Chapitre 3 : Réminiscences

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Depuis le temps qu’il désirait agir, Vyrian ne laisserait pas passer une telle occasion. Il se jura de tout faire pour effacer l’erreur de ses prédécesseurs. A peine cette promesse faite, il sentit Mère s’éloigner. Il voulut la retenir. Quelle était donc cette légende, à laquelle elle avait fait référence ?

Lorsqu’il découvrit la raison de son départ, son interrogation ne lui parut plus si cruciale. Ils avaient un problème bien plus urgent à gérer. La nouvelle du décès des scientifiques commençait à se répandre. Les esprits sortaient les uns après les autres de leur torpeur pour découvrir qu’une fois de plus, la mort s’en prenait à leur communauté.

L’intelligence artificielle tenta d’apaiser les esprits, mais la dépression se propageait rapidement. Vyrian lui-même ne put y résister. Des souvenirs qu’il pensait enfouis refirent surface. Il se revit sur les bancs de l’université en compagnie de Newt, Stein et Willis. Avec ses trois compères, il s’était toujours démené pour protéger la vie. Bien qu’ayant pris des chemins différents, ils étaient restés fidèles à leur conviction.

Se rappelant pour la première fois ces détails, Vyrian pleura la mort de ses amis. Il ne doutait pas de leur bonne volonté. Pourtant, au fond de lui, il regrettait la précipitation de leur acte. De toute évidence, ils avaient agi sous le coup de leurs émotions. Cela leur avait coûté la vie.

D’un revers de manche, il chassa les larmes virtuelles qui roulaient sur les joues de son avatar. Il avait beau regretter leur fin précipitée, il les comprenait. Lui-même avait commis de nombreuses erreurs. La survie lui avait appris, de la plus cruelle des façons, que l’enfer était pavé de bonnes intentions. Néanmoins, si cela était à refaire, il agirait de la même manière. Cette simple pensée suffisait à le faire frissonner. Parviendrait-il à apprendre de ses erreurs ?

A son tour, la projection mentale du scientifique s’opacifia, alors qu'il sombrait dans ses souvenirs. Mère tenta de l’en empêcher. L’intelligence artificielle connaissait le passé houleux du chercheur. Etant connectée à chaque survivant, elle percevait leur moindre angoisse. Il était de son devoir de limiter leur souffrance.

Elle tenta d’établir le contact avec son esprit. Rien. Sa conscience avait succombé à ses souvenirs. Ils étaient si intenses que son action se révélait inefficace. Toute la communauté assista aux réminiscences du professeur.

La tempête s'était apaisée. Seuls quelques éclairs zébraient encore le ciel, illuminant la berge par intermittence. La gravité avait retrouvé son influence sur la végétation arrachée de terre. Le rivage était criblé d'impacts. Troncs et branches s'enchevêtraient pêle-mêle. Dans ce paysage meurtri, les vagues léchaient paresseusement le sable, semblant panser les blessures du sol. C'est à ce moment-là que Vyrian vit, immobile, le corps de sa promise, drapée d'écume.

Il se revit courir vers elle. Son image mentale fit de même. Seulement, le parfum que lui apporta le vent n’était pas celui de l'être aimé. Seule une odeur de mort et de putréfaction s'insinua dans ses narines. La senteur âcre pénétra ses poumons. Une fumée imaginaire s’immisça dans la représentation mentale du scientifique.

Une froide certitude l'emplit, celle qu'il aimait n'était plus. Des larmes roulèrent sur ses joues, des sanglots soulevèrent sa poitrine. A bout de souffle, il dut arrêter sa course.

A quelques pas de là, se trouvait Clana. Il s'avança, la peur et le chagrin lui vrillaient les entrailles. Sa projection mentale chavira et finit par tomber à genoux, tout comme son lui plus jeune à la vue du corps de sa bien-aimée.

L’acidité de l’eau l’avait à jamais transformé. Les courbes autrefois pleines de vie n’étaient plus qu’un amas de chair difforme, semblant avoir été modelées dans de la glaise au rythme des vagues. Son visage d'ordinaire si chaleureux n'était plus que lambeaux.

Il voulut lui toucher la joue, sentir sa chaleur contre sa paume. Lorsque ses doigts effleurèrent sa peau, un film blanchâtre se décolla de son visage, s’étirant au fur et à mesure qu’il éloignait sa main, nauséeux. Son dégoût se transmit à son avatar qui reproduisait toujours fidèlement ses souvenirs.

Implacable, la pensée qu'il ne la reverrait plus jamais s'imposa à lui. C'était fini. Son sourire n'illuminerait plus son visage, ses yeux rieurs ne le regarderaient plus.

Tour à tour, les perceptions qu'il avait de Clana disparurent. Vyrian se laissa choir. A genoux, face à celle avec qui il avait prévu de passer le reste de sa vie, il se sentait seul, dépossédé. Malgré la chaleur qui l'habitait suite à sa course, un frisson le parcourut, son avatar en fit autant.

Vyrian réalisa avec horreur que les années avaient passé, ses souvenirs s'étaient estompés. Seul le visage de sa bien-aimée et l'amour indéfectible qu'il lui portait persistaient. Lorsqu’il prit conscience de cela, sa projection mentale se fractura, les fissures s’élargirent progressivement telle la souffrance qui le rongeait depuis des années durant et finirent par faire voler en éclat l’avatar.

Tous partagèrent sa tristesse, mais aucun ne put l’atténuer. Vyrian sentit leur présence. Il les chassa sans ménagement. Il voulait pleurer encore une fois celle qu’il avait perdue il y avait de cela des années. Il s'en voulait. Seule la mort avait tiré profit de ses bonnes intentions.

Le chercheur resterait à jamais marqué par son vécu. Chacune de ses expériences le façonnait, seul son trépas pourrait y mettre un terme. Afin d’éviter que la vague de dépression ne s’amplifie, Mère dut l’isoler.

Coupé du reste de la communauté, Vyrian finit par se calmer. Le souvenir s'étiola. Epuisé, le biologiste en oublia ses interrogations, ses doutes. Seul le sentiment de tristesse persistait.

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