Chapitre 7

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Morann et Anna Maria exploraient l’île tortue dans l’espoir de trouver quelque chose qui pourrait améliorer les conditions de navigation. Après tout, si Saint Bandant (Saint Brendan !) avait accosté ici des siècles auparavant, peut-être que d’autres marins d’infortunes avaient subi le même sort et laissé de quoi survivre.

La forêt ornant la carapace de la tortue s’épaississait au fur et à mesure de leur avancée. Pour le moment aucune ne trace d’un quelconque passage humain ou animal. Il y régnait un étrange silence qui gênait les deux femmes.

— J’ai l’impression d’être observé. Comme si quelqu’un attendait que nous nous jetions dans la gueule du loup.

— Je suis mal à l’aise aussi, confirma Anna Maria dont les yeux scrutaient les lieux tel un lynx. Malgré leurs appréhensions, elles ramassèrent des fruits – certains encore verts – en prévision de leur voyage. Après une longue marche, elles parvinrent à l'avant de l’île. Les deux femmes n'en revenaient pas : la tête de la tortue ondulait entre les flots.

— C’est quand même pas très catholique cette affaire…

— C’est même pas très naturel…

Bien qu’elles ne se lassent pas de voir l’animal bouger, elles décidèrent de regagner la barque. Après tout, le chélonien pouvait replonger à tout moment. En chemin, Morann repéra quelques arbres de fruit à coque. Elle confia sa récolte à Anna Maria sans même lui demander son avis, manquant de la faire chuter sous le poids de sa double charge.

C’est alors qu’elle trébucha et tomba dans un trou dans un hurlement.

— Morann !! Morann ?

La capitaine lâcha la nourriture et se précipita au secours de sa compagne d’infortune. Elle se pencha au bord du gouffre. Le puits s’enfonçait dans les ténèbres. Ses yeux ne distinguaient rien. Elle appela sa comparse à plusieurs reprises, en vain. À toute allure, elle regagna à barque pour récupérer les cordages pour secourir la Galloise. Elle harnacha solidement le filin à un gros arbre et commença sa descente dans l'abîme. Les bottes glissaient sur la paroi suintante. Ses mains lui cuisaient quand elle toucha le plancher. Elle alluma une petite torche. Elle s’enfonça jusqu’aux chevilles dans une substance gluante. Aucune trace de Morann. Anna-Maria fourra son avant-bras dans le sol boueux en espérant ne pas y trouer de cadavre.

— Et genre elle porte pas la guigne… marmonna-t-elle couverte de fange.

Sa main ne rencontra que des pierres et des choses dont elle ne souhaite pas en savoir plus. Le corps ne pouvait pas avoir disparu ! Certes Morann avait la peau sur les os, mais pas au point de se décomposer en quelques minutes. Elle scruta un peu plus minutieusement le sol meuble et remarqua des traces. Anna Maria décida de les suivre bien que ces dernières ne ressemblaient pas à ses pas humains. Ou alors, celle de quelqu’un qui rampe. Cependant, il n’y avait pas de raison pour se déplacer de cette manière dans ce couloir puisque la capitaine tenait largement debout.

— Morannn !

Seul l’écho lui répondit.

— Bon sang, mais où a bien pu passer cette morue ?

La Jamaïcaine avançait avec prudence. Des scènes gravées ponctuaient régulièrement les murs. Parfois, elle reconnaissait des tortues et des humains. Il y avait aussi des symboles inconnus.

Soudain, un cri. La voix de Morann ! Sans perdre une minute, Anna Maria s’élança en direction du hurlement. Une angoisse terrible lui tordit le bide. Peut-être que sa comparse se faisait bouffer par une bestiole immonde et qu’elle était la prochaine au menu ? La Galloise portait la poisse ! Malgré ses appréhensions, elle continua de courir pour venir en aide à sa camarade. La fraternité entre pirates, c’est sacré. Parfois.

Anna Maria arriva dans une grande salle. Son cœur se figea dans sa poitrine. Devant elle se tenait une immense cavité parsemée de débris de navires. Des coques éventrées, des mâts brisés, des voiles en lambeaux… Et des centaines de squelettes de marins vêtus d’uniformes de toutes les contrées. Cela correspondait totalement à la description des Lockers de Davy Jones ! Elle se tâta le corps pour s’assurer qu’elle était bien en vie. Son estomac gargouillant confirma qu’elle faisait toujours partie du monde des vivants. Son regard se posa de nouveau autour d’elle. La petite Galloise d’habitude si bruyante et tape à l’œil se faisait bien discrète. Le pire devait être arrivé à cette énergumène.

— Morann ? tenta-t-elle à tout hasard. En vain. Seul un silence morbide lui répondit.

Une horrible sensation d’être observé lui noua l’estomac. Il faisait sombre et son acuité visuelle n’était pas à son meilleur niveau. Son œil fut attiré par un mouvement furtif entre des linteaux de bois. Une chose venait de se glisser dans le sable dans une coque éventrée. D’un pas prudent, la capitaine s’approcha. Au passage, elle se saisit d’une planche éclatée. Une arme de fortune, mais une arme malgré tout. Sait-on jamais ? À pas de loup, la jeune femme se ripa entre les débris pour parvenir dans le trou béant. Elle passa la tête par l’ouverture avec méfiance. Et toujours cette horrible impression d’être dévorée du regard.

Des ossements parsemaient la soute. Les guenilles réduites en lambeau, déchirées. Son pied fit grincer une latte. Anna-Maria s’immobilisa. Attendit. Comme rien n’arriva, elle fit un nouveau pas. Un bruit. Étrange, une sorte de murmure étouffé ou bien une suffocation.

— Morann ?

Une ombre passa dans son dos. Elle fit volte-face, la planche prête à servir. Rien. Quelque chose s’agita au coin de son œil. Son regard se porta vers les matures brisées. La petite Galloise s’agrippait à une verge comme un cochon pendu en gesticulant ses bras comme une forcenée. Elle laissait s’échapper les étranges sons entendus par la Jamaïcaine. Celle-ci baissa son arme, soulagée de voir sa comparse en vie, mais étonnée de son comportement bizarre.

— Qu’est-ce que tu fous là-haut ? Qu’est-ce que tu as ? cria-t-elle.

Morann s’excita de plus belle lui faisant signe avec ses mains de faire moins de bruit.

— T’as pas bientôt fini tes singeries ? Descends et tirons-nous d’ici !

— Mais FERME LA BORDEL ! AH ! Derrière toi !

La capitaine se retourna et sa vision s’emplit d’horreur. Des milliers de petits yeux et autant de pinces coupantes se mirent à briller dans la pénombre. Des centaines de crabes à face humaine la dévisageaient avec gourmandise. Une sueur froide glissa le long de la colonne vertébrale d’Anna Maria. Elle eut un mouvement de recul. Comme un signal de départ, les crustacés se jetèrent sur elle. Le bruit des pattes dans le sable résonna dans la grotte couvrant ceux de la fuyarde. Elle slalomait entre les débris et os pour éviter les bestioles prêtes à la découper en morceaux. Il en arrivait de partout.

— Par ici ! hurla Morann en désignant une longue corde à sa capitaine.

Jamais un filin ne lui sembla si éloignée de toute sa vie. Anna Maria sentit une pince se refermer juste derrière son talon. Elle prit appui sur une vieille caisse pour se jeter sur son sauf-conduit. Avec la vitesse d’une murène, elle se hissa le plus haut possible des prédateurs.

— Relève la corde !! Relève la bordel ! hurla Morann alors qu’Anna Maria arrivait à son niveau.

La jeune femme baissa la tête pour voir que des crabes escaladaient aussi le filin. Elle le secoua pour les faire chuter et sécurisa le cable.

— Par tous les dieux des mers, c’est quoi ces trucs !!

— Qu’est-ce que j’en sais moi ? J’suis tombée dans ce putain de trou et ces tronches de cake sont apparues et ont essayé de me découper en rondelle !

— Et après tu dis que tu as pas la guigne ?

— Parle pour toi ! Tu ne comprends pas quand on te fait signe de la fermer ?

Les deux femmes s’échangèrent encore quelques remarques fortes agréables avant de revenir à leurs crabes. Les bestioles à faces humaines s’entassaient aux pieds des mats brisés dans l’attente de voir leurs proies choir.

— Qu’est-ce qu’on fait mon capitaine, se moqua Morann ?

— Faut sortir d’ici !

— Brillante idée ! Si j’avais les mains libres, j’applaudirais.

Anna-Maria observa la jeune Galloise accrocher à la vergue comme un petit paresseux sur le dos de sa mère.

— Je croyais que tu avais le pied marin, railla la Jamaïcaine.

— Ha ha ha, très drôle ! Mais impossible de m’assoir, je te rappelle que j’ai eu le cul encore plus empalé que lorsque…

— Je ne veux pas savoir !

Le sol trembla.

— Qu’est ce que c’était que ça encore ! maugréa Anna Maria.

À peine avait-elle prononcé ces mots qu’une étincelle éclaira son esprit.

— La tortue ! Elle va replonger !! hurla-t-elle à Morann.

— On va tous mourir !

La capitaine regarda en panique autour d’elle. Si elles ne se sortaient pas de là rapidement, elles finiraient noyées et bouffées par des crabes. Une nouvelle secousse beaucoup plus prolongée bringuebala les deux jeunes femmes. Un bruit sourd envahit la grotte avant que les tremblements redoublent de force. Déstabilisé par les vibrations, Morann glissa du pilier qui la tenait hors de portée des crustacés. Dans un hurlement de terreur, elle s’écrasa au sol.

— Morann ! s’alarma la capitaine, voyant déjà les affamés se jeter sur elle et la dévorer.

À sa grande surprise, le plancher des vaches était vierge de tout être vivant, hormis le corps recroquevillé de la Galloise. La vermine avait disparu.

La Jamaïcaine bondit auprès de sa camarade roulée en boule. Elle la releva sans ménagement puis elles détalèrent à toute vitesse alors que de l’eau commençait à s’insinuer dans la caverne.

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Défi
KimBean

Des frissons, c'est d'abord ce qui vient. Je n'ai pas encore mal, mais je tremble déjà. Je sais ce qui arrive, je sais que je vais me noyer, même si la voix de Tyler est là, même si le rythme de Josh me tient encore debout.
Le piano semble aussi desespéré que moi, je pleure souvent déjà à ce stade; je prie pour que la version habituelle change, je n'ai pas la force, pas encore, alors que c'est moi qui l'ai mise cette chanson... Elle me fait du bien, elle permet à mon corps de hurler et aux larmes de couler.
Quand la batterie ronronne en fond, je sens les larmes redoubler, mais Tyler l'efface pour enchainer sur le couplet suivant. Je l'en remercie souvent, même si je sais que ce n'est que retarder l'inévitable.
Je me hais souvent quand j'écoute cette chanson, elle me donne une perspective violente de tout le bordel dans ma tête, et elle donne de la puissance à tout ce qui n'a pas de voix dans ma tête, tout ce qui est gris et noir rampe alors et ne noie sur mes joues. Putain, ça doit être niais à voir je me dis souvent: une pauvre adolescente qui fond en larme en chanson, et pourtant, elle met fait un effet boeuf moi, cette musique.
Je hais ceux qui ne comprennent pas, ceux qui ne cherchent pas à savoir ce qu'elle veut dire: c'est un homme qui supplie qu'on l'aide avant qu'il ne s'efface et qu'il perde contre ses démons. Il se sait condamné, et c'est dans cette chanson qu'il perd espoir. C'est ce dont j'ai besoin. J'ai besoin d'entendre sa voix, pas souvent, mais ça arrive.
Mes mains deviennent moites et mes lèvres se serrent quand la batterie s'intensifie. Je fronce les sourcils et je pense ô combien ça va être dur de se relever une nouvelle fois après la tempête.
Tyler devient plus émotif, et je pleure encore, Josh se fait entendre un peu plus.
Puis la musique se calme d'un coup, et la voix de Tyler s'assombrit. Le piano reste, et un bruit apparait dans le fond sonore; si le doute avait un son, ce serait celui-là. Un son de rouille, désagréable, déstructeur et irrégulier. Incertain.

Tyler chuchote presque désormais, et moi j'ose à peine respirer.
Don't let me be gone.
J'entend sa voix un peu éraillée trembler à la fin de sa phrase.
Il répète cette phrase quatre fois. Et à chaques nouvelles fois, sa voix est un peu plus cassée et faible. Il va bientôt lacher. C'est ce que je pense, il va sombrer, il faut l'aider, il a besoin d'aide, j'ai besoin d'aide.

Puis tout implose.

Il se met à hurler, et toute la noirceur sursaute et devient violente. Elle s'acharne sur lui, et Tyler se débat, moi aussi. Je cours pour attraper sa voix et m'y accrocher, il frappe, hurle, pleure et s'enrage pour vivre: il me réveille.
Je fais de même, je m'énerve et frappe pour faire reculer toutes mes pensées; Josh martèle sa batterie, il voit bien que le chanteur à besoin d'aide, mais il ne voit pas qu'il m'aide aussi. Sa batterie effraie le noir qui recule, comme révulsé.
Tyler se met à chanter, et sa voix ne fait plus que faire reculer la noirceur, elle illumine aussi ma tête, et il y fait moins froid: je suis serrée auprès de ce feu quand il fait trop froid dand ma tête.
Je m'y accroche de toutes mes forces, et je me retrouve debout de nouveau, le corps ruiné et l'esprit en vraque, mais avec une nouvelle force de vie, puis quand il s'aperçoit qu'il est de nouveau debout, Tyler se calme instantanément et sur une dernière note de piano, je dis au revoir à mes Lumières et tiens bon jusqu'à la prochaine fois.
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Catherine et Gabriel se connaissent depuis qu'ils sont petits, mais ils ne se sont jamais vraiment fréquentés. Et aujourd'hui, alors qu'ils ont renoué le contact et décidé de faire une randonnée en forêt, leur vie va prendre un virage à 180°C et c'est côté à côte qu'ils vont découvrir que la vie humaine ne se limite pas seulement aux bords de l'univers qu'ils connaissent.
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