Chapitre 5

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Jia n’appréciait pas de rester passive quand ses camarades se faisaient descendre un par un sur les ordres de son taré de frère. Malgré les ordres, elle remonta à bord du navire quand Morann fit basculer la situation. Cette petite était possédée par on ne sait quel esprit pour agir de manière aussi démente.

Dans la pagaille, elle parvint à se faufiler entre les combattants dans l’espoir de se saisir de la bouteille sans que Manchu ne la remarque. Il hurlait des ordres à ses hommes pour qu’ils tentent de capturer la jeune écervelée. De son côté, Anna Maria mettait tout en œuvre pour éviter qu’un assaillant ne remarque l’imposante silhouette qui se glissait entre les débris du navire. Il fallait qu’elle arrive à récupérer cette bouteille.

Morann, tel un petit singe, voltigeait dans les cordages. Elle cherchait le moyen de redescendre sur le plancher des vaches de mer sans qu’un rufian n’essaie de lui faire une seconde raie des fesses. Chose compliquée malgré la pagaille. Surtout que Manchu ne la lâchait pas d’une semelle, n’hésitant pas à lui tirer dessus. La pirate remercia tous les dieux qu’elle connaissait pour la chance qu’ils lui accordaient. Alors qu’elle effectuait une énième acrobatie pour gagner du temps, son regard tomba sur Jia qui rampait pour attraper la bouteille. Lorsqu’elle la vit saisir le précieux récipient, elle poussa un cri de joie. Manchu jeta alors un regard dans la même direction que cette petite garce.

— Jia !

Tout se stoppa et tous les yeux se tournèrent sur la grande Chinoise à quatre pattes tenant la bouteille dans sa main valide.

— L’œuf ! Saisissez-vous d’elle !

Tous les larbins se jetèrent sur leur nouvelle cible. Bien qu’elle soit une bonne combattante, elle ne pouvait pas lutter contre une dizaine d’hommes et empêcher la fiole de se briser. En quelques minutes et malgré la défense courageuse des hommes d’Anna-Maria, Jia fut maitrisée.

— Embarquez-moi cette traitresse et coulez-moi ce sale rafiot ! hurla Manchu après avoir collé une beigne dans la figure de sa sœur.

— PAS QUESTION !

Se lançant à l’assaut du colosse, Morann bondit sur lui à l’aide d’un cordage, toute patte en avant afin de faire basculer son adversaire. Hélas, elle se heurta à un mur de muscle. Résultat de son envolée héroïque : une onde de choc qui lui vrilla la colonne vertébrale, une cheville foulée et un fessier encore plus tanné après sa chute sur le pont.

La jeune pirate gémissait en se tortillant comme un ver alors que son adversaire trainait sa sœur comme un sac de patates vers la jonque.

Anna Maria tenta à son tour d’empêcher le titan de fuir avec sa promesse de fortune. Il tira sans état d’âme sur la capitaine qui s’effondra. Il sortit une seconde arme qu’il pointa vers Morann qui peinait à se relever. Elle se jeta en avant quand il fit feu. Par malchance, elle se retrouva devant la lame d’un assaillant qui venait d’achever sa dernière victime. Tournant comme un tapis qu’on enroule, elle parvint à esquiver tous les estocs de son adversaire. Elle ne sauva sa vie qu’en parvenant à glisser dans l’entrepont par une brèche ouverte lors de canonnade.

— Ne perdons pas de temps avec cette larve ! Envoyez-moi par le fond cette barque ! hurla Manchu après avoir balancé le corps inanimé de Jia dans la jonque.

Son ordre fut exécuté dans la seconde où le dernier pirate chinois ait quitté le bord. Les canons pulvérisèrent la coque en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Morann se débattait comme elle le pouvait entre les débris du bateau et l’eau qui menaçait de l’engloutir à gros bouillon. Si elle ne se sortait pas de la carcasse de bois, elle allait finir comme Jonas dans la baleine. Alors qu’elle se hissait tant bien que mal sur le pont, elle vit glisser le corps d’Anna-Maria dans les flots. Sans réfléchir, Morann se rejeta à l’eau pour éviter à son ancienne capitaine d’aller rejoindre Davy Jones.

Elle espérait ne pas risquer sa propre vie pour un cadavre. Elle se saisit du corps sous les aisselles et donna de grands coups de jambes pour regagner la surface. Hélas, l’appel d’eau que créait le navire en perdition l’entrainait vers le fond. Morann frappait l’eau comme possédée par une démone. Alors que ses poumons commençaient à la bruler, elle jura dans tous les langues qu’elle connaissait – soit fort peu. Pendant un instant, elle hésita à lâcher sa charge. Jamais elle n’expliqua ce qui arriva, mais un puissant courant vint la pousser. L’eau venue de nulle part la percuta comme un mur, la propulsa hors de l’épave agonisante et l’éjecta à plusieurs mètres de haut hors de la surface de la mer. Elle retomba à l’eau comme un tonneau de plomb.

Quand elle émergea une nouvelle fois, elle s’aperçut qu’elle avait perdu Anna Maria. Son regard darda avec frénésie autour d’elle. Rien. Elle plongea. Le corps coulait comme un boulet de canon. En trois brasses, elle le récupéra. Cette fois, elle parvint à la trainer jusqu’à la chaloupe mise à la mer pour Jia. La pirate s’y traina avant d’y hisser sa capitaine. Cette dernière ne respirait plus.

— Ha non sale gougnafière ! Tu vas pas me laisser seule au milieu de nulle part !

La frêle Galloise se mit à tambouriner sur la poitrine de sa noyée. Hors de question que Neptune récupère son âme maintenant ! Elle frappa la cage thoracique, retourna le corps, lui tapa dans le dos, la fit recracher l’eau de ces poumons. Rien ne semblait y faire.

— Mais tu vas respirer par tous les krakens des basses fosses ! chouina Morann en lui collant un dernier coup désespéré.

Une giclée d’eau salée et de glaire lui éclaboussa la figure. Dans un hoquet gluant, Anna Maria revint à la vie. La Jamaïcaine vomit encore plusieurs fois.

— Seigneur, revenir d’entre les tentacules de Davy Jones pour se retrouver avec Morann dans une chaloupe… Qu’ai-je fait pour mériter ça ?

— Pff, la prochaine fois je te laisserai rejoindre les Lockers ! Ingrate ! bougonna la sauveteuse improvisée.

La capitaine se redressa avec peine et passa sa main sur son crâne sanguinolent. Un pic lui martelait depuis l’intérieur. À quelques millimètres prêts et la balle lui aurait explosé la cervelle. Elle déchira un morceau de sa ceinture en tissus pour se bander de façon rudimentaire la blessure.

Elle scruta les alentours. Hormis la jonque, bien loin à l’horizon, et les débris de son navire, on ne distinguait que le plat de l’océan. La situation se révélait délicate et sa petite résurrection serait de courte durée sans eau potable ni vivre.

— Nous voilà bien avancées, maugréa Anna Maria. Tâchons d’essayer de récupérer quelques débris afin de confectionner une voile de fortune.

— Capitaine, je vous ai sauvé la vie, au péril de la mienne ! Vous me devez une faveur et je l’exige maintenant !

La Jamaïcaine explosa, hilare, peu habituée à la voir aussi sérieuse, si solennelle. Elle en était ridicule. Sous les larmes de rire, Anna Maria présentait un mauvais coup. Cependant, elle accepta d’accéder à sa requête si cette dernière restait tout à fait respectable.

Et Moran lui montra son cul… ponctué d’échardes.

— OH MON DIEU ! Mais va te faire mettre par une ancre !

— Mais j’ai mal ! Puis je ne peux pas les enlever de mon derche sans aide ! Or il n’y a que toi à des miles à la ronde ! On n’ira pas bien loin si je ne peux pas poser mon fessier dans cette putain de barque !

La pauvre capitaine jura autant qu’elle put tout en retirant autant d’échardes possibles du fessier de sa compagne d’infortune. Une fois sa pénible tâche accomplie, elle se jeta à l’eau, autant pour se purifier que pour récupérer ce qu’elle pouvait pour améliorer leur situation. Pendant ce temps, Morann immobilisa sa cheville douloureuse. Dès qu’elle fut à peu près remise, elle rama pour ramasser le reste d’une voile qui flottait.

Un petit tonneau d’eau, une bouteille de rhum et des gâteaux détrempés furent les seuls vivres qui n’avaient pas sombré avec le navire.

— On n’ira pas bien loin avec ça, rumina l’ex-capitaine. Il va falloir rationner à mort…

— C’est le cas de le dire ! De toute façon, qu’on rationne ou pas, ça sera sûrement à mort…

— Par tous les tentacules de Jones, je n’aurai jamais dû m’embringuer dans une affaire, sale petit rat !

— De quoi ? Non, mais tu te sens bien résidu de cacao ? J’y suis pour rien moi ! C’est pas ma faute si Jia a un taré de frangin !

— Haaa boum t’as rien de mieux qu’une injure raciste ? Sale bâtarde d’esclavagiste ! Tu portes la guigne ! C’est pour que ça que personne ne veut de toi à son bord ! Hormis les vieux capitaines ivrognes !

Malgré sa cheville blessée, Morann bondit sur la capitaine. Ses mains serrèrent la gorge de cette dernière avant que celle-ci ne répliquât par un coup de tête dans le nez. Loin d’être incommodée par le sang, la Galloise répliqua toute griffe dehors. Anna Maria les lui saisit avant de lui donner un coup de pied dans le ventre.

Le pugilat dura plusieurs minutes. Des cheveux furent arrachés, des ongles cassés, les chairs lacérées. Après une bataille navale, un naufrage et une vaine tentative d’améliorer une situation désespérée, les deux femmes étaient épuisées. Fatiguées par toutes des catastrophes, elles continuèrent leur lutte à l’oral.

— Face de poulpe !

— Babouine !

— Anglaise !

— Résidu de basse fosse !

— Vaffanculo !

— C’est quoi ça comme langue ?

— J’en sais rien moi !

Anna Maria soupira, vidée. Cette dispute ne menait à rien et cela n’allait pas améliorer la situation. L’idée de jeter Morann par-dessus bord l’effleura, mais elle ne se sentait pas la force de le faire. Elle s’allongea dans la chaloupe et essaya de réfléchir à la meilleure solution pour se sortir de cette galère. Le clapotis de l’eau la berçait et finit par l’endormir.

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Madshaton


Journal d’AKIKO
Cher journal ! Je te confie un truc super qui vient d’arriver !!!!!!
Je mets plein de points d’exclamation parce que c’est vraiment super. Avec Kshantu on revenait de Sonveon, le port franc ou Kshantu fait des affaires, j’ai même acheté là-bas un super casse-tête et un livre de cuisine Hydrien.
Ne t’en fais pas c’est juste des passe-temps, je ne te laisse pas tomber, ne me fais pas le papier triste d’accord ? De toutes les façons t’es mon seul ami. Je n’ai jamais eu que toi, tu ne m’as jamais jugée parce que je suis bizarre et ratée. Je sais que Kshantu et les autres me tolèrent parce que je peux me rendre utile, que je les agace.
Par exemple, je lisais le livre en jouant avec le casse-tête tout en expliquant à Kshantu qu’il fallait se dégoter un nouveau convertisseur de puissance parce que bon le Valeria devient poussif. Il me regardait comme si j’étais timbrée, je suis même sûre que parfois il fait juste semblant de m’écouter. Je sais que je suis confuse mais je fais de mon mieux, promis.
Oui ok je sais ce que tu te dis, je ne me porte pas assez de crédit ! Et oui j’y arrive. Ce que t’es impatient des fois !
Bref ! je venais d’entrer dans le système de Lénidès quand les senseurs longue portée ont repéré une perturbation intersticielle. Ni une ni deux, un petit vaisseau monoplace est sorti d’interstice, avec une forme de vie à bord, un Dakshi… (Les petits points ça fait genre suspens, avec une musique genre tadaaa ! Comme t’as pas d’oreille je le précise.)
C’est mon deuxième Dakshi que je croise en comptant Kshantu. C’est marrant leurs excroissances et leur queue ! C’est comme moi mais sans fourrure et plus hargneux. Celui qu’était dans l’épave, ouais parce que t’aurais vu le machin… Bref, il était pas du matin ! Genre hyper grognon à menacer et sortir un arc avec un générateur de plasma. Je te jure il balance des flèches et tout, je juge pas mais franchement ça fait poseur.
Bon. Kaeso, le passager qui est qu’à moitié Képhalé et moitié Casti a paru super intéressé. T’imagine ??? Il est qu’à moitié et lui on l’a pas rejeté alors qu’il est différent… Je vois pas en quoi c’est moins étrange ou flippant. Ouais, ok Bob. Je pense que je vais t’appeler Bob mon cher journal, je trouve que ça te va bien. Ha ! Je me suis perdue. Bob : je sais que Kaeso est sympa, et que je suis injuste, mais c’est tout ce que j’ai. Je vais pas quand même leur montrer mes larmes ou ma peine encore moins me mettre en colère.
Du coup on l’a donc récupéré et on s’est posés. La tour a encore râlé, le sergent Lindström va être encore fâchée mais elle bougonne jamais longtemps. J’ai super assuré pour l’atterrissage, t’aurais vu comme j’ai manœuvré !!! Les réacteurs à pleine poussée jusqu’au dernier moment ! Je suis peut-être une ratée mais je pilote comme personne !
Bref. On se posait des questions, et là Méti débarque ! Elle est gentille, je l’aime bien, mais je sais pas trop si elle a pitié de moi. C’est sur qu’elle a remarqué que je suis amputée dans ma tête. Pis Kerem, il a toujours des tas d’histoire à raconter !
Après deux trois échanges un peu chaud avec Ulfgard... Mais si tu le connais ! Le chef de la sécu, le mec qui parle avec une grosse voix ! Bon ben voilà, le naufragé y s’appelle Obsidian ; sûrement le nom d’adulte Dakshi comme Kshan m’a expliqué. Je pense qu’il m’aime pas trop, mais j’aimerais bien qu’on soit copain pourtant. Lui et moi on se ressemble d’un certain coté, on est tous les deux des paria, comme Kshantu, les nôtres nous ont virés et oublié.
Ouais j’ai vu ça dans ses yeux, et dans sa voix. Je sais quand les gens sont méchants ou triste, même si les gens me croient pas. Toi au moins tu me crois.
TU ME CROIS HEIN ?
Enfin… Figure toi que c’est pas tout !!!!!!!!!!!!!! Un furet d’un mètre soixante bipède en costume avec une canne a débarqué ! Son costard était tout sale et abîmé il avait le poil terne et le museau tout sec. Peut être parce qu’on l’avait tasé…
Du coup l’arrivée d’Obsidian est passé un peu à l’as... On m’a offert un bonbon et j’ai genre… Je sais plus trop mais je me suis écroulée après. En me réveillant c’était le chaos ! Des « furets sans poils » qui ressemblaient à des humains chauves avec des impers noir et des rasoirs à main hyper longs avaient décidé de nous attaquer.
C’était des méchants qui poursuivaient Lucius, le furet en costume. Donc j’ai pris un Boomer et j’ai flingué à tout va ! Une fois la fumée retombée, une ville est sortie du sol, tout tremblait j’ai cru que la planète allait exploser. Le prince Han sour de Casti et ses hommes soutenus par des chasseurs et des bâtiments de guerre l’ont abattu avant qu’elle s’envole.
Je me moque pas de toi ! C’est vrai je te jure !!! Arrête ce grain sceptique je te prie. Une ville volante qui pouvait aller dans l’espace ! Mais le plus étrange, c’était que toute la ville était habitée par des animaux anthropomorphes créés par alchimie.
Ouais ! C’était vraiment étrange ! De ce que j’ai entendu, c’est une vieille Casti bannie qu’on avait cru clamsée qui s’est créé une population qui la servait ! Elle leur changeait la mémoire, jouait avec leur vies…
C’est vraiment une saleté cette nana, ce qu’elle leur a fait c’est moche, elle est morte a priori durant la bataille. D’habitude j’aime pas trop quand les gens meurent mais pour elle je fais une exception. En plus ils sont tous malade et si personne fait rien ils vont mourir. La princesse Deïrdre est là, et je suis sure qu’elle va les sauver, c’est une gentille personne, même si elle est super triste tout le temps.
Voilà c’est tout ! Je te laisse pour aujourd’hui, je vais faire dodo, j’attendais juste que monsieur Sparkle se recharge, j’aime pas dormir sans lumière, dans le noir y a trop de trucs méchants qui rodent.
PS : Merci d’être mon ami Bob.
PPS : j’espère que t’es un garçon, parce que sinon j’ai mal choisi ton prénom.
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Madshaton
Une série d'interview des personnages d'échec a la tour, drôles, parfois tristes aussi, il semble que je soit plus doué pour ça.
Elles sont déterminées par mes lecteurs et ensuite réalisé par mes soins. Il me disent qui est interviewé et je l'écrit. Si vous êtes interessé et lecteur d'échec à la tour n'hésitez pas ! ça vous offrira le droit de découvrir un peu plus d'éléments sur les personnages.
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Madshaton
La naissance d'un héros des Guerres de L'Ouhn un univers multimédia de science fiction. Le devenir d'un être condamné et handicapé qui se révélera leader et libérateur de son peuple, le début d'une saga épique au travers des ages.
L'histoire tragique et héroïque d'un Dieu malgré lui.
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