Eclat du passé

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Un vacarme festif résonnait sur le pont ouvert du vaisseau, un dôme translucide les surplombait, offrant une large vue de l’univers que le bâtiment arpentait. Mais les recrues ne le voyaient pas, agglutinées contre les barrières de la zone d’entrainement, elles s’échangeaient des jetons de rations en hurlant, pressées de soumettre leur pari, avant le début du combat, auprès de leurs aînés plus avisés. La côte ne laissait aucun doute sur le favori en cette fin de sélection et les brimades allaient bons trains contre son adversaire. Les derniers arrivés se hissaient sur la pointe des pieds pour chercher les finalistes sur l’arène lisse.

Au centre, les opposants se toisaient avec sérieux, séparés par quelques mètres. L’Oddlveïss arborait un sourire narquois, noir comme la nuit et agrémenté de deux yeux d’un jaune brillant, il méprisait son adversaire avec évidence. Sædhy ne s’en offusquait pas, elle était habituée à se voir sous-estimée et ça ne faisait qu’abréger ses combats. Elle dégaina sa dague translucide, arme typique de son peuple et seule possession de son enfance, pour se mettre en garde, bras en croix. Leko se tassa ostensiblement sur ses jambes, talons légèrement surélevés, et brandit son poignard crochu d’une main ferme à hauteur de son visage. Le tintement de métal signifiant le début du combat résonna et l’Oddlveïss se propulsa dans l’instant, fendant l’air avec une rapidité inégalable. Sædhy enfonça ses pieds dans le sol, s’assurant une position solide et attendit patiemment qu’il soit à sa hauteur. Elle compta silencieusement les pas du félin et s’éloigna d’un bond vif lorsqu’il s’apprêtait à l’atteindre. Le poignard crochu trancha le vide et l’Oddlveïss jeta un œil surpris à son adversaire, elle avait esquivé à la dernière seconde. Il se remit en garde, avec méfiance cette fois, et observa la posture de son adversaire. Il l'avait vu combattre à plusieurs reprises et ne s’était jamais senti menacé par sa vitesse, la sienne étant bien plus à craindre. Mais la Körs semblait avoir changé de tactique de combat aujourd’hui et il commença à redouter qu’elle ait les ressources pour le vaincre. Il secoua la tête pour évacuer cette pensée de son crâne et analysa Sædhy intensément. Elle n'avait pas cherché à être plus rapide pour l'esquiver, consciente de son incapacité à l’égaler sur ce point, elle avait choisi la surprise mais ce choix révélait, d’après lui, une incapacité à le parer. Il sourit, son assurance retrouvée, et s’élança à nouveau vers sa cible qui l'attendait sans sourciller. Il se prépara à la voir esquiver et lorsqu’elle tenta une roulade, il dévia son attaque et sa lame lui déchira l’épaule profondément. Sædhy mugit de douleur et s’éloigna en quelques enjambées pour évaluer l'ampleur des dégâts. La plaie s’étendait sur une bonne dizaine de centimètres et le sang affluait à grosses gouttes. La Körs grimaça de douleur et de frustration en pressant son épaule, son ennemi avait déjà réussi à contrer ses esquives et elle n’était pas encore sûre de sa stratégie. Elle n'eut pas le temps d'y songer puisque Leko accourait déjà vers elle, bien décidé à en finir. Elle para son attaque en faisant coulisser son bras contre le sien et s’écarta pour laisser l’Oddlveïss être emporté par la force de son crochet. Il poussa un grognement de rage en se rattrapant pathétiquement, évitant de justesse la chute et sursauta en découvrant une fine plaie sur sa jambe. La Körs l'avait frappé avec une telle discrétion qu'il n'avait rien senti mais, à présent, la blessure le tiraillait et son sang écarlate teintait son pantalon vert. Il jura dans sa langue en reprenant sa posture, la Körs était plus redoutable qu'elle ne le paraissait et son honneur de combattant était blessé d'avoir saigné. Il voulut relancer une attaque mais elle le devança et se jeta sur lui sans manœuvre. Il se crispa, elle ne pouvait pas l'avoir esquivé avec tant d'adresse pour lui laisser une telle ouverture maintenant. Il recula d’un puissant bond pour mettre une bonne distance entre eux et réalisa son erreur trop tard, la lame translucide ne fut visible qu’au dernier moment, fendant l’air comme une brise. Il eut à peine le temps de se protéger qu’elle se planta dans son avant-bras avec une facilité déconcertante. Il n’avait jamais eu à faire à ce genre d'arme et il devait admettre qu’elle était d’une efficacité effroyable. Avant qu'il ne reprenne ses esprits, Sædhy était sur lui, elle s'abattit comme un prédateur sur sa proie et extirpa son arme de son bras en un instant. Toutefois, Leko fut plus rapide, jouant de son poignard crochu avec souplesse, il lui ouvrit le torse juste avant qu’elle ne le repousse. Les deux recrues se fixèrent d'un regard glacial alors que leurs corps suintaient de sang. Ils s’accordèrent quelques respirations avant de reprendre leurs échanges violents, la foule s’exclamant au rythme de leur danse dangereuse. Les bookmakers jubilaient devant la tournure du combat alors que les parieurs se disputaient violemment en élaborant sur l’issue du combat.

Au bout de longues minutes de combat acharné, Sædhy parvint à propulser son ennemi à terre, le mettant en défaut pour la première fois. Pourtant elle s’écarta dans un bond pour s’accroupir, au grand soulagement de Leko, sa peau cendrée luisait de sueur et de sang et elle respirait péniblement. C’était son dernier combat de la journée, elle n’avait aucune intention de le perdre mais son corps atteignait ses limites. La bile lui était déjà remontée deux fois dans la bouche et si elle avait insisté sur cette dernière attaque, elle aurait bien rendu le contenu de son estomac sur son adversaire. Les cris des recrues excitées lui assourdissaient les oreilles, elle essaya de reconcentrer sa vue troublée sur l’Oddlveïss tout aussi éreinté qu’elle. Ils étaient les deux derniers en lisse, ce qui faisait d’eux les meilleures recrues du vaisseau et probablement les prochains déployés. Alors qu’ils se sondaient d’un regard profond et déterminé, ils surent tous les deux qu’aucun ne renoncerait. Et pour cause, le sergent Zànnwerìs avait promis sa recommandation au finaliste du tournoi. Sædhy se releva lentement et Leko se remit instantanément en garde, il haletait la bouche ouverte, serrant son poignard crochu d’une main ferme à hauteur de son visage. Sædhy replaça ses bras en croix, sa dague translucide rayonna sous la lumière artificielle, elle enfonça ses talons dans le sol, faisant descendre le poids de son corps pour s’assurer une stabilité solide. Dans son état de fatigue extrême, elle devait parier sur sa technicité et l’aplomb de sa posture pour espérer vaincre Leko et sa vivacité légendaire. Il s’affaissa imperceptiblement et se propulsa subitement vers elle. Sædhy intercepta son poignet à peine avait-il percé sa garde et le dévia d’un mouvement léger pour laisser sa vélocité l’emporter derrière elle. Il s’écarta dans un bond avant qu’elle ne puisse l’atteindre et leurs armes s’entrechoquèrent à nouveau dans un fracas retentissant. La foule avait arrêter de respirer, la Körs faucha les jambes de son adversaire et il s’évacua dans une roulade contrôlée pour se soustraire de cette mauvaise posture. Elle se pinça la langue avec agacement, ce combat était sans fin. Il froissa son regard, autant ennuyé par la situation. Cette fois, il ne lui laissa pas le temps de souffler et bondit à nouveau vers elle mais elle ne l’attendit pas et s’avança pour percer son attaque. Le poignard traversa sa paume, lui arrachant un grognement de douleur et le poing de son ennemi s’enfonça violemment dans son abdomen, amenant un flot de sang dans sa bouche. Elle cracha sous la surprise du choc et son précieux fluide se mêla au liquide vital de son adversaire. Une marée rouge écarlate s’était répandue à leur pied, le poignard translucide avait largement entaillé la panse de l’Oddlveïss qui s’écroula dans un hoquet terrifié.

Elle abandonna son arme à ses entrailles lorsqu’il s’écarta d’elle, ne souhaitant pas le voir se vider de son sang et se débarrassa d’un geste assuré du poignard crochu qui avait ouvert sa main. Une équipe médicale, formée de trois Pebberion, s’empressa de rejoindre les combattants, deux des cyclopes s’accroupirent pour prendre soin de l’Oddlveïss pendant que le troisième attrapa sans ménagement la main de la Körs pour ausculter la plaie de son œil étrange. Sædhy observa avec curiosité les deux pupilles, l’une blanche et l’autre noire, se déplacer dans son iris d’eau pour ajuster la vision de son globe oculaire. On prétendait qu’il pouvait voir jusqu’aux microorganismes situés dans les organes des vivants leur vue exceptionnelle. Elle sursauta quand il planta une aiguille énorme dans sa paume et, instantanément, il referma sa prise sur sa main pour qu’elle ne se dérobe pas à ses soins. Ses six doigts s’agitèrent avec dextérité pour recoudre la plaie béante avec un patch d’épiderme artificiel, leurs deux pouces préhenseurs leur permettaient de réaliser des tâches d’une complexité exceptionnelle et ils avaient développés tout un tas d’outils que seuls eux pouvaient utiliser, les rendant imbattable dans bon nombre de domaine très manuel et précis comme la médecine, la couture, l’ingénierie de précision ou la retranscription. En quelques secondes, la main de la Körs était refermée et il l’enroula d’une bande de tissu verdâtre qu’elle devina imprégné de produit de guérison tant elle sentait fort les plantes médicinales. Le Pebberion prit soin de toutes ses blessures avec une rapidité déroutante puis l’abandonna ensuite sans un mot pour prêter main forte à ses collègues. Sædhy aperçue sa dague abandonnée sur le côté et la ramassa, se plier lui tira une grimace de douleur, son abdomen endolori se rappelant à elle. Quand elle se redressa, elle trouva le sergent face à elle, son regard bleu la fixait d’un air ennuyé. Elle essuya sa dague couverte de sang rouge dans les plis de sa chasuble taupe et la glissa dans le fourreau fixé à sa ceinture.

« Vous allez devoir me recommander. Prononça-t-elle en terminant son geste, sans y mettre de ton.

- Ça me fait mal mais c’est ce que j’ai dit. Consentit-il d’une voix monotone. »

Elle sourit avec satisfaction et le défia d’un regard brillant, il n’avait jamais cru en sa victoire et lui avoir prouver ses torts la galvanisait plus encore que son prix pourtant tant espéré. Il émit un claquement de langue agacé.

« Ne t’imagine pas pouvoir mourir sur le front cependant. »

Elle lui tira la langue et s’éloigna d’un pas victorieux. Elle ne comptait pas mourir mais elle n’allait pas lui dire que ce n’était pas la bataille qui l’intéressait mais plutôt la perspective d’évasion que le front lui fournirait.

Sædhy fendit la foule de recrue la tête haute et la démarche désinvolte, les regards admiratifs se posaient sur elle et les murmures grondaient après son passage. Elle ne pouvait pas se sentir plus fière qu’en cet instant. Les tournois avaient été longs et énergivores mais elle avait vaincue chacun de ses opposants avec une facilité arrogante. Elle, la petite Körs d’apparence frêle et fragile, elle avait mis au tapis ses adversaires plus redoutable les uns que les autres grâce à sa technicité parfaite et sa détermination infaillible. Elle s’était élevée au rang de meilleure recrue à un âge insolent, même l’Oddlveïss, de quatre ou cinq années son ainé, s’était laissé surprendre par son jeu insouciant. Au milieu de la foule, elle croisa le regard perçant d’Üdrr et son sourire fondit pour laisser place à son masque stoïque. Un an s’était écoulé depuis leurs sanctions et ils n’avaient pas échangé un mot depuis. Elle rejoignit les douches en repoussant ses pensées désagréables, se saisit d’une tenue de rechange dans les paniers prévus à cet effet et pénétra la salle d’eau. L’immense pièce était garnie d’innombrables robinet situé au plafond et plusieurs évacuations avaient été creusé dans le sol. Sædhy déposa ses affaires sur un promontoire près de la porte et se débarrassa avec empressement de ses vêtements imprégnés de sueur et de sang. Elle s’avança ensuite sous un robinet et l’activa en tournant une manivelle, un flot d’eau glacé s’abattit sur son corps, lui tirant un gémissement de surprise. Un ricanement la fit sursauter et elle se retourna dans un bond pour en découvrir sa source. Leko la contemplait d’un regard hilare, il était appuyé contre la porte et semblait peinait à rester debout. Elle haussa les épaules et reprit sa toilette en l’ignorant, il ne représentait pas une menace dans son état.

« J’aimerais une revanche un de ces jours. Soupira-t-il en lorgnant les courbes de la Körs.

- Je n’en vois pas l’intérêt.

- De l’entrainement. Répliqua-t-il. Allons, tu dois bien admettre que je suis un bon adversaire. »

Elle ne répondit pas. Il émit un soupir las et quitta ses vêtements dans des gestes ralentis par son état. Il rejoignit à son tour un robinet et expira d’aise quand l’eau froide coula sur sa peau.

« On va être déployé ensemble, tu sais.

- Je sais.

- Je n’ai confiance en personne ici. J’aimerais avoir un allié pour le front.

- Non merci.

- Je sais qu’on veut la même chose. Je l’ai vu à ta façon de te battre. On ne l’obtiendra pas seul mais on pourrait s’entraider. »

Elle se retourna avec méfiance, sentant à sa voix qu’il s’était rapproché. Nu comme un vers, à quelques pas d’elle, il lui tendait une main. Elle plongea ses yeux dans le regard jaune, songeant à sa proposition. Puis elle secoua la tête doucement, l’air déçu.

« Je ne peux pas te faire confiance. Regretta-t-elle. »

Le regard de l’Oddlveïss se chargea de tristesse et il s’avança vers elle dans une tentative désespérée mais les iris pourpre de la Körs brillèrent d’un éclat menaçant et il se figea devant son expression de profonde colère.

« Ne me touche pas ! Tonna-t-elle brusquement. »

Il recula d’un pas, inquiété, ses oreilles pointues se courbant sous l’émotion. Elle se rasséréna insensiblement.

« Ma proposition reste ouverte, si tu changes d’avis. Murmura-t-il. »

Puis il quitta la pièce d’un pas lent, sa longue queue noire ondulait lentement, traduisant sa déception. Sædhy frappa le mur de toutes ses forces et une douleur fulgurante lui remonta le bras. Elle devait admettre qu’un allié serait idéal mais elle ne comptait pas ouvrir la porte à la trahison. Seule. Elle se le répétait inlassablement pour s’en convaincre : elle était seule. Elle abandonna sa toilette et se revêtit en hâte pour quitter les douches. Elle atteint les dortoirs, toujours empli de rage, et se jeta dans une couchette dure sans attendre. Ses yeux se fermèrent et un repos sans image l’assaillit dans l’instant, tant son corps le quémandait.

Une main roide se referma sur sa gorge, la sortant de sa somnolence brutalement. Sædhy avait déjà agrippé le poignet de son agresseur, pinçant fermement son nerf pour le faire lâcher. Deux grands yeux bleus la fixaient avec intensité et la prise se raffermit sur sa trachée bloquant sa respiration. Elle se résolut à lâcher le bras de son supérieur, elle n'accomplirait rien en le forçant à détendre ses doigts et il n'avait pas l'intention de la tuer. Il l'étrangla quelques secondes de plus pour la punir de son audace puis sa main se relâcha un peu. Sædhy absorba une grande goulée d'air dans un réflexe instinctif. Le Grìzz la tira hors de son lit d'un geste brusque et la posa sur ses deux pieds devant lui. Son regard perçant la toisait toujours avec ce mépris de race soi-disant supérieure. Il lui indiqua d'avancer d'un signe de tête muet et se mit lui-même en route. La Körs suivit le mouvement dans un bâillement éreinté. Ils traversèrent les couloirs sombre silencieux comme deux inconnus. Les lumières étaient toutes éteintes pour s’adapter aux cycles court des Grìzz alternant jour et nuit. Leur système originel avait un soleil, une naine bleue, paraissait-il. Sædhy savait au fond d'elle que ce cycle n'avait pas de sens pour elle, elle dormait deux fois moins qu'eux et avait beaucoup de mal à rester adapté à leur rythme. Elle n'était pas la seule, beaucoup des races qui cohabitaient ici étaient supposées avoir des cycles totalement différents, certains vivant sur des systèmes dépourvu de nuit. Elle les avait appris en discutant vaguement avec eux, quand ils n'essayaient pas de s'entretuer. Le seul qu'elle ignorait était le sien mais parfois, elle rêvait d'un crépuscule à deux soleils, l'un bleu et l'autre violet.

Le Grìzz s'arrêta devant une porte ronde et présenta son visage à un petit écran pendant que la Körs baillait à nouveau. Le plus souvent, elle se reposait une nuit sur deux et quand cela devenait trop éreintant, elle fonctionnait sur des siestes, de quelques heures à peine par nuit. Elle s'était tant concentrée sur le tournoi ces dernières semaines qu'elle avait largement négligé son sommeil et se laissait maintenant surprendre par ses obligations secondaires. La porte s'ouvrit dans un son feutré et son corps s'avança automatiquement vers le couloir allumé, le Grìzz lui emboita le pas. La lumière n'était pas au maximum pour ne pas trop brutalisé les yeux fatigués, Sædhy étira son cou et ses bras en marchant sous l'œil suspicieux de son supérieur. Le couloir était long ou le silence qui les enveloppait le faisait paraître. Sædhy s'arrêta avec habitude devant une porte frappé des lettres noires K-01 et étira son dos en se courbant vers l'arrière pendant que le sergent déverrouillait à l'aide de son iris. La porte coulissa émettant dans un soupir métallique typique et elle pénétra la pièce sans hésiter.

Une plateforme s'élevait au-dessus du vide dans un espace sphérique, des Grìzz plus sveltes et petit que le sergent se disputaient autour de plusieurs consoles holographiques. Ils étaient quatre, l'un d'eux se tourna vers l'entrée, en entendant leur pas, et son visage s'éclaira d'un sourire impatient en se posant sur la Körs. Au centre de la sphère, un dispositif métallique en forme de croix trônait comme un engin de torture. Sædhy s'avança sur la plateforme, se dévêtit pour ne garder que ses sous-vêtements, et grimpa sur la croix. Le Grìzz qui l'avait vu entrer s'empressa de venir contraindre ses membres, son tronc et sa gorge, par divers liens en métaux bleus. Quand il retourna vers ses collègues, elle inspira et expira lentement avec discrétion pour se préparer physiquement à l'épreuve qui l'attendait. Le sergent, quant à lui, s’était posté près de la porte pour patienter.

Comme toujours, personne ne lui parla, ni ne lui indiqua quoi que ce soit sur ce qui allait suivre. La machine s'actionna dans un bruit sourd, une vibration intense résonna en contrebas et des lumières se mirent à clignoter de toute part. Sædhy comptait minutieusement dans sa tête pour empêcher sa respiration et son cœur de s'emballer. Les entraves s'ajustèrent dans un claquement sec, se resserrant et se desserrant en un instant pour épouser parfaitement son corps. Le métal contre sa peau devint froid, presque glacé, en quelques secondes, et sa peau se hérissa, frémissante de la température peu encline. Son épiderme résistait parfaitement aux grandes chaleurs, elle pouvait même s'asseoir au plus près d'un feu sans en ressentir d'inconfort, a contrario, le froid la transperçait douloureusement et ankylosait rapidement ses muscles. Un bras robotique jaillit du plafond, armé d'une grosse seringue et lui enfonça d'un geste mécanique dans le cou, lui arrachant un hoquet de surprise. Elle sentit le produit glisser dans ses veines, froid et épais, il allait atteindre son cerveau en quelques secondes et la plongeait dans un état délirant. Sædhy n'avait pas peur, elle avait l'habitude de ces expériences et elle avait fini par les attendre avec une certaine excitation, grisée par l’effet qu’elles avaient sur elle. Elle inspira profondément en sentant la drogue agir sur elle, son corps se détendit et un frisson parcourra son échine. Puis une douleur aiguë explosa dans son cerveau et ses pupilles s'étrécirent presqu’au-delà de leur maximum, la rendant, soudain, extrêmement alerte. Elle pouvait voir les gestes imperceptibles des Grìzz, lire les caractères en langage codé sur les consoles et discerner les particules dans l’air. Elle voyait tout avec une infinie précision. Cet état dura à peine un instant mais elle eut le temps d'en recueillir une multitude d'informations puis ses pensées se mirent en marche et accaparèrent sa concentration pour jouer des scènes illusoires devant ses yeux. Le temps sembla s’allonger à l’infini alors que dans une lenteur insupportable son corps se crispa, forcé par les émotions d’effroi qu’on lui imposait. Elle commença à haleter de douleur tandis qu’elle revivait son premier combat du tournoi. Le Hërd, qu’elle affrontait pour la seconde fois, esquivait sans difficulté ses attaques et lui infligeait des blessures douloureuses qui laissaient couler son sang à flot. Elle ressentait la douleur pointue de chaque entaille qu’il lui assénait, le liquide poisseux qui coulait sur sa peau et le tiraillement profond de son corp affaiblie. Et alors qu’elle trouvait à peine la force de tenir son arme, il accourut soudain vers elle, poignard tendue, et une expression de résolution intense dépeinte sur le visage. Elle savait qu’il visait son cœur, son instinct lui hurlait qu’elle allait mourir si elle ne parait pas mais ses bras étaient complètement mous, incapable du moindre mouvement. L’illusion n’en était plus une, le sentiment de mort imminente avait pris le dessus sur son esprit et l’adrénaline se répandait dans ses veines en un flux de sang brûlant.

La puissance l’envahit comme un tsunami l’aurait inondé, comme un tremblement de terre l’aurait enseveli, son être se fondant en elle complètement, sa conscience disparaissant presque. Sa peau cendrée se fendilla dans un craquement sinistre et des déchirures, sinuant sur sa peau, émanaient une luminosité prodigieuse. Ses yeux devinrent complètement pourpres, brillant d’un éclat astral. L’énergie pure jaillit subitement de son corps dans une sphère éclatante qui ébranla toute la structure. Sædhy éclata d’un rire dément, étourdi par la manifestation de son pouvoir. La déferlante était sur le point de l’emporter, elle se noyait dans cette énergie extraordinaire et elle espérait sincèrement en atteindre le paroxysme tant c’était agréable. Puis ses entraves s’activèrent dans un claquement brusque et contraignirent son corps un peu plus, l’étranglant presque. Elles s’allumèrent d’un éclat bleu électrique et la sphère s’évapora comme aspirée par le mécanisme. Le corps de la Körs se crispa dans un violent soubresaut et elle émit un cri rauque alors que l’engin puisait son énergie protectrice contre son gré. Elle pouvait sentir sa puissance lui échapper, être extraite directement à sa source, et la douleur qu’elle en ressentait été aussi sévère que si on lui arrachait un membre. Des larmes de sang s’échappèrent de ses globes et le liquide glissa sur son visage, se mêlant aux déchirures de ses joues. L’énergie se dissipa, peu à peu absorbée par la machine, elle poussa un râle de frustration et agita ses membres avec rage, s’insurgeant contre ceux qui la privaient de cette puissance addictive. Lorsque la dernière goutte sembla disparaitre de son corps, elle retomba comme une poupée de chiffon, épuisée par l’expérience, tremblante et brillante de sueur. Les fissures de son épiderme se refermaient lentement, éteintes, et ses yeux avaient cessés de briller, plus sombre encore qu’à l’accoutumé.

A cet instant, affaiblie et vidée de sa puissance infinie, elle se mit à sangloter. Les larmes ruisselèrent sur son visage, évacuant un peu les rigoles de sang qui avait persisté et son corps fut secouer par son chagrin. Un Grìzz vint la détacher et elle tomba mollement contre lui, incapable du moindre mouvement. Et alors qu’elle oscillait entre conscience et inconscience, une voix douce et chaleureuse de son enfance chatouilla son oreille et dessina un sourire sur ses lèvres.

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