Chapitre 15 : Identités (2)

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Au même moment, des craquements résonnèrent. Le scientifique se reconcentra sur la scène. Les prisonniers avaient cessé de parler, intrigués par le bruit.

Sous leurs yeux, la pierre se fendilla et une tige apparut. Dès que l’extrémité eut percée la roche, un bouton naquit et révéla un visage rondelet, des épaules et des bras suivirent. La petite créature végétale prit appui sur la pierre et extirpa le reste de son corps avant de basculer dans le vide pour s’arrêter à quelques centimètres du sol, retenu par ce qui semblait être à Vyrian une liane. Le biologiste la remonta du regard et devina une seconde créature dans l’obscurité de la roche. Il s’amusa de leur stratégie. Les poupées végétales s’étaient attachées telles des alpinistes dans une cordée. La première créature fit signe à la suivante que tout allait bien avant de se redresser et d’avancer. Pendant ce temps-là, la seconde créature s’extirpa en cadence des pierres, le lien toujours tendu entre elles.

Alors que Vyrian focalisa son attention sur cette liane, un petit descriptif s’ouvrit. Ce lien n’était pas anodin, il était leur ligne de vie, tel le cordon ombilical reliant l’enfant à sa mère, il reliait les poupées végétales à leur arbre. L’énergie circulant dans le lien permettait aux créatures de ne pas être contaminées par la souillure magique du lieu. La projection mentale du scientifique siffla d’admiration.

Dallan posa ses mains au sol, les petites créatures vinrent s’y loger, il les porta à hauteur de visage. Elles le dévisagèrent un instant avant d’entreprendre une étrange chorégraphie. Plus elles s’agitaient en tous sens, plus leurs corps se couvraient de fleurs. A force de gesticulations, des graines tombèrent dans les mains de l’ancien maire. Lorsque les poupées n’eurent plus rien à donner, Dallan les reposa au sol.

Elles s’assirent et s’épongèrent mutuellement le front, au moyen d’une mousse qu’elles faisaient apparaître sur leur avant-bras. Vyrian ne put s’empêcher de trouver ces créatures adorables. Mais il s’en détourna à contre-cœur préférant se concentrer sur le père d’Ylméria et de Yomi.

Dans les mains de Dallan, deux types de graines étaient disposées. Il avala celles présentent dans sa main gauche et enfouit les autres dans le sable. De petites pousses ne tardèrent pas à se former et au rythme de la croissance des végétaux, un message floral apparut : « Procédons comme convenu. M. ».

Dallan sourit et passa sa main sur les pétales, des filaments se lièrent à sa paume et les fleurs donnèrent de nouvelles graines avant de faner et de disparaître.

Vyrian découvrait un système de communication ingénieux. De par leur réseau souterrain les végétaux se révélaient être des messagers discrets et efficaces. Dallan ayant été choisi par l’esprit des ancêtres, l’environnement le reconnaissait comme étant légitime et lui apportait son soutien.

Le maire déchu sourit et présenta les graines aux petites créatures qui bondirent sur leurs pieds et s’empressèrent de les récupérer. Dallan leur donna les consignes.

— Apportez la réponse aussi vite que vous le pouvez. Mais avant occupez-vous des autres.

Dociles, les petites créatures hochèrent la tête et se dirigèrent vers les autres prisonniers. Vyrian vit Fara, Dungal et Keenan avaler les mêmes graines que Dallan. Les marionnettes végétales durent les faire avaler à Pitchi, la Textys étant trop faible. Quant à Feyna, elle regarda les poupées s’approcher avec circonspection. Lorsqu’elles lui présentèrent les graines, elle observa les autres prisonniers. Vyrian tout aussi curieux de l’utilité des graines fit de même.

Alors qu’il s’attardait sur Pitchi, la Textys étant celle la plus mal en point. Un encadré apparut lui présentant une vue schématique du corps de la créature mythique. Pour la première fois, Vyrian réalisa l’étendue de ses blessures. Plus de soixante-quinze pourcents de son corps se révélaient non fonctionnels. Vyrian revit Faric écraser la petite créature entre sa main estropiée. Il en serra les poings de rage. Comment pouvait-on mépriser la vie à ce point ?

Mais peu à peu les zones lésées représentées en rouges disparurent une à une et Vyrian vit Pitchi retrouver son énergie. Voulant vérifier s’il ne s’agissait pas d’un cas isolé, il observa Keenan et de la même manière le mage se trouvait en voie de guérison.

Il n’en fallut pas plus à Feyna pour prendre les graines.

— Ah ! Mais c’est infect !

Keenan rit de la réaction de l’hybride. Avant de se tenir l’abdomen, ses blessures pas tout à fait guéries.

— Ah mais personne n’a dit que la survie avait bon goût.

— Qu’est-ce que c’est ?

Une fois de plus, Keenan se moqua de la réaction de Feyna. Ce qui ne fut pas pour plaire à la jeune femme qui réagit au quart de tour.

— T’aurais peut-être pu te poser la question avant de prendre les graines ?

— Et toi t’aurais pu réfléchir avant de te faire piéger par Faric !

Dungan qui jusque-là était resté silencieux mis fin à la dispute.

— Mais, vous vous rendez compte des enjeux ? On parle de la disparition de tous les jeunes adultes, du départ précipité de Yomi, de…

Ce fut au tour de Dallan de calmer Dungal, le précepteur s’était laissé emporter et ses cris résonnaient dans les cachots.

— Calmez-vous. Vous énerver ne fera qu’augmenter la nuisance magique de l’endroit. En plus de soigner les blessures, les graines nous aident à tenir le coup. Mais leur effet est limité dans le temps. Pareil pour vous deux, remettre en cause les décisions passées, ne sert à rien.

Les deux jeunes interpelés se turent et Dallan enchaina.

— Feyna nous a tout raconté. Son arrivée parmi nous, ta rencontre, le combat et le pari fou que tu as pris. Faric ne t’a laissé aucune chance, l’attaque avait été rapporté par les Visionnaires bien avant que vous n’atteigniez Altéryx. Il connaissait tes motivations. Tu as été bien prétentieux de penser pouvoir lui tenir tête.

Comme tu l’as remarqué Feyna n’est pas une Fusionnée, elle est ce que l’on appelle dans son monde une hybride. Le frère dont elle parle est ton… jumeau. Je sais que tu penses que tout ceci est faux, mais je t’assure qu’il n’y a rien de plus vrai. Même si tu ne crois pas en l’existence de ton frère sache que tu ressembles à ton père. J’ai conscience que tu ne l’as pas connu, mais tu ne peux lutter contre l’héritage qu’il t’a légué…

Vyrian se rappela qu’effectivement Dallan et Fara avaient rencontrés les parents de Nick et Keenan, lorsque le projet Trimondes fut lancé. Mais cela, le mage n’en avait que faire et il ne s’en cachait pas.

— Un héritage ? La solitude ? Cet homme m’a abandonné à ma naissance. Comment pouvez-vous le qualifier de père ? Enfin, vous n’êtes pas mieux placer pour parler de ça, vos deux filles ont disparu.

Dallan et Fara reprirent ensemble.

— Nos deux filles ? Yomi est aussi portée disparu ?

— Vous n’étiez pas au courant ? Faut croire que vos messagères ne sont pas d’une si grande efficacité.

Les créatures se regardèrent et invoquèrent une graine. Elles la firent grossir et la lancèrent au visage du mage qui parvint à parer, mais non à l’attraper, si bien que la graine de la taille d’une balle de golf se cogna aux articulations des doigts du mage. Keenan se massa mi-grognon, mi-souriant.

— Faut pas être susceptible comme ça !

Pitchi prit en chasse les marionnettes. La course-poursuite eut le mérite de détendre l’atmosphère et tous ne purent s’empêcher de rire au spectacle qui se tenait sous leurs yeux.

Le dernier sourire disparut des lèvres de Dallan et il retrouva son sérieux. Il appela les poupées végétales qui le rejoignirent dans l’instant.

— Allez retrouver votre arbre avant que votre ligne de vie ne suffise plus à vous protéger et soyez prudentes.

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