Kamel

Une minute de lecture

La mer en écume monte aux narines dans le reflux du bateau et, loin dans les horizons bleus, se dessine une citadelle de ciment, austère, stricte, comme une pierre tombale oubliée au temps, aux quatre vents.

C’est là que nous vivrons, dit le père, alors que la mère presse Kamel contre sa poitrine. Là-bas, tout est possible, et nous ne reviendrons pas.

Et Kamel de pleurer, de pleurer le désert, les nuits fraîches et le bruit des pas étouffés, les tentes qui bruissent au vent doux, les oasis merveilleuses qui se dressent, parfois, comme un mirage, en sanctuaire végétal, la promesse d’un ailleurs dans les alvéoles du monde.

Au soir parfois, dans la calanque rocheuse, il s’habitue à ce monde nouveau : le soleil l’a suivi comme une ombre, par delà la méditerranée. De ses rayons, il réchauffe sa peau mordorée, alors qu’il court avec ses cousins. Ces cousins d’ailleurs qui ne parlent pas comme lui, toujours dissimulé sous d’étranges oripeaux. Mais la mère et le père ont des sourires nouveaux.

Kamel attend. Des semaines, des mois, un an. Sous de nouvelles étoffes, à l’aube d’un rire qui n’est plus le sien, il efface son passé à l’encre de ses jours. Heureux, il s’ébaudit dans l’aurore blême de cette nouvelle vie.

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