Chapitre 9

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Chapitre 9

Morann et Anna-Maria se carapataient vers leur barque. Entre temps, elles avaient récupéré les réserves de nourritures laisser à l’abandon près de l’entrée de la grotte aux crabes à face humaine. La Galloise étonna sa capitaine : elle n’imaginait pas que ce petit bout de femme puisse courir aussi rapidement avec de si courtes jambes. C’était oublié qu’elle était un vrai rat et la vermine va vite.

Sans demander leur reste, elles balancèrent les vivres dans leur embarcation, la poussèrent jusqu’à l’eau avant de bondirent dedans. Après quelques coups de rame de fortune, elles tournèrent vers leur île-tortue et attendirent de la voir couler. Elles attendirent… puis elles attendirent encore. Et encore.

— Elle va couler cette île de merde, grogna Morann.

— Peut-être qu’on s’est trompé. Après tout, elle a peut-être juste piqué une tête un peu trop profonde.

— Ou elle a plongé pour chier ouais !

Quand elles estimèrent qu’il n’y avait plus aucun risque que leur plancher des vaches ne s’abîme, elles regagnèrent la plage.

— Restons tout de même à proximité. Je n’ai pas envie de me retrouver le bec dans l’eau si cette bestiole décide de se faire une petite immersion inopinée.

— Sans oublier ces faces de cake à pince…

Alors que Morann se laissait tomber dans le sable, elle se releva en hurlant.

— Qu’est-ce qui se passe ?

La Galloise bondissait dans tous les sens comme une possédée, tournant sur elle-même comme un chat qui court après sa queue.

— Il est en train de m’arracher la peau des fesses ! Haaaaa !!!

En y regardant de plus près, Anna-Maria se rendit compte qu’un des crabes à tête humaine s’agrippait fermement au postérieur de sa camarde. Après toutes ces émotions, la capitaine sans navire ne parvint pas à retenir son hilarité. Elle éclate de rire. Elle fendit tellement la poire que des larmes lui montèrent aux yeux et qu’elle manqua de s’étouffer.

Pendant ce temps là, la pauvre Morann cherchait un moyen de se débarrasser de ce gêneur très encombrant qui lui meurtrissant son arrière-train déjà bien amoché. Hélas, l’animal tenait à son morceau de postérieur.

— Mais aide-moi au lieu de rire comme une baleine ! Espèce de morue !

Anna-Maria se tordait d'hilarité dans le sable, incapable de se contrôler. Elle bredouilla quelques vaines excuses entre deux hoquets puis vint au secours à sa camarade afin d’éviter de devoir soigner une moitié de fesse arrachée. Cette pauvre petite portait la poisse, mais pas qu’aux autres.

— Arrête de bouger !

Morann gesticulait dans tous les sens rendant la tâche de sa capitaine déjà bien peu ragoutante bien difficile.

— J’ai mal !!! Il est en train de me taillader comme un jambon ! hurlait la Galloise.

— Mais qu’est ce que vous faites ?

Les deux jeunes femmes tournèrent la tête pour savoir qui observait cette scène compromettante. En effet, la capitaine avait les mains collées sur une des fesses de sa matelot pour tenter de lui arracher le crabe.

— Jia ! s’écria-t-elle.

-Jiaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaahhhhhh !!

Délaissant leur situation, les deux comparses se jetèrent sur la nouvelle arrivante qui versa en arrière sous les embrassades. Cette dernière ignora comment réagir à ce débordement de joie, surtout qu’elle avait découvert Anna-Maria le nez dans l'arrière-train de Morann. Elle fut quand même touchée par cette marque d’affection, chose qu’elle n’avait pas connue depuis longtemps. La douleur de son bras brisé l’empêcha de leur rendre leur étreinte.

— Tu vas bien ? Comment t’es-tu échappée ? La question Morann qui avait soudain oublié qu’elle se faisait trancher le derrière.

Pour simple réponse, la rescapée lui montra son membre formant un anglais bizarre. Anna-Maria pâlit et la Galloise tourna de l’œil.

— C’est vraiment une demi-portion… Soupira la Jamaïcaine.

— C’est quoi ce truc qui dépasse de ses fesses ?

Les pâtes du crustacé se débattaient pour tenter de s’extirper du poids de la jeune femme évanouie.

— Je te raconterais, mais avant, il faut soigner ton bras !

La capitaine entraina sa comparse vers la barque afin de trouver de quoi faire une attèle pour le poignet brisé de Jia. Tout en pansant son amie, elle lui narra leur péripétie après le carnage de son frère. La bouche de la Chinoise faillit tomber au sol lorsqu’elle découvrit la vérité sur l’île.

— Une île tortue ! Le grand Gembu est remercié de l’avoir mis sur notre chemin ! C’est un signe du destin que vous devez m’aider dans ma quête.

Le ton solennel de Jia surprit légèrement sa capitaine, et lui répondit par un léger sourire. Le destin… une notion qui gênait Anna Maria. Si elle avait dû se fier à ceux qui lui rappelaient constamment ce qu’était son avenir, elle serait surement asservie dans une plantation de canne à sucre sur une quelconque île des Caraïbes avec quelques marmots lui tournant autour. Elle ne pouvait pourtant nier la chance d’avoir atterri ici et encore moins faire fit des coïncidences qui ramenaient les trois flibustières aux tortures depuis leur rencontre.

— J’ai mal aux fesses, pleurnicha Morann.

Anna-Maria abandonna sa compagne au bras brisé pour enfin mettre un terme à cette histoire de cul. La Galloise lui tendit son auguste postérieur. Après maints efforts, le crabe à face humaine délaissa sa proie tandis que la jeune femme frottait ses plaies. Pourtant l’animal ne sembla pas désireux de se défaire de la présence de la petite pirate. Il retourna auprès d’elle et tenta une fois encore de lui pincer quelques choses. Morann esquiva l’attaque, mais ce dernier parvint à se saisir du bas de son corsaire déchiré. Installé, il ne bougea pas.

— Tu peux rester là si tu veux, espèce de boulet, mais je t’interdis de me peloter les fesses ! Compris ?

La créature ferma les yeux et cessa de s’activer.

— T’as pas bientôt fini avec ton amoureux, se moqua Anna-Maria. On n’est toujours pas sortie de l’auberge.

— D’autant plus que j’ai perdu la bouteille, soupira Jia.

Ses deux compagnes firent une gueule de six pieds de long. Tous les espoirs de richesses envolés… ou coulés.

— Et après, vous allez dire que je porte la poisse ! Mais j’étais même pas là sur ce coup !

— Pour une fois que c’est pas toi, la ramène pas ! En attendant, on est toujours bloquée ici.

— Il n’y a pas à s’inquiéter, reprit Jia. Gembu a mis cette île-tortue sur notre chemin. On ne pourra qu’en tirer un bénéfice.

Morann jeta un œil à son compagnon crabe avec un air de dégoût tout en tripotant ses fesses.

— Quoi qu’il en soit, terminons de remplir la barque de provision. Cette bestiole a menacé de s’enfoncer une fois, rien ne dit qu’elle ne recommencera pas.

Malgré ses blessures, Jia aida ses camarades au chargement. Elle s’émerveillait de la bienveillance de son dieu à son égard. Leur tâche accomplie, elle entreprit de construire un petit autel afin de prendre grâce à la Tortue divine. Le monument resta sommaire et précaire, mais satisfaisant. Anna-Maria observa sa comparse à genoux psalmodier des paroles étranges.

Soudain…

— Elle est encore passée où Morann ?

Son estomac se serra. Un pressentiment terrible l’envahit. Elle courut à perdre haleine jusqu’à la plage. La barque s’éloignait de l’île, la voile de fortune en plein vent.

— Ah la truande !

Jia arriva derrière elle sans se presser. Rien dans son attitude ne trahissait une quelconque surprise ou d'anxiété.

— Elle nous a filoutées en beauté ! Quelle sale petite teigne ! Et dire que je lui ai sauvé le derche plus d’une fois !

— Ne t’inquiète pas, elle va revenir, dit doucement la Chinoise.

— Ha oui ? Pour la splendeur de tes yeux ? N’y compte pas trop ! Cette fripouille n’a ni foi ni loi !

Jia ne broncha pas et observait Morann naviguer au loin.

— Attends, c’est quoi ce truc blanc à l’horizon ?

Anna-Maria fronça les sourcils pour mieux voir. Tout ce qu’elle distingua, ce fut la voleuse de barque s’agiter dans tous les sens dans son embarcation. Petit à petit, sa vision s’affina. Une énorme vague chargée d’écume grossissait à l’horizon. Au loin, Morann gesticulait comme une folle, essayant de ramer ou souffler dans les voiles pour revenir le plus vite possible à la plage.

— Il faut se mettre à l’abri ! cria la capitaine en saisissant Jia par le bras.

Mais cette dernière reste droite comme un pic, faisant chuter Anna-Maria sous le choc.

Le mur d’eau s’approchait à grande vitesse, un bruit assourdissant tranchait avec le calme d’avant. Planqué derrière les jambes musculeuses de Jia, Anna-Maria attendait que le déluge se déverse sur elles.

Morann s’agitait comme une folle pour se sortir de cette galère. Mais aucune de ses manœuvres ne fonctionnait. La vague géante fondait sur elle comme une lame. Son embarcation toucha un banc de sable alors que la mer se retirait pour alimenter le tsunami.

Le monstre d’eau s’abattit tout près de la barque. Un torrent d’écume fit valdinguer la chaloupe qui bondit et rebondit sur les flots tandis que Morann s’accrochait au mat tout comme le crabe à son vêtement. La jeune galloise hurla sa peur d’être engloutie. Malgré tous ses efforts, elle ne réussit pas à rester agrippée à son amarre. Ses bras lâchèrent la pièce de bois et elle se sentit décoller.

Sur la plage, Jia et Anna-Maria se reculèrent pour s’assurer de ne pas subir les dommages collatéraux de l’arrivée de la vague tueuse ou une chute de barque ou de Galloise. Les deux femmes observèrent, entre amusement et pitié, leur traitre de consœur expédier comme un boulet de canon pour s’écraser quelque part dans la forêt.

— Il n’y a plus qu’à aller cueillir le ouistiti, dit Jia avec un petit sourire aux lèvres.

La recherche ne fut pas longue. La voleuse hurlait de tout son souffle au milieu des ramures, car le crabe avait recommencé à la délester du peu de peau de fesse qui lui restait. Après moult gesticulations, la branche ne supporta plus son poids et sa carcasse s’écrasa dans l’humus humide aux pieds des deux autres. Le visage de Jia et la face contrite d’Anna-Maria se dessinèrent au-dessus d’elle.

— Ha… Salut… Comment va ? bredouilla Morann.

— Espèce de petite peste ! Tu as voulu nous abandonner sur cette île ! gronda la capitaine en essayant de lui mettre un coup de pied dans la figure.

Son talon ne rencontra que le sol, car Morann roula sur le côté. Frustrée par sa tentative ratée, Anna-Maria répéta ses attaques plusieurs fois.

— Bon ça suffit vos enfantillages. On ne quittera pas cet endroit si vous passez votre temps à vous chamailler.

Jia saisit Anna-Maria par le col et la souleva à plusieurs centimètres. Celle-ci se débattait pour se dégager de cette poigne de fer et aller mettre une rouste à la galloise. Cette dernière rampait pour échapper. Là où la capitaine avait échoué, Jia écrasa de son pied le dos de la fuyarde.

— Haaaaaaaaaaaaaaaaaa, J’ai rien fait ! Je voulais pas partir !! c’est la marée qui a entrainé le navire !!!

— Quel toupet ! Tu mériterais qu’on t’abandonne ici avec ton amoureux !

— C’est pas mon amoureux ! C’est un troncheur de fesses !

Le crabe pinçait toujours avec satisfaction le postérieur de la jeune femme et affichait un air complésant.

Jia leur ordonna de cesser cette querelle et focaliser leur énergie à quitter cette île. Anna-Maria retourna à la barque amochée par le mini raz de marée pour le rafistoler. Jia entretint sur ce qu’elle devait faire dès que le navire pourrait être à flot.

Pendant ce temps, Morann suivait la Chinoise vers la tête de la tortue. Les deux jeunes femmes escaladèrent sur le crâne qui avançait paisiblement dans le bleu de l’océan. De l’eau salée à perte de vue. Pas une voile à l’horizon.

— On va tous mourirrrrrrrrrrrrr, se lamenta la Galloise, car même si elles arrivaient à se tailler, à trois dans la coque de noix, elles n’iraient pas bien loin.

— Tu ne serais pas allée bien loin toute seule non plus.

— Nia nia nia, maugréa la pimbêche avant de lui tirer la langue. On fait quoi en attendant ? On lui gratte les naseaux à la bestiole ?

— C’est exactement ça.

Les bras de Morann lui tombèrent et un ange passa.

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