Chapitre 9

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Gladys, gagnée par l'envie de fuir, récupère son sac et annonce qu'elle rentre chez elle. Richard, submergé par l'émotion d'avoir retrouvé ses filles, la serre dans ses bras et la laisse partir. Il a besoin de s'enfermer dans son cocon avec ses bébés et apprécie qu'elle lui laisse le temps de ces retrouvailles. Il a déjà oublié cette histoire de jumeau. Les gamines, contentes d'évincer leur rivale, s'accrochent à leur père.


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Pour l'heure, rien d'autre n'a d'importance pour lui que de coucouner avec Manon et Andréa, de les tenir contre lui, de les protéger. Il culpabilise et ne pense qu'à une chose : faire la paix avec elles. Les assurer de son amour, leur dire qu'elles sont ce qu'il a de plus précieux. Il va les couver ! Pour les jumelles, tout rentre dans l'ordre. Elles réclament, en minaudant, un épisode de Violletta.


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Richard appelle Mado pour prévenir de l'intrusion chez eux et lui explique ce qui s'est passé. Elle s'en veut de n'avoir pas été là pour ses poupées, mais Jean annonce qu'une punition s'impose. Se faire fâcher par leur grand-père aidera, il l'espère, les jumelles à prendre conscience de la gravité de leurs actes. C'est plus efficace que le sermon du policier. Jean, il ne rigole pas avec les trucs graves : ça va chauffer !

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Au moment du coucher, Richard, encore tout attendri, les embrasse avec les yeux humides. Il a eu si peur ! Andréa l'attrape par le cou :

« Pardon papa... Je te quitterai plus jamais...

— Oh ma chérie, je vous aime tant ! »

Manon sort de son lit pour venir elle aussi se coller à eux :

« Pardon... mais c'est Gladys...

— Gladys est très gentille. Elle n'y est pour rien. Je l'aime elle aussi. Je vous aime toutes les trois ! Vous comprenez ? »


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Après un timide duo de « oui » et un gros câlin, les aventurières sombrent d'épuisement.

Richard un peu gêné vis-à-vis de Gladys envoie un message :

« Pardon ma chérie pour tout à l'heure. Elles dorment... Je te promets de te faire oublier tout ça. Nous nous fabriquerons de magnifiques souvenirs très bientôt, toi et moi, au Japon. Tout est allé trop vite pour elles, tout est de ma faute... »


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Gladys, prostrée sur son canapé depuis son retour, s'attend au pire en entendant biper son téléphone. Mais non, le message de Richard est gentil. Elle est surprise ! Elle pensait qu'entre les flics et les jumelles il aurait appris son terrible secret. Elle lui répond :

« Pour le Japon ça ne sera pas possible... et quand tu sauras pourquoi tu ne voudras plus de moi. »


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Richard fronce les sourcils face à sa réponse. Il ne comprend pas sa réaction et demande s'il peut l'appeler, mais elle refuse. Se sentant à nouveau très malheureux, il s'enflamme par SMS :

« C'est faux ! Je t'aime ! Les filles ont besoin de temps, mais moi je ne peux pas me passer de toi ! Rien ne pourra nous séparer ! Tout va s'arranger mon amour. »


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Gladys, anéantie, est en larmes. Un autre message arrive alors qu'elle n'a pas répondu :

« Je ne sais pas pourquoi mais les filles prétendent que toi aussi tu as un jumeau, et cela semble faire pencher la balance en ta faveur. Elles vont s'habituer à l'idée, ce n'est qu'une question de temps. Après le Japon, on vivra ensemble ! Je t'en prie, laisse nous une chance ! »

Elle devrait tout lui avouer, le docteur Murat a raison...


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Mais elle n'y arrive pas ! C'est trop difficile ! Elle se contente d'écrire :

« Excuse-moi, mais la journée a été si éprouvante que je vais aller dormir. On en reparle bientôt, mais sois sûr que je t'aime plus que tout au monde. »

Il compatit et répond :

« Je comprends, tu es épuisée. Je t'appelle demain, bonne nuit ma chérie. »

Il jette un dernier coup d'œil aux jumelles, ferme toutes les portes à clé, et va se coucher fourbu.


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Gladys est bouleversée. Après sa chirurgie de réassignement sexuel, elle pensait qu'elle en avait fini avec cette erreur de la nature dont elle était la victime. Un chemin de vie long, compliqué, et éprouvant. Mais l'obtention de la mention « F » sur son acte de naissance prend un temps infini. Sans cette dernière correction, impossible d'avoir une carte d'identité ou un passeport qui ne mentionnent pas qu'elle fût un homme.


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Sébastien n'est pas son jumeau ! C'est un fantôme, qui avait pris sa place, la hantait depuis toujours. Comment expliquer ça à Richard ? Qui peut comprendre ce qu'elle ressentait face au miroir, à ses parents, à la société, qui lui assuraient qu'elle était un garçon, alors qu'elle savait que c'était faux. Une fille, une femme, prisonnière, enfermée dans un corps qui ne pouvait pas être le sien. Arriverait-il seulement à l'écouter ?


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Entendre la violence des changements à la puberté. Entendre et accepter la souffrance. L'impossibilité d'être ce que l'on est vraiment ! Richard n'est pas psy. Il ne sait pas que la science explique cela par un développement différent pendant la gestation. Qu'un bug hormonal peut créer un cerveau de sexe opposé à celui du corps. Comprendre qu'elle ne doit sa survie qu'à l'hormonothérapie qui lui a rendu sa véritable identité.


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Entendre sa transsexualité. Elle a expérimenté mille fois le rejet. Comment pourrait-il continuer à l'aimer et à la désirer ? L'opération a réparé l'erreur commise par la nature. Elle lui offre la possibilité de vivre sa vie de femme. Mais quand il saura, dans ses yeux, elle deviendra un monstre. Oui, elle est une femme, mais pas tout à fait comme les autres ! La modification de son état civil était le dernier obstacle à franchir.


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Si l'administration ne faisait pas autant traîner ce genre de démarches, l'enregistrement de sa trans-identité serait fait depuis longtemps. Elle pourrait vivre le grand amour avec Richard. Mais que ce soit dans les tribunaux, ou les mairies, tout ne se fait qu'au bon vouloir de vos interlocuteurs. Rares sont ceux qui savent l'incroyable combat que vous menez, et c'est de leur ouverture d'esprit que dépend l'avancée de votre dossier.


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Ce que Gladys aurait aimé, ce n'est pas qu'il entende et qu'il comprenne. Non ! Ce qu'elle désirait c'était qu'il n'en sache jamais rien ! Qu'il l'aime pour toujours, comme aujourd'hui, pour ce qu'elle est ! C'était ça son but, sa raison de se battre, de vivre. Devoir tout lui dire, lui raconter d'où elle vient : elle le ne le peut pas ! Elle l'aime profondément, viscéralement. Elle ne supporte pas l'idée de le perdre.


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Elle a déjà perdu l'amour de ses parents, de sa famille, de ses amies pour en arriver là. Se résigner à dire adieu à Richard, c'est au-delà de ses forces. Non : elle ne rencontrera pas un autre homme avec qui faire sa vie une fois son acte de naissance modifié ! Non, parce qu'elle ne pourra jamais aimer que lui ! Elle se lève, se dirige vers l'armoire à pharmacie, avale toutes les pilules qu'elle trouve avant de s'étendre sur son lit.

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