Chapitre 8

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L'inspecteur qui enregistre le signalement de la disparition pense lui aussi à une fugue. Mais, une fois dans la nature, les gamines deviennent des proies et le temps presse. Il ne dit rien de tout cela au père en état de choc. Il note leurs identités, Gladys soulagée explique qu'elle n'a pas ses papiers puisqu'ils sont dans le sac que les petites ont emporté. Elle sait que ce n'est qu'un sursis.


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Le policier est plus intéressé par le numéro de son téléphone portable qui pourrait permettre une géolocalisation. Après les avoir écoutés, il leur demande de rentrer, au cas où les fillettes reviendraient ou chercheraient à les joindre. Ils seront plus utiles à attendre là-bas qu'ici. Il promet de les informer de l'avancement des recherches. Il s'abstient d'évoquer une issue, quelle qu'elle soit. Comment le pourrait-il ?


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De retour à la maison, l'attente qui suit est un moment terrible. Richard plonge dans un mutisme inquiétant. Il se recroqueville dans un fauteuil et les seuls sons qui lui échappent se résument à des plaintes. Gladys aussi est paralysée par la peur. Elle fixe la pendule, le temps n'avance plus. Ils sont prisonniers d'une obsession : retrouver les jumelles saines et sauves ! L'impuissance les consume.


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Gladys sait que rien n'est pire que de subir. Les mots ne sont d'aucune utilité dans ces moments-là. Seule l'action va permettre au temps de reprendre un semblant de cours normal. Elle fera aussi stopper l'élaboration par leurs esprits des pires scénarios. Elle s'approche de Richard, et d'une voix douce mais directive propose :

« Viens m'aider, allons leur préparer à manger ! Elles auront faim en rentrant ! »

Il la regarde, éberlué.


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Il prend conscience de sa présence à ses côtés et lui en est subitement très reconnaissant. Il la serre contre lui :

« Gladys, mon amour. Je t'aime tellement. Tu as raison ! Elles vont rentrer...

— Bien sûr, la police va les ramener.

— Tu es une femme formidable...

— Tout va s'arranger, dit-elle sachant que cela ne sera pas vrai en ce qui la concerne.

— Oui, elles vont rentrer et tout va s'arranger, répète-t-il pour s'en convaincre.


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Gladys reçoit tout cet amour. Cela devrait la combler de joie, mais elle se sent de plus en plus mal. Elle croise son reflet dans une glace et constate à quel point son visage se fane. Son traitement est dans son sac. Elle n'a pas pris ses hormones ce matin. Cela ne se voit pas mais elle, elle sait à quel point elles lui sont indispensables. Dans son cas, le temps ne s'est pas arrêté, non : il recule.


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Les fillettes font l'inventaire des affaires étalées devant entre elles sur le canapé. Elles rient du bon tour qu'elles leur ont joué. Andréa s'empare du bâton de rouge à lèvres, et à l'aide du petit miroir de la trousse de maquillage, s'en tartine la bouche. Manon écarte les boîtes de médicaments et vide le portefeuille de toutes ses cartes de fidélité. Sa sœur s'extasie : toutes les marques prestigieuses sont là, au nom de Gladys Nadro.


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Les petites se les partagent comme un trésor. Le porte-clés en strass déclenche des négociations interminables pour savoir laquelle des deux va se l'approprier. Finalement, Manon le cède, mais en contrepartie empoche toute la monnaie du bus. Il y a plusieurs échantillons de parfum et très vite le salon de Mado sent "la cocotte". Pendant qu'Andréa la coiffe, elle saisit la carte d'identité et le permis de conduire de Gladys.


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Sur cette photo, elle n'est pas maquillée, ne sourit pas et ses cheveux sont courts. Manon lit tout haut :

« Sébastien Nadro dit Gladys Nadro. On dirait son jumeau ! dit-elle étonnée.

— Fais voir ! »

La carte passe des mains de l'une aux doigts de l'autre.

« Elle aussi elle serait jumelle ?! questionne Andréa, troublée.

— Ben oui ! Et alors, qu'est-ce qu'on s'en fout ? râle Manon.

— J'sais pas » insiste Andréa, en détaillant la photo.


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Le flic en charge du dossier découvre lui aussi le secret de Gladys en faisant la demande de localisation pour le numéro de portable. Il n'en revient pas ! Et charrie ses collègues comme pour s'assurer qu'il n'est pas le seul à être tombé dans le panneau :

« Hé les gars, la femme avec le père des jumelles : un sacré canon hein ? »

Les autres confirment, se demandant pourquoi il tient de tels propos.

« Eh ben : c'est un mec ! »


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Tous défilent incrédules devant l'écran où est mentionnée l'identité de Gladys. Les résultats de la géolocalisation tombent immédiatement, c'est l'adresse du couple Bardin, inconnu dans leurs fichiers. Sans perdre une minute, trois inspecteurs sautent dans une voiture et toutes sirènes hurlantes se précipitent sur les lieux. Ils espèrent y trouver les gamines ou, au pire, des indices. Dans ce genre d'enquêtes, le temps joue contre eux.


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L'arrivée sur place se fait discrètement. Ils s'assurent qu'il n'y a pas de danger et sécurisent le périmètre.


Quand ils sonnent à la porte, Manon et Andréa sursautent : prises en flagrant délit ! Elles remettent en vrac les affaires de Gladys dans le sac, puis regardent par la fenêtre et tombe nez à nez avec un visage inconnu. Andréa pousse un cri strident, pendant que, de l'extérieur, un moustachu hurle :

« Manon ? Andréa ? C'est la police ! »


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Manon ne la ramène plus devant les trois hommes plantés au milieu du salon. Andréa est en pleurs et cache sa tête entre ses mains. Un des inspecteurs se renseigne :

« Tout va bien les filles ? On est chez qui ici ?

— Chez nos grands-parents, répond Manon pas fière.

— Vous êtes venues jusqu'ici toutes seules ? »

La gamine fait « oui » de la tête.

« Bon, vous allez venir avec nous, on vous ramène chez vous. Votre papa va être très content. »


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Les flics ramassent le sac de Gladys et invitent les jumelles à refermer la porte, mais refusent de remettre la clé sous le pot de fleurs. Pendant le trajet, elles ont droit à un sermon qui leur passera l'envie de renouveler l'expérience. Andréa sanglote, mais le policier ne se laisse pas attendrir. Il sait que le père, si soulagé de voir rentrer sa progéniture en un seul morceau, ne va ni les fâcher ni les punir.


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Gladys et Richard se précipitent. L'inspecteur leurs crie :

tout va bien, elles sont avec nous !

Les jumelles, mines déconfites, sortent lentement de la voiture de police. Leur père s'élance à leur rencontre, submergé par des larmes de joie, la tension vient de retomber d'un coup. Gladys leur sourit, Manon lui demande :

« C'est qui Sébastien ?

— Toi aussi tu as un jumeau ? ajoute Andréa.

Les flics ricanent.

Richard ne comprend pas.

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