La dame à la cape

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Un jour, une étrange femme vint au marché. Personne ne l’avait jamais vue auparavant. Elle portait une vieille robe verte déchiquetée par endroit, drapée d’une cape noire avec un capuchon qui lui cachait le visage. Elle passait vendre de mystérieuses herbes qui ne poussaient pas dans la région. Elle en proposait à tout le monde et vantait leur étonnante vertu de guérison. Les villageois au début, étaient méfiants, mais à l’entendreparler, ils s’assouplirent. Du dessous de la capuche, leur parvenait une voix aussi douce que le miel et aussi mélodieuse que le chant d’une sirène, mais qui dissimulait une profonde tristesse. Dans la pensée des habitants, il était inconcevable qu’un si beau son émanât d’une mauvaise personne.

Quoiqu’il en soit, Clara, intriguée et entrainée par sa nature curieuse, fit connaissance avec elle. Bella se montrait plus réticente à l’idée que sa sœur puisse parler à une inconnue. Celle-ci s’était installée à coté de leur étal. Clara put facilement l’aborder.  Mais elle ne communiquait pas beaucoup, ce qui piquait un peu plus la curiosité de Clara. La jeune fille, tenace, put en venir à bout. Un beau jour, elle lui arracha un rire cristallin qui résonna dans tout le marché. Aussitôt, une étonnante transformation se déroula sous leurs yeux ébahis. Pendant un moment, la vendeuse d’herbes rayonna d’une lumière éclatante. Une fois que ce vif éclat eut disparut, la dame à la cape noire n’était plus là. A sa place, se dressait une jeune fille magnifique, vêtue d’une ravissante robe blanche qui chatoyait au rayonnement solaire. Elle était aussi radieuse que le soleil et arborait un port noble accentué par la couronne argentée sertie de diamants posée majestueusement sur sa tête. 

« Je suis la princesse Viviana, dit-elle de sa voix douce mêlée d’une joie contenue. »

Ces mots levèrent un chœur d’exclamations au milieu de la foule rassemblée autour d’elle. Tout le monde avait déjà entendu l’histoire de la disparition de la jolie princesse dans la grande forêt mystérieuse. Peu de riverains s’y aventuraient. Rares étaient ceux qui en revenaient et contaient les drôles de choses qui y vivaient. 

« Au nom de tout le royaume, je remercie la jeune fille que voici de m’avoir libérée. »

Elle désigna Clara du regard. Celle –ci surprise ne savait que dire.

«  Je fus victime d’un mauvais sort continua la jolie princesse, jeté par une méchantesorcière. Avant, j’étais une fille ambitieuse, égoïste et gâtée qui n’avait d’admirable que la beauté. Tout me paraissait laid et sans aucun intérêt. La colère m’habitait et je blâmais tout le monde. 

Un jour, lors d’un voyage sous haute protection au cœur de la forêt pour une visite de courtoisie au royaume voisin, mon carrosse et tous les soldats furent attaqués par une mystérieuse créature. Je m’évanouis et à mon réveil, il n’y avait plus rien : plus de soldats, plus de carrosse. C’était comme si la forêt les avait tous engloutis. Je passai des jours et des nuits à errer seule dans les bois, tremblante de peur sans savoir où aller. Le hasard voulu que je tombasse sur une vieille maison à première vue inhabitée. Je frappai et une femme à la peau sans tache et sans ride m’accueillit. Elle m’offrit à boire et à manger. Affaiblie, je n’avais pas la force de chercher à mieux la connaitre et je m’assoupis. A mon réveil, elle n’était plus là. Tout mon corps me brulait et me faisait mal. Je remarquai sur le dos de ma main droite, deux points rouges qui ressemblaient à des traces de morsures. Un miroir posé sur un vieux meuble, me rendit l’image d’un être hideux. Mon apparence avait changé. Effrayée, je fuis la maison en pleurs sans trop savoir ce qui m’arrivait. 

Ma course m’emmena près d’une rivière où je me vidai de toutes les larmes de mon corps. Les oiseaux auraient pu vous dire qu’on m’entendait à mille lieux, si grands étaient ma peine et mon désespoir. Après des heures et des heures passées à pleurer, mon affliction fut troublée par la visite d’un étrange papillon aux reflets chatoyants. Il se posa un instant sur mon épaule. Puis il reprit son envol et voleta près de mon visage. Je tendis la main et lui offrit un doigt pour se percher. Il s’y posa et aussitôt se transforma en une créature ailée qui me tenait doucement par la main. C’était une fée, la plus grande que mes yeux m’eussent permis de voir. Car il était connu que ces créatures avaient de très petite taille. Celle-ci possédait des yeux et des cheveux aux couleurs de l’arc en ciel et s’appelait Morphée. Elle détenait le pouvoir de se transformer et de changer l’aspect des êtres et des choses. Je lui ordonnai sur-le-champ de me rendre mon apparence d’avant. Elle m’avoua que j’étais la proie d’un maléfice trop puissant pour elle. Devant la déception et la désolation qui se lisaient sur mon visage, elle ajouta  qu’il existait un moyen de conjurer le sort qui viendrait en grande partie de moi. Alors, elle me jeta un enchantement: elle décréta que le jour où j’arriverais à voir, à apprécier la vraie beauté là où les yeux n’entrevoyaient que laideur et à m’en réjouir, je recouvrerais mon apparence et même plus. Après quoi, la jolie fée se volatilisa. 

Je passai plusieurs lunes dans cette forêt et à la fin, je dus me résigner à ne plus en sortir, terrifiée à l’idée de me montrer au monde sous ces dehors hideux. Des années s’écoulèrent tant et si bien que j’en vins à perdre toute notion du temps. Je finis par épouser les bois et apprendre à y vivre. Je faisais fuir les bêtes sauvages rien qu’avec mon allure et par conséquent, je ne les craignais point. Je comprenais un peu mieux ma nouvelle demeure qui me dévoilait ses secrets et par la même occasion ses véritables beautés. A tant m’émerveiller un jour, ma voix de vieille femme devint plus douce. J’en conclus que la magie de la fée Morphée était en train de s’opérer. J’employai ma voix à chanter mais elle était encore empreinte d’une profonde tristesse. Toutefois, elle était si belle qu’elle attirait les oiseaux et les autres animaux de la forêt. Cette amélioration de ma condition m’avait redonné un certain espoir qui eut vite disparu à la constatation qu’aucun autre changement ne pointaitplus à l’horizon. Je fus contrainte d’accepter ma fatalité et à apprécier ce qui m’entourait. Autant je sombrais dans le désespoir, autant je m’enfonçais dans les profondeurs du royaume des arbres, chaque jour m’apportant des découvertes et des merveilles que personne n’avaitencore jamais vues auparavant. A force de vivre en harmonie avec les bois, j’acquis une connaissance des plantes qui y poussaient et leurs innombrables vertus. Et un beau jour, je découvris un sentier qui me conduisit à votre village. J’étais heureuse de retrouver les miens. Je n’avais pas rencontré de gens depuis des lunes. De peur qu’on me prenne pour une sorcière ou un monstre, je décidai de soustraire mon visage à vos regards. Pour me mêler au monde, j’emportai quelques herbes avec moi dans l’idée de les vendre afin de pouvoir m’offrir du pain et de nouveaux habits. Je pris plaisir à vous observer. Mais vous entreteniez une crainte à mon égard. J’étais une inconnue à vos yeux et mon apparence vous était cachée. Néanmoins, l’un de vous daigna m’adresser la parole. Elle réussit, contre toute attente, à me faire rire. J’aurais dû y penser. La fée Morphée m’avait bien révélé que le jour où j’arriveraisà voir la beauté et à m’en réjouir le sort serait brisé. Je n’avais jamais pensé que le rire était la clé, moi qui n’avais jamais ri de ma vie. Cette fille est parvenue à me faire revivre par son humour.

-  Je n’ai fait que mon devoir princesse, dit Clara un peu embarrassée.

- Comment puis-je vous remercier ? demanda Viviana.

Clara avait déjà sa petite idée. Elle s’approcha de la princesse et lui chuchota àl’oreille de lui indiquer l’endroit exact où elle avait fait la rencontre de la fée Morphée. Viviana sans lui poser de question lui glissa doucement dans la main un morceau de tissu.

-  Puisse ceci vous soit d’une grande aide, lui dit-elle, et vous empêche de vous perdre dans votre quête. Mais attention ! Prenez garde à la chose qui m’a attaquée et à l’étrange femme sans ride qui m’a reçue dans sa demeure. Je l'ai pourtant cherchée dans la forêt sans jamais la retrouver. Même sa maison avait disparu. C’est comme si, ni cette dame ni sa maison  n’eurent jamais existé.

Clara prit le tissu aussi délicatement que le lui permettait ses petites mains potelées et le déploya. C’était une carte que la princesse avait dessinée grossièrement.

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