Chapitre 5 : Retrouvailles

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Trois mois avaient passé depuis le drame, la police continuait ses investigations, mais l’enquête piétinait. Hector faisait des recherches sur son ordinateur. Son regard s’attarda quelques secondes sur la carte professionnelle que lui avait laissée le lieutenant Lamontagne lors de sa dernière visite, quand une demande de conversation en ligne surgit sur l’écran, c’était Marie. Hector tapota sur son clavier.

— Marie ? Tu as quelque chose ?

L’écran renvoya une nouvelle ligne.

— Toujours rien. On a revérifié pour Alban ; Aucune chance.

Hector reprit.

— Je te l’avais dit. Ce n’est pas là qu’il faut chercher. Il y a forcément autre chose.

— On voulait être sûr. Et on n’a pas fouillé l’autre piste, celle de Franklin. La police non plus n’avance pas ?

— Non, évidemment. Mais ils n’ont pas toutes les cartes. Toi et Roger, il faut que vous épluchiez de nouveau tous les dossiers. Il faut qu’on trouve. Pour eux. Et, j’aimerais que vous trouviez des infos sur le policier qui enquête. Guillaume Lamontagne. Il aurait un demi-frère, pas du même père, David Francheville.

— C’est quoi le problème, avec lui ?

— J’ai mis le demi-frère KO pour mon championnat d’Europe. Évidemment, je n’avais pas fait le rapprochement. Lamontagne m’en a parlé. Et il m’a mis la puce à l’oreille. Vérifie, juste, s’il te plaît. Et tâchons de rester discrets.

— OK, on continue à chercher. Mais toi, ça va aller ?

— Je vais me mettre au vert.

— Pas de connerie, hein ?

Hector rassura son amie.

— Non, pour le moment, je vais garder les idées claires, comprendre ce qui s’est passé. Quand tout sera fini, on verra.

Mais Marie voulait en savoir plus.

— Tu vas faire quoi ?

— L’affaire LNPR1, tu te souviens ? C’est chez elle que je vais…

— On engage une procédure LNPR2 ?

— Pas besoin, juste une mise au vert.

— Super, reste joignable, on se tient au courant.

-

Le TGV filait dans la campagne. À la gare, Hector fut accueilli par une jeune fille d’une vingtaine d’années qu’il crut reconnaître.

— Bonjour, Alicia, c’est ça ?

— Non, Al, c’est ma sœur jumelle. Moi, c’est Noémie. C’est moi votre chauffeur, vous venez ?

Dans la Nissan noire de sa mère, Noémie engagea la conversation.

— Maman dit que vous vous connaissez depuis longtemps…

— C’est tout ce qu’elle t’a dit ?

— Elle n’a jamais parlé de vous, avant…

— Nous étions bons amis, et puis chacun a suivi son chemin, de son côté ; Les gens se perdent de vue. Parfois, ils se revoient ; rarement.

Le trajet ne dura qu’une vingtaine de minutes, le temps de sortir du centre-ville et de rejoindre le village adjacent. Au bout d’une ruelle de campagne, une grande maison se dressait au fond d’une cour ornée de parterres fleuris.

— Ah ! Voilà, on arrive, reprit Noémie. Vous pourrez vous installer tranquillement. Maman rentre tard, ce soir. Elle fait des formations de sensibilisation à des aidants, des particuliers ou des professionnels.

Le portail blanc s’ouvrit dès l’arrivée à proximité de la Nissan alors qu’un gyrophare jaune perché sur un bloc renfermant la boîte aux lettres signalait le danger à tout maladroit qui se serait aventuré trop près du battant en mouvement. Le cross over emprunta alors l’allée jusqu’au garage dont la porte s’ouvrit, elle aussi, automatiquement.

Hector sortit du véhicule arrêté dans son abri, en fit le tour et ouvrit le hayon afin de récupérer son sac de voyage dans le coffre. Il ressortit du garage et s’offrit une vision périphérique du parc miniature qui entourait la maison de son hôte. Une estimation rapide lui permit d’évaluer à environ mille-cinq-cents mètres carrés la surface de la propriété, partagée entre la pelouse, la terrasse et son barbecue en maçonnerie, les massifs de fleurs et ce grand pavillon moderne jouxtant le garage bien trop vaste pour deux voitures.

Le son de la clé dans la serrure, puis la voix de Noémie annonçant son retour à sa sœur jumelle, sortirent Hector de sa concentration. Franchissant la porte à double vitrage, il se retrouva dans un vaste hall d’entrée à mezzanine, bénéficiant de toute la lumière que lui procuraient deux fenêtres de toit en vis-à-vis d’un large mètre carré chacune. Contre le mur, face à la porte d’entrée, un escalier montant à droite menait, dans son prolongement, à un couloir qui distribuait vraisemblablement vers les chambres, et, à angle droit sur sa droite, à un balcon qui permettait de surplomber ce grand espace d’accueil.

Noémie, qui avait disparu quelques minutes, juste avant l’entrée d’Hector, montra le bout de son nez au sommet de l’escalier, direction couloir.

— Venez, je vais vous montrer votre chambre, vous pourrez vous installer tranquillement.

Hector monta les marches une par une puis emboîta le pas de la jeune fille enthousiaste, qui lui indiqua au passage, sur sa droite, la porte de la salle de bain, où il pourrait, si besoin, se détendre après le long voyage qu’il venait de faire. La porte suivante portait une petite plaque en céramique sur laquelle était peint le prénom d’Alicia. La chambre suivante était celle de Noémie, et, au bout du couloir, Hector fut invité à s’installer dans la chambre de Joanie, la plus jeune sœur, âgée de quinze ans, comme venait de l’expliquer Noémie.

En une fraction de seconde, le père de deux fils qui, malheureusement, ne deviendraient jamais des adolescents, s’était fait un premier a priori de ce qu’il trouverait derrière la porte de la chambre d’une jeune fille de quinze ans. À sa grande surprise, il ne trouva sur un mur qu’un poster incongru, une représentation de l’Homme de Vitruve, détournée en une figurine Playmobil qui trouvait sa place à la fois dans le carré et dans le cercle, faisant ainsi honneur à l’œuvre du génie de la Renaissance. La chambre était un vaste espace dont la sobriété de l’ameublement – un lit se rabattait contre un mur, au-dessus de lui, des placards dans lesquels devaient être rangés des vêtements, contre le mur d’en face, une simple table avec une chaise, et une tablette sur laquelle trônaient fièrement une petite dizaine de coupes et trophées divers – permettait à Joanie de torturer quand elle le voulait un sac de frappe de boxeur pendu au centre du plafond.

— Cherchez pas, expliqua Noémie, notre frangine n’est pas une ado conventionnelle. D’ailleurs, c’est peut-être ce qui la rend sympa…

Quand vint le soir, Hector prit le dîner avec Noémie et Alicia. Les jumelles semblaient empreintes de timidité. Hector ne savait pas non plus quel sujet aborder. De simples banalités furent alors échangées, jusqu’à la fin du repas. Puis Alicia se résolut.

— Bon, j’y retourne, un problème de maths insoluble.

Hector se proposa immédiatement, saisissant l’occasion d’un début de conversation.

— Tu veux un coup de main ?

Noémie enchaîna.

— Vous êtes un matheux, vous ?

— Je connais un peu… c’est quoi le sujet ?

Alicia revint avec son cahier et son livre de cours.

— Un fichu exo de géométrie, de barycentre, j’y comprends rien…

— Allez, installe-toi, on va regarder ça.

Installées à la table après avoir débarrassé les assiettes, Noémie et Alicia exposèrent leur problème à Hector, ainsi que les difficultés qu’elles rencontraient à comprendre les nuances de ces exercices de géométrie. Lorsque Hélène rentra, elle vit avec plaisir des cahiers et des livres sur la table, Hector riant avec les jumelles.

— Bon ! Je vois que vous avez fait connaissance…

Noémie se justifia.

— Hector nous a aidé pour nos devoirs de maths.

Sa sœur enchaîna.

— Je ne suis pas sûre d’avoir tout compris, mais au moins, c’est fait.

Hélène s’approcha d’Hector et les deux amis se donnèrent une accolade chaleureuse.

— C’est bien que tu sois venu.

— Au moins ce soir, ç’aura servi à quelque chose… Blague à part, merci de me recevoir.

— Qu’est-ce que vous regardez, les chipies, demanda Hélène aux filles, reprenant l’espace d’un instant son rôle de mère attentionnée. Montez donc vos affaires et allez dormir. Demain vous n’arriverez pas à vous lever…

— Elles sont sympa, confia Hector à son amie. Un peu moins maths que littérature, mais on a réussi à s’entendre.

Hélène bombarda Hector de questions.

— Tu as fait bon voyage ? Elles t’ont montré où t’installer ? Vous avez mangé ?…

… auxquelles Hector répondit non sans humour.

— Non, elles m’ont posé des questions, un vrai interrogatoire. La lampe du salon est encore chaude…

Noémie, en haut de l’escalier, avait écouté le début de conversation.

— C’est même pas vrai !!!

Les jours qui suivirent furent des occasions répétées de se détendre, les jumelles en cours, Hélène à son travail. Hector s’occupa à tondre la pelouse, rentrer le bois, repeindre la palissade, laver les voitures, préparer le dîner… Le lundi suivant, Hélène annonça à Hector que son emploi du temps devait de nouveau la retenir pour la soirée.

— Hector, ce soir je rentre tard, je fais encore une formation. Je te laisse avec les jumelles.

Hector accepta de bonne grâce.

— Je devrais m’en sortir. Au pire, un ou deux exercices de maths…

Le soir venu, alors que le repas fut reporté en attendant le retour de la maîtresse de maison, dans le salon, ce fut Noémie qui osa.

— Hector, tu vas rester ici ?

— Encore quelques jours. Ensuite, il faudra que je reparte.

Alicia voulut une explication.

— Pourquoi ? Pourquoi tu ne restes pas ?

— Vous avez votre vie, ici, votre mère et vous. Votre monde, vos amis…

Noémie lança alors l’invitation.

— Viens faire partie de ce monde.

— J’ai ma vie là-bas…

— Sans te faire de mal, reprit Alicia, ta vie, elle est partie en fumée, et tu as tout à reconstruire…

— Ouf !… En plein dans le cœur…

— J’ai vu comment c’est chez toi. C’est pas là-bas que tu vas te reconstruire. Tu vas juste couler.

— Ça, c’est moi que ça regarde, non ?

— En réalité, continua Noémie, ça nous regarde aussi… on s’est attachées à toi, tu vois.

— Arrête… Ça fait à peine une semaine et demi qu’on se connaît.

— Oh l’autre, l’argument à peine bidon !!! protesta Alicia.

— C’est vrai, continua Noémie, ça ne tient pas la route. Maman et toi, ça a duré tout juste une semaine, il y a vingt-cinq ans… Et tu es toujours amoureux d’elle. Ne dis pas le contraire, ça crève les yeux !

— Et maman, reprit Alicia, ce serait bien, pour elle. Elle revit, depuis dix jours, on dirait qu’elle a retrouvé sa jeunesse…

Hélène rentra le soir, tous les quatre passèrent à table, et devisèrent joyeusement. Les jumelles résolues à en découvrir davantage sur un épisode de la vie d’adolescente de leur mère qu’elles ignoraient encore peu de temps auparavant, Noémie relança la question.

— Comment vous en êtes arrivés là après si peu de temps ?

Sa jumelle enfonça le clou.

— C’est vrai, après juste une semaine, et même pas en tête à tête, et trente ans après, vous êtes toujours… enfin vous voyez…

Hélène donna un commencement d’explication.

— Nous étions dans un groupe d’échange international, pour une semaine, entre Noël et le Nouvel An. Nous nous entendions bien, tous les deux, mieux que n’importe qui dans le groupe.

Hector compléta.

— J’étais venu avec un copain, qui faisait un peu la gueule dès le départ ; il s’est un peu déridé, mais bon… Moi, j’avais décidé de profiter quoi qu’il arrive du séjour ; je partais plein d’optimisme, je voulais vraiment me faire plaisir.

— Et tu avais un côté « tout me plaît, ici, même les toutes petites choses… »

— C’était ça, le truc, pour en profiter. Il suffit de peu pour être heureux, un peu de pâte à tartiner, goût noisette et chocolat, de préférence, un peu de fromage à pâte molle, toi qui baguenaudes dans les pâturages…

Ils éclatèrent de rire. Comme un code secret connu d’eux seuls, c’était une plaisanterie qui réveilla chez les deux amis des souvenirs particulièrement heureux. Hélène lui déposa un baiser sur la joue puis éclata de rire de plus belle devant ses yeux pleins de surprise. Les jumelles applaudirent, ravies de voir leur mère rayonnant de bonheur comme rarement elles l’avaient vue ces dernières années.

Les soirées passaient, les deux amis se remémoraient les vieux souvenirs devenus flous, se racontaient leur chemin parcouru. Hector confia à Hélène un secret qu’il avait jalousement gardé toutes ces années.

— Tu te souviens, le jour du départ, quand on est tous repartis chez nous, chacun de son côté.

— J’avais les larmes aux yeux quand je me suis blottie dans tes bras. Le côté un peu ridicule des émotions d’une adolescente…

— Je me suis fait violence pour ne pas monter avec toi dans ce train, tu sais. Je voulais, j’étais même sûr de pouvoir me racheter un billet, avec les indemnités de déplacement de l’organisme.

— C’est vrai ? Ç’aurait été complètement fou ! Mais pourquoi tu ne l’as pas fait ?

— J’avais des DS en rentrant. Il fallait faire une petite révision, avant d’y retourner…

— Mais ça, tu vois, ç’aurait été romantique… On aurait été bien embêtés, pour expliquer ça à mes parents, mais ça m’aurait plu.

— Mais au lieu de ça…

— Au lieu de ça, tu as préféré me dire trois jours après, dans une lettre que je n’oublierai jamais, que tu t’étais amouraché de moi… Beaucoup moins romantique, pour le coup…

— Tu peux parler ! Dans le genre pas romantique, tu m’as carrément dit que si quelqu’un t’annonçait s’être amouraché de toi, ça te faisait dresser les cheveux sur la tête.

— À quoi tu as répondu que tu aurais tellement voulu voir ça ! Ça cassait toute l’image de Roméo et Juliette ! conclut Hélène dans un fou rire communicatif partagé par Hector.

Le samedi soir, dans un petit restaurant, alors qu’un orchestre mettait l’ambiance, Hélène et Hector partagèrent un dîner en tête à tête.

Hector voulait en entendre plus de la bouche de son amie.

— Alors comme ça, diplôme en poche tu es partie en exil ?

— J’ai eu un bon modèle, répondit-elle, pointant son index vers son ami. Je me suis dit que c’était un moyen que tu avais trouvé pour oublier les choses, m’oublier, peut-être… Pourquoi ne pas essayer la même chose… Et puis, j’ai eu une opportunité.

— Et là-bas tu t’es mariée, tu as eu tes filles… Mais tu es revenue chez toi…

— On a été agressés une fois, reprit Hélène, un soupçon de mélancolie dans la voix, c’était un mois avant la naissance de Joanie. Deux types sont entrés dans la maison un matin ; Ils nous ont bâillonnés, mon mari et moi. Heureusement, les jumelles étaient chez mes parents, en France, tu sais. Ça a duré plusieurs heures, on ne savait pas ce qu’ils voulaient. J’étais angoissée, j’étais enceinte, huit mois. John pensait qu’ils en voulaient à notre argent, c’est un homme riche. Mais moi, j’avais l’impression qu’ils cherchaient autre chose, qu’ils attendaient que quelque chose se passe…

— Comment ça ?

— Je n’ai jamais pu m’expliquer cette sensation, mais tout à coup, il y a eu comme une présence, c’était… bizarre. L’un des deux types a soudainement couru à travers la pièce et s’est défenestré. Il est tombé la tête la première sur la terrasse. Malgré son geste, en allant vers la fenêtre, il avait l’air tellement terrifié… C’était inexplicable, incohérent. L’autre type est parti en courant, on ne l’a jamais revu. Mon mari et moi sommes restés là, ligotés, sur le sol de la chambre.

— Comme ça ? Sans bouger, sans appeler à l’aide ? Mais vous êtes restés là combien de temps.

— Toute la nuit. Nous nous sommes endormis quand la tension est retombée. Que pouvions-nous faire ? Attachés, bâillonnés, seuls.

— Et quelqu’un est venu vous délivrer au petit matin ?

— En fait, c’est le plus étonnant : quand nous nous sommes réveillés, nous étions libérés. John a toujours été persuadé d’une intervention divine… Il est américain.

— Et toi ?

— Comme dit, je ne me suis jamais expliqué ce qui est arrivé. Cet objet bizarre que j’avais retrouvé dans ma main au réveil, je ne l’ai jamais expliqué non plus. John n’en a rien su.

— Un objet ?

— Une espèce de petit bonhomme disproportionné en matière plastique. J’ai découvert plus tard que ça devait être une sorte de figurine issue d’une vieille légende d’Europe centrale.

— Et c’était quoi, ce truc ?

— Un jour, j’ai appuyé sur son ventre ; une toute petite lumière bleue s’est furtivement allumée, j’ai appuyé de nouveau, rebelote. Ç’avait un côté un peu ridicule. Une sorte de jouet bon marché. Mais s’il était là, il devait bien y avoir une raison…

— Quelle raison ?

— Je ne savais pas, j’ai fait un rapprochement avec cette sensation de présence, lors de la prise d’otage… J’allais le ranger dans un tiroir de ma table de nuit, quand j’ai entendu des voitures de police, des ambulances, toutes sirènes hurlantes, arriver chez mes voisins, un vieux couple, bien gentil. Ils avaient un peu exagéré, Jonathan avait fait un léger malaise, il est allé à l’hôpital, rentré le soir même… fausse alerte. La pauvre Mary a dû être sacrément déboussolée, avec tout ce remue-ménage ! Mais j’ai trouvé la coïncidence sympa, je ne l’ai plus quitté pendant plusieurs années, puis, je l’ai donné à Joanie. Bref, Jo est née un petit mois après ces événements. Ensuite, j’ai été obligée de quitter mon job, et puis John et moi nous sommes séparés.

— Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Je travaillais dans une clinique privée, une bonne opportunité, comme je te disais. Un oncle de John. J’y suis encore restée six mois, et puis j’ai dû démissionner. J’ai soupçonné que mon patron avait des activités à la limite de la légalité, mais pas de plainte, pas de preuve… Quand je lui en ai parlé, il m’a dit que je subissais encore le contrecoup de la prise d’otage, que j’étais encore perturbée. John me disait la même chose. J’ai préféré quitter le pays. Les filles vont régulièrement là-bas. Leur père est devenu instable après tous ces épisodes, mais il s’est toujours bien occupé d’elles.

— Instable, remarque, je peux comprendre.

— À la fin, il me disait de marcher comme-ci, de parler comme ça… « Donne-moi juste un baiser… » Comme ça… Tu sais qu’il a fallu expliquer à la police ce qui s’était passé, sans passer pour des illuminés. John a inventé un scénario : il aurait réussi à se libérer de ses liens et, montrant sa force à ses agresseurs, les auraient effrayés au point que l’un se défenestre et l’autre s’enfuie en courant pour ne plus jamais reparaître.

— Et ils ont gobé ça ?

— Je sais, ça semble encore plus incroyable que le scénario de John lui-même…

— C’est ce qui t’a donné l’idée de m’envoyer ta fille ?

— Non, ça, c’était une initiative des jumelles. Elles ont comploté dans mon dos. Je n’en savais rien. Je ne voulais pas te forcer à venir. Après mon invitation, à l’enterrement, tu ne t’es plus manifesté…

— Je ne voulais pas que tu croies… Tu vois bien…

— Tu ne changes pas ; toujours du mal à dire les choses que tu as sur le cœur ? Mais c’est bien qu’elle se soit présentée, plutôt que moi.

— Pourquoi ?

— Tu te serais senti trop engagé, émotionnellement. Et pour Al, tu étais trop gentil pour lui dire non… Allez, viens, je t’accorde cette danse !

Les deux amis se mirent à danser doucement, les yeux dans les yeux, sur une ballade de Jo Dassin, reprise par l’orchestre.

— … Moi je suis resté le même, celui qui croyait que tu l’aimais. C’était pas vrai, n’en parlons plus, et la vie continue…

Ces paroles la firent sourire alors qu’elle le fixait du regard. Elle posa sa tête sur son épaule.

-

Après deux semaines et demie de séjour, ce matin-là, Hector sortit de la chambre de Joanie qui lui avait été réservée et vit Hélène rayonnante, raccrochant son téléphone. Il lui posa une question appelant une réponse évidente.

— Bonnes nouvelles ?

— Oui, tu vas pouvoir faire connaissance avec Joanie, elle revient ce week-end de chez son père. On ira la chercher à Bâle, à l’aéroport.

— C’est que… je pensais rentrer… Je ne devrais pas m’incruster plus longtemps.

— Oh allez, reste encore deux, trois jours. Tu verras, elle est adorable… Tiens, à deux ou trois ans près, elle est comme moi quand on s’est connu… Allez, s’il te plaît…

— Bon d’accord… Trois jours, et ensuite je dois vraiment rentrer.

— Par contre, enchaîna Noémie, rieuse, qui avait suivi la conversation, il ne pourra plus dormir dans la chambre de Joanie, tu y as pensé, maman ?

— Hé bien, il dormira… hésita Hélène, un peu confuse.

— Sur le canapé du salon, intervint Hector, pour libérer son amie de son embarras.

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