Chapitre 26 : Choix (2)

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Cette descente ne fut que douleur. Le frottement de leurs corps tentant de freiner leur fin précipitée n’était que brûlures. Des cloques ne tardèrent pas à se former sur les membres endoloris de Nick. Le jeune homme ne disposait pas de combinaison et la maigre protection que lui offrait sa tenue ne lui fut d’aucune utilité. Quant à Vyrian, ses mains étaient rougies et éraflées en de nombreux endroits. Plus il tentait de freiner sa chute, plus ses blessures s’aggravaient et sa peau finit par craqueler et s’arracher, le laissant à vif.

Comprenant qu’il n’arriverait à rien de cette façon, le scientifique avisa un renfoncement dans lequel il pourrait se caler s’il parvenait à l’atteindre. Il décolla l’une de ses mains du pan incliné et sélectionna une paire de gants renforcée dans le catalogue présent sur sa montre. Le pari était risqué, moins il opposerait de résistance à la paroi, plus sa chute serait rapide. Néanmoins, Vyrian savait ce qu’il cherchait, bien qu’il se soit peu servi du dispositif, il avait pris la peine de l’étudier au refuge de Rayec, de cette façon, il ne naviguait pas à l’aveugle dans les menus. Lorsqu’il trouva ce qu’il cherchait, il observa les gants se matérialiser sur ses mains abîmées.

Une fois cela fait, il les plaqua contre la paroi ce qui eut pour effet d’arrêter sa chute. De petites adhérences lui permettaient de se stabiliser. Il ramena ses pieds contre ses mains, orienta son corps dans la direction de la plateforme à atteindre et bondit. Il réussit son saut de justesse et offrit sa main à Nick qui poursuivait sa descente. L’Historian s’en saisit et Vyrian entreprit de le remonter avec l’aide de son exosquelette. Centimètre après centimètre, le corps du jeune homme se rapprochait. Encore un dernier effort et il serait à l’abri. Dans un ultime râle, le biologiste rassembla ses dernières forces et tira violemment le clone. Ce brusque choc fit sortir de sa poche la boîte que lui avait confiée Yvias.

Nick s’en rendit compte et s’empressa de détacher l’une de ses mains afin de la remettre en place. Mais il s’y prit trop tard, elle s’élançait déjà dans le vide, l’Historian gesticula au bout des bras du chercheur dans l’espoir de la récupérer. Vyrian ne pouvait empêcher ses doigts de glisser de ses mains. Son exosquelette pouvait le rendre plus fort, mais pas contrôler le taux de sudation de l’Historian. Peu à peu, il perdit son emprise sur la main du jeune homme et la sentit inexorablement glisser millimètre par millimètre.

Lorsque Vyrian ouvrit la bouche, la sueur mêlée au sang s’y déversa. Il ne put s’empêcher de postillonner des gouttes carmin lorsqu’il s’adressa à Nick.

— Qu’est-ce qui a le plus de valeur à tes yeux ? Ton passé ou ta vie ?

Surpris, le jeune se détourna de l’objet et cessa de gesticuler.

— Que… ?

Vyrian n’aimait pas la situation. Il s’affaiblissait de plus en plus, il devait rapidement y mettre un terme.

— N’abandonne pas ! Agrippe-toi à moi et remonte !

Ces paroles sortirent Nick de ses pensées, qui sembla soudainement réaliser la précarité de sa situation. Il donna sa main au scientifique au moment où l’autre glissait. Dans un soupir, Vyrian le tira à lui. Ils étaient saufs, du moins pour l’instant. Ils leur restaient encore à escalader la paroi du vaisseau pour rejoindre les autres.

Dans un dernier grincement, le sol finit de se décrocher et partit rejoindre la boite de Nick. Les deux rescapés observèrent un instant le morceau de taule tournoyer dans les airs avant de disparaître.

Vyrian déglutit. Il aurait bien aimé se reposer, mais il ne pouvait se le permettre. Après s’être assuré que Nick n’avait rien, il testa les premières prises. Avant qu’il commence à grimper, Nick profita qu’ils soient seuls pour le questionner.

— Comment…

— Plus tard les questions !

— Mais…

— Comment être sûr que j’y répondrai ? Tout d’abord commençons par sortir d’ici ! Si l’on parvient à se tirer de ce tas de ferraille, je te dirai tout. Alors grimpe, je n’aurai rien à enseigner à un cadavre si tu restes ici !

Vyrian ignorait à quoi il devait cette résolution. Urgence de la situation, lassitude des secrets, esprit d’équipe inexistant ? Peu importe, il était convaincu d’une chose, il devait leur prouver qu’il était des leurs.

Dès que des prises suffisamment bonnes le lui permettait, il couvait des yeux Nick pour s’assurer de sa bonne progression. A plusieurs reprises, il attendit qu’il arrive à son niveau.

Lorsqu’il grimpait, le scientifique n’avait plus que deux idées en tête : monter les jambes, monter les mains et recommencer. Ce schéma tournait en boucle. Pieds-mains-pieds-mains. L’acide lactique lui brûlait les avant-bras, ses mains peinaient à se refermer sur les prises, quant à ses jambes, il ne parvenait à calmer leurs tremblements. L’épuisement le guettait. Vyrian appréhendait les prochains mètres.

Il ne pouvait abandonner. Pas maintenant, pas après tous ses efforts. Dans un grognement, il mit fin à la distance qui le séparait du reste du groupe. Nick arriva juste après lui, pantelant. Les deux hommes s’effondrèrent sur le sol froid. De la buée se forma tout autour de leur corps.

Le reste du groupe les regarda sans rien dire. Vyrian ignorait s’ils étaient parvenus à entendre leur conversation, mais en cet instant, il n’en avait que faire. Il était en vie, cela lui suffisait amplement. Il se surprit à sourire. Nick l’imita et un rire nerveux s’éleva du jeune homme qui se mit sur le dos. Dinaïn lui proposa sa main. Nick s’en saisit et se remit fébrilement sur ses jambes avant de tendre à son tour la main à son sauveur. Vyrian l’attrapa en souriant. La mort le poursuivait et une fois de plus, il était parvenu à la déjouer. Cela lui suffisait d’autant plus que l’hostilité à son égard semblait avoir diminuée. Vanea et Nick lui souriraient. Quant aux autres, ils semblaient rassurés, même Kayle avait perdu son air bougon.

Plus prudent, ils reprirent leur avancée. Dinaïn les guida à travers le labyrinthe. Arrivé à une intersection, Vyrian se prit à hésiter. Il percevait à gauche l’aura de Mère, à peine quelques mètres les séparait. Tandis qu’à droite, il retrouvait Yomi. Immobile, il ne savait quelle décision prendre. Le groupe était lui aussi à l’arrêt, il se trouvait effectivement au centre du vaisseau, six possibilités s’offraient à eux. Seules deux intéressaient Vyrian, mais il ne pouvait en choisir qu’une.

Une secousse plus violente que les autres leur indiqua qu’ils se rapprochaient de l’épicentre. Ils étaient sur la bonne voie. Pourtant, Vyrian ne parvenait à se décider. Des craquements retentirent au-dessus de sa tête. Lentement il leva les yeux, au même moment, un morceau de l’armature se détacha du toit et lui fondit dessus.

Impassible, le chercheur le fixa. Il avait l’impression que le temps s’écoulait au ralenti. Il eut une ultime hésitation qui lui fut fatale. Lorsqu’il se jeta dans le couloir de droite, son mollet fut entaillé.

Le scientifique atterrit lourdement sur le ventre sous le regard médusé du groupe qui durant son conflit interne s’était engagé dans le couloir. Il ne leur prêta aucune attention et déversa sa rage contre le sol. Son poing vint le percuter.

— ‘chier !

— Vous devriez utiliser cette énergie pour frapper vos ennemis, le sol ne vous a rien fait !

Vyrian ne tint pas compte des propos de Dinaïn. Le soldat avait beau le charrier, il n’était pas d’humeur à rire. Il se retourna et constata que le couloir était obstrué par la chute d’une partie du plafond. En son for intérieur, il se promit de revenir libérer Mère.

Il se redressa en s’aidant du mur. Lorsqu’il se releva du sang gicla de la plaie et il s’effondra. Il lui fallait un garrot. Il chercha du doigt les bords de son exosquelette, en espérant que, comme lors du combat, l’armature diminuerait sa peine.

Il observa l’exosquelette s’étendre sur sa jambe, recouvrir la blessure et la pression exercée par l’alliage arrêta l’hémorragie. La douleur quant à elle ne le quittait pas. Livide, le scientifique se redressa une seconde fois. Il aurait bien aimé bénéficier d’un Psycho comme Dallan. La créature reptilienne du Monde Mythique aurait ainsi pu mettre fin à sa souffrance et lui aurait apporter un sentiment de bien-être en échange de l’émotion qu’elle aurait prélevée chez lui. Faute de mieux, il supporta sa douleur.

Les membres de l’équipe le laissèrent passer lorsqu’il s’approcha d’eux. Lentement, il avança déterminé vers la pièce dans laquelle était détenue Yomi. Il n’avait pu libérer Mère, il n’échouerait pas avec elle.

Lorsqu’il approcha la main de la clenche des deux imposantes portes, celle de gauche sortit de ses gonds quand un soldat la percuta. Dezaël et Vyrian comprirent sans difficulté que la jeune femme s’était encore transformée. Quant à Dinaïn, Saern, Kayle, Vanea et Nick il s’agissait d’un mystère.

Inquiet à l’idée de la scène qu’il s’apprêtait à voir, Vyrian jeta un bref coup d’œil. Il fut choqué. Là, sous ses yeux, se tenait Yomi à terre à la merci d’un jeune homme possédant une étrange épée. Sur un des murs, un écran montrait les villageois capturés par les Sanctionneurs. Vyrian y reconnut Ylméria.

Le scientifique ne prit pas plus de temps pour analyser les évènements et s’élança ne tenant pas compte des tiraillements de sa jambe.

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