tout s'arrêta aussi soudainement. Un silence de mort se répandit dans la maison et c'est alors que je réalisai que l'électricité avait sauté. Heureusement, nous avions disposé quelques bougies et nous pouvions y voir quelque chose. Maman s'est rapproché de moi et je ne pus m'empêcher de penser à toutes ces histoires de bombes nucléaires, de troisième guerre mondiale. D'ailleurs, je pense que maman a pensé à la même chose que moi car elle s'est aussitôt mise à calfeutrer toutes les fenêtres de la maison.

J'ai pensé à toi dans le train, espérant que vous n'ayez pas été touché, croyant encore à ce moment là que l’événement n'avait eu lieu que chez nous.

Puis, tout revint à la normale : la lumière se ralluma, la télé reprit son programme habituel, les bruits de la ville reprirent leur cours. Le ciel avait retrouvé son aspect normal, bien qu'il me semblait qu'une étoile bien plus brillante que les autres n'était pas là auparavant.

Maman fut soulagée lorsqu'elle vit apparaître la voiture de papa dans l'allée au bout de plusieurs longues heures après l'événement mais lorsqu'elle aperçut son visage ravagé de détresse et de stupeur, elle prit peur, le fit asseoir et boire un alcool bien fort. Je n'avais jamais vu mon père ainsi, lui qui était si fort de caractère, étant infirmier de métier. Ses mains ne cessaient de trembler, renversant quelques gouttes de son whisky sur le précieux tapis de maman, qui cette fois-ci ne s'en préoccupait pas. D'une voix chevrotante, il se mit à raconter ce qu'il savait.

« L'explosion a été entendu dans tous les pays, dans le monde entier, avec cette lueur étrange. Ce n'est pas atomique, ce n'est pas une bombe. Il pense plutôt à quelque chose qui s'est produit dans l'espace. Mais ça a eu des conséquences catastrophiques… Des avions sont tombés en plein ciel sur des villes, les trains ont déraillé, des accidents se sont produits de partout et tout ça à la minute près, quasiment en même temps que cette étrange lueur est apparue dans le ciel. Il y a de nombreux morts...Les autorités ne savent plus où donner de la tête. Ils doivent gérer les mouvements de panique, les hôpitaux vont être très vite submergés, je vais devoir repartir pour aider au mieux. Pendant ce temps, je ne veux pas que vous sortiez. Calfeutrez toutes les fenêtres, les portes et n'ouvrez à personne. Surtout quoiqu'il arrive, ne faîtes entrer personne tant qu'on ne sait pas ce qu'il se passe exactement... »

Comme pour confirmer ses dires, le programme de Noël fut interrompu par un flash spécial, qui devait par la suite s'éterniser sur toute la soirée et sur plusieurs jours. On ne parlerait plus que de ça sur de nombreux mois.

« Ce soir, sur la Terre entière, une étrange et spectaculaire explosion a retenti, suivi d'une lueur dans le ciel. Pour le moment, nous ne pouvons pas préciser avec exactitude ce qu'il s'est passé et les conséquences que cela va entraîner. Dans l'immédiat, nous savons qu'une onde électro magnétique de très grande ampleur a balayé la terre. Tous les moyens de transport ont été touchés entraînant de multiples accidents, notamment aériens. Nous recensons actuellement tous les événements, recueillons tous les témoignages pour essayer de comprendre. Il semblerait que tout soit rentré dans l'ordre mais nous ne pouvons pas savoir à l'heure actuelle l'impact qu'a eu cette onde sur le noyau de la terre. Il est encore trop tôt pour le dire. Nous conseillons à la population d'éviter tout déplacement, de rester chez soi le temps nécessaire aux investigations... »

J'ai regardé mon père repartir ce soir là. Ce fut la dernière fois que je l'ai vu vivant.

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