L'écho de la Montagne

4 minutes de lecture

On me demande parfois comment est née cette montagne, sur laquelle nous posons nos pieds chaque jour. On me demande l’histoire du monde, l’histoire de nos contrées sauvages et des forêts qui blanchissent au soleil.

Puisse ce récit trouver son chemin dans le temps et éclairer les mémoires jusqu’à ce que les pierres levées deviennent poussières. Puisse la fin de toute chose se souvenir qu’il y a eu un commencement. Et puisse le monde bâtir des monts toujours plus hauts pour les temps à venir.

Cette histoire est celle de ma nation. Celle d’hommes et de femmes aux visages oubliés, dont seul subsiste dans nos consciences le courage et la patience. C’est l’histoire d’un monde révolu né sous le soleil. C’est l’histoire de ces pierres assemblées qui ont élevé mon âme jusqu’aux cieux. C’est notre histoire, comme celle de tous les Hommes du monde.

Ils étaient une poignée, plongée dans l’obscurité des forêts. On dit qu’ils n’avaient jamais vu le soleil se lever sur leurs terres, et que le bleu du ciel leur était inconnu. Leur peau était blanche comme la lune, et leurs cheveux obscurs comme le ciel semé d’étoiles. Ils étaient les premiers êtres de ce monde. Les premiers à avoir conscience que l’obscurité n’était pas l’absence de lumière, mais la preuve que celle-ci subsistait, cachée aux yeux de tous.

Je ne saurais dire à quel moment leur quête a commencé. Mais je sais que cette montagne, qui dormait au fond de leurs rêves, était plus qu’un amas de pierres. C’était un assemblage de tous leurs espoirs, de tous leurs êtres. C’était la preuve que rien n’est impossible à la force de l’union. C’était un message lancé au ciel, au monde entier, un cri de joie et de fierté, comme pour lui dire : « Nous sommes là. Nos différences ne sont pas des armes, mais les liens qui tiennent les pierres de cette montagne. Nous avons surmonté la peur et la haine, et nous voici face au soleil. Nous l’avons fait. Vous pouvez le faire aussi. ».

Alors, ils ont commencé à construire. Ils ont amassé leurs convictions comme ils ont amassé les pierres. Tous se sont mis à la tâche, touchés par la foi infaillible en leurs espoirs. Ils ont éveillé leurs sourires et levé les pierres blanches. Ils ont fait suer leurs corps, ils ont enduré la fatigue et accepté le découragement.

Plusieurs fois, les fondations qu’ils portaient ont roulé le long des falaises et sont retombées au sol.

Plusieurs fois, les larmes de leurs yeux ont creusé les sillons de leur lassitude. La montagne les a absorbées comme elle a absorbé leurs rires, et la chaleur de leur corps courbés.

Plusieurs fois, ils ont cru abandonner.

Plusieurs fois, ils se sont remis à la tâche, mus par une force incompréhensible qui les empêchait de se laisser abattre.

Ils ont levé des pierres. Grimpé les sommets. Comblé les failles. Levé des pierres. Grimpé les sommets, toujours plus hauts.

Et puis, les premiers rayons de soleil ont brûlé leurs peaux et leurs yeux. La lumière s’est infiltrée dans les sous-bois des forêts, la terre entière s’est mise à briller d’un éclat nouveau. La vie qui sommeillait dans les hauteurs du ciel s’est déversée sur le monde. Ils ont plissé les paupières, et ouvert prudemment leurs yeux.

Ils ont vu l’aurore.

Ils ont vu les collines brumeuses, les arbres pousser de tous les recoins du paysage. Ils ont vu les oiseaux survoler les plaines, la vie courir le long des feuilles, le vent rugir et souffler plus fort que jamais. Ils ont vu le froid des rivières, la chaleur des cœurs battants. Ils ont vu la gaieté des feuilles volantes et la tristesse de celles qui s’amassent au sol. Ils ont senti les courants d’air s’échouer par vagues sur les rives du monde. Ils ont vu les fleurs s’ouvrirent au matin, et se fermer le soir, attentives à la course de la lumière. Ils ont vu les papillons voguer librement sur ces territoires, occupés uniquement par l’instant présent, et non par celui à venir.

Ils ont vu, bien au-delà de tout cela, le soleil se lever d’une aube nouvelle, et le ciel s’illuminer des lueurs du jour montant.

Ils ont vu la vie.

Et cela les a changés à jamais.

Aujourd’hui encore, leurs cœurs libres courent les plaines et les forêts en quête d’amour.

Aujourd’hui encore, leurs rires résonnent à travers les sourires de nos enfants.

Aujourd’hui encore, le ciel brille de cet éclat de joie qui a éveillé le monde.

Aujourd’hui encore, la montagne est levée, et fait entendre l’écho de nos voix aux quatre coins du monde.

Aujourd’hui encore, nous voyons la vie, et ces contrées sauvages qui lui appartiennent toutes entières.

Nous voyons ce monde éclairé, qui semble dans mon cœur mourant être un écho de la Montagne, de cette montagne sur laquelle vous courez après les années, mes chers enfants.

Je pars, mais je ne disparais pas. Je suis une part de ces pierres qui deviennent poussières pour se rassembler à nouveau, dans un autre endroit de ce monde.

Non, n’ayez pas peur de grandir, et de vieillir comme moi.

Nous sommes le monde.

Nous sommes un cri d’espoir, un rire de joie.

               Nous sommes l’écho de cette Montagne.

Annotations

Recommandations

Vous aimez lire storystoire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0