I (Partie deux)

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* * *

All Eyez On me — 2Pac

Il me fallut longtemps pour comprendre d'où il venait. Le petit prince, qui me posait beaucoup de questions, ne semblait jamais entendre les miennes. Ce sont des mots prononcés par hasard qui, peu à peu, m'ont tout révélé, j'articule en parcourant la page des yeux.

Le livre Le Petit Prince posé sur mes genoux, mon siège se trouvant près de son lit où il est confortablement assis, je bois une gorgée de chocolat chaud encore brûlant.

Je continue ma lecture sous le regard admiratif de Simon. Un petit sourire se dessine sur ses fines lèvres. Il semble plus détendu qu'à ma dernière visite, c'est une bonne chose.

Aujourd'hui, est notre quatrième entrevue. À chacune de mes visites je lui lis un passage de l'ouvrage et je le découvre de plus en plus affaibli.

J'ai appris par l'une des infirmières qu'il avait démarré sa première séance de chimiothérapie intensive lundi. L'administration du traitement d'induction anti-cancéreux est d'environ une semaine. Cette pensée me comprime la poitrine.

Il n'est pas encore prêt à me parler de sa maladie, alors j'accepte et respecte son choix.

Progressivement il s'habitue à ma présence, mais je ne veux pas m'imposer dans son environnement.

Quand j'arrive à la fin du chapitre trois, je ferme le livre et jette un rapide coup d'œil à Simon. Le petit garçon scrute le sac de sport à mes pieds en soufflant prudemment sur le gobelet encore chaud que je lui ai apporté.

— Il y a un problème mon grand ?

Il lève doucement son regard et hoche la tête négativement.

— Tu fais quel... quel sport ? bégaye-t-il.

— Du basket, tu pratiques un, en dehors ?

Il grimace avant de reprendre un air sérieux.

— Non, mais j'aime bien ce sport, m'apprend-il.

— C'est super ! Un jour on jouera ensemble alors, dis-je réjoui.

Simon se déride légèrement avant de me répondre.

— Et je gagnerai ! assure-t-il en se moquant de moi.

Je discute encore un instant avec lui, avant de m'en aller.

— Je reviens mardi, avec d'autres livres, j'annonce en le saluant de la main.

Arrivederci¹ ! claironne-t-il dans mon dos.

Un sourire étire mes lèvres, il n'a pas oublié.

Rapidement je rejoins ma Porsche 911 gris anthracite, un ancien modèle. Je lance mon sac d'entraînement sur le siège passager et passe la première pour rejoindre le gymnase du centre-ville de Saint-Raphaël.

Les paysages de la région Provence-Alpes-Côtes d'Azur défilent sous mes yeux. Le soleil frappe mon visage, la température est agréable en cette fin de printemps.

Simon continue de hanter mes pensées malgré mon départ. Je lui ai proposé qu'un jour nous puissions jouer ensemble, mais je prends douloureusement conscience qu'il ne sortira pas de sitôt et ne s'amusera pas comme d’autre enfant à l'extérieur de ce service avant plusieurs semaines; ça me brûle la poitrine.

Fichu cancer.

Je monte le son de la radio tout en fredonnant l'air de la musique.

Le parking est bondé en cette fin d'après-midi. Je trouve malgré tout une place.

J'ai à peine éteint le moteur de ma voiture qu'un bruit sourd s'abat sur le capot. Je relève le menton et croise le regard brillant de malice d'Edem. Je contracte la mâchoire face à son audace. Ce rustre affiche un sourire de voyou, il sait que je ne supporte pas que l'on touche à ma voiture.

Andréa lève les yeux au ciel et attrape notre ami par le col de son maillot rouge de l'équipe des Raptors de Toronto, le faisant descendre de la carrosserie. Je verrouille ma voiture en le toisant, mais cette brute reste imperturbable.

— Je commençais à peine à me distraire Maltais, bougonne le farceur.

Ce dernier lui claque l'arrière du crâne en ricanant.

Je remarque par la même occasion, le nouveau tatouage représentant un serpent qui encercle le poignet d'Andréa. Depuis mon départ, de nouveaux dessins ont recouvert sa peau et ils sont prodigieux. Notre tatoueur professionnel a vraiment du talent.

— Zach est...

— En retard, finit Edem en me coupant la parole.

Je passe devant lui en le bousculant volontairement, ce mec est vraiment agaçant. Andréa lance son poing contre le mien et nous avançons tranquillement vers le bâtiment.

Un parc se situe tout près d'ici, on peut entendre les enfants crier et jouer dans le bac à sable, les oiseaux chanter et l'odeur de friture.

La tranquillité du moment est perturbée par une musique assourdissante qui me vrille les tympans. Edem émet un sifflement et j'aperçois l'objet de torture se garer. Zach sort de son SUV avec nonchalance.

— Le roi de la discrétion est arrivé ! je m'écrie.

Il marche jusqu'à nous, sans oublier de lancer un sourire suggestif aux deux nanas qui passent près de lui. Je roule des yeux, exaspéré par les gloussements des filles et par l'attitude de Zachary.

Rectification : le roi des Don Juan !

— Prêt pour ta défaite mon pote ? déclare Zach avec insolence en me pinçant la joue.

Je me dégage de son contact, arque un sourcil et bombe le torse de fierté.

— Tu veux parier ?

— Quinze euros sur Zach, s'écrie Edem.

Le blondinet prend une expression outrée en entendant le montant de son complice.

— Tu me fais marcher Ed ?

Zach foudroie le grand métisse, pendant que l'autre hausse les épaules.

— Coassociés dans les affaires, mais pas dans le sport on dirait... ironisé-je en fixant les inséparables.

— Trente euros sur Sam, lance Andréa en frappant mon poing.

— Tu es prêt à perdre de l'argent mon pote ! raille le futur perdant.

Pour seule réponse, notre tatoué envoie un baiser dans la direction de Zach. Celui-ci simule une mine horrifiée.

Nous nous connaissons depuis de nombreuses années. Notre passion commune pour le basketball nous a rapproché. J’ai d’abord connu Andréa au lycée, très vite nous avons sympathisé. L’année suivante, les deux compères nous ont rejoint dans l’équipe de la ville de Saint-Raphaël. Notre fraternité s’est renforcée, en grandissant. J’ai une confiance aveugle en eux. Même la distance, les épreuves et les secrets n’ont pas détruit notre amitié. Pendant cette période passée à Naples. Mes amis sont venus plusieurs fois me rendre visite, je dois avouer que leur présence régulière à mes côtés m’a manqué.

Mais je n'oublie pas, je vais gagner et ce n'est qu'une question de temps.

En Italien :

¹ : Au revoir

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