Une injustice

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Point de vue de Rosa :

J'ouvris peiniblement les yeux, le corps encore tremblant de l'influence de la Présence qui venait enfin de se retirer. Aux faibles gémissements que j'entendai tout autour de moi, les autres essayaient également de se remettre d'une épreuve pareille.

  • Bons dieux, grinça Aiôn qui plaqua une main sur sa mine plissée. Y a un minotaure qui est passé sur moi, ou quoi ?
  • Urgh... se leva la jeune fée Titania en frottant ses yeux rougies par les larmes.

Soraya, quand à elle, avec beaucoup de prudence, regarda tout autour, en particulier l'extérieur. Et j'y vis une détermination dans ses yeux qui y brillait comme jamais auparavant.

  • Princ... Soraya, y a-t-il un problème ? formulai-je en me reprenant au dernier moment sur ma manière de m'adresser à elle.

J'avais déjà fait la bêtise quand nous étions revenus ensemble dans l'immeuble, et m'avait rappelé l'accord que nous avions eu. Grâce aux dieux, elle ne sembla pas se rendre compte de l'erreur qui m'avait presque échappé, et se contenta de s'accrocher au bras que je lui offrais.

  • Quelle pagaille, commenta distraitement Titania qui jeta un regard critique sur les dégâts que la tempête enfin calmée avait provoqué.

Les rideaux pendaient misérablement aux fenêtres grandes ouvertes qui laissaient voir le ciel gris-blanc de l'extérieur, des morceaux de vitre brisés traînaient un peu partout au sol, de l'eau inondait désormais la moindre parcelle du lieu, et la vaisselle comme les assiettes et les plats fragiles cachés dans les placards étaient soit en morceaux, soit fêlées.

C'était un vrai désordre.

  • Soyons rassurés de ne pas avoir été blessés, rectifiai-je tout en touchant ma joue gauche piquante qui résultait d'une égratignure fraîche. Plus ou moins.
  • Parles pour toi ! se plaignit Aiôn qui aggripa ses cheveux de frustration. Te rends-tu compte des coûts matériaux exorbitant que l'on va me réclamer pour tout réparer ?!
  • Sottises, soupirai-je face à son oubli. Cette maison n'est pas à toi, mais à ton organisation. Tu n'y loges que temporairement, idiot. Tu n'auras donc pas à verser le moindre sous pour les réparations !
  • ... Pas faux.

Après s'être collectivement assuré que personne n'avait rien de trop grave, nous nous installâmes à nouveau à nos places précédentes, même si Aiôn dut soulever son canapé partit en arrière à cause des rafales de vent.

Mais, au lieu des retrouvailles chaleureuses et agréables du début, nous n'avions plus que des mines anxieuses et pensives sur la raison d'un cataclysme aussi bref que catastrophique. J'entendai depuis ici les cris, les pleurs, les ordres et les hurlements des autres habitants vivants à proximité. Aucun de nous n'avait besoin d'aller voir pour savoir qu'ils avaient tous pâti également de cette colère monstrueuse.

Il passa aisément un quart d'heure avant qu'Aiôn grogna dans son coin, grattant nerveusement ses cheveux blancs désordonnés.

  • Puisque personne ne veut commencer pour je ne sais quelles raisons, alors j'y vais en premier : vous avez tous ressenti cette Présence folle ? Au point d'en avoir mal ?

Titania et moi hochâmes la tête, sauf Soraya qui demeurait inatteignable, le visage rongé par une émotion sombre.

  • Heu... gamine ? Qu'est-ce que t'as ? lui demanda alors soucieusement Aiôn, avec une vulgarité qui m'irrita.
  • Ce n'est pas une façon de s'adresser à la princesse, mal appris !
  • M... Mais... elle est étrange... je voulais juste... tenta de se défendre Aiôn, mais qui se fit vite interrompre.
  • Aucune inquiétude, monsieur Aiôn ! lui souria légèrement Soraya, toujours avec le même regard. Je... je pensais juste à ce qui s'était produit. Lyrhana m'en a parlé pendant que nous subissions.

Aux paroles lourdes de sens qu'elle prononça, je me figeai net dans ma colère contre le maître d'Anéon et contemplai la princesse qui prit une goulée d'air avant de reprendre :

  • C'est Léviathan, le Grand Esprit de l'Eau, qui a fait ça. Par la faute de voleurs qui se sont emparés d'une pierre dont dépend l'ensemble des vies de Lyrhune.

Elle nous conta ainsi l'ensemble des révélations de la déesse mère, chaques mots transfigurant nous émotions de plusieurs façons différentes à chaque thème abordé...

oOo

  • Vous savez maintenant, termina Soraya avec gravité. Ce sont là les conséquences des agissements de ceux que nous affrontons. Voir Léviathan est une priorité, ainsi que se rendre en Yggdrasil afin qu'Oberon nous offre ce pourquoi Lyrhana me demande d'y aller.

Aiôn demeurait d'un calme impressionant, et une véritable expression concernée l'habitait. Titania, sans aucune émotion, avait braqué depuis un moment son regard désormais glacial du côté des fenêtres, comme si elle apercevait au loin les responsables de ce qui arrivait.

J'ignorai ma propre expression que je laissai transparaître, mais un fort sentiment d'injustice habitait désormais les tréfonds de moi-même, me secouant à l'identique d'une feuille volant dans la brusque bourrasque de l'orage.

  • Pourquoi ? lâchai-je dans un souffle tremblant. Pourquoi... te demander une chose pareille ? Je respecte Lyrhana... mais te dire d'aller affronter par tes propres moyens une telle menace. Nous ne parlons plus d'assassins désormais, ni de kidnappeurs... Et punir des mortels en conséquence des actions d'autres ? C'est absurde !

Je parlais de deux choses : lutter contre des ennemis avec le pouvoir de mettre en danger un monde entier et défier les dieux, ainsi que la décision de Léviathan de retourner les eaux contre l'ensemble des mortels en représaille. Et Soraya devait réparer tout ça ? Comment devais-je considérer une demande aussi grande ?! Un honneur ? Un fardeau ? Un blâme à porter au nom de tous ? Je l'ignorai !

  • Nous ne pouvons juger leurs intentions, Rosa, me répondit Aiôn avec, dans son ton, une certaine fatigue. Les adultes punissent les enfants désobéissant qui ont enfreint une règle ou ont fait une mauvaise chose. Quand ils ignorent qui est le coupable, ou s'il y a des complices, alors la punition s'applique à tous. C'est ainsi. Léviathan en fait de même, tout simplement. Et comme les enfants que nous sommes, on a pas notre mot à dire.
  • Il a raison hélas, rajouta Titania en reportant son regard sur nous, changeant progressivement pour devenir plus apaisant. Mais quand un parent gronde trop sévèrement, un autre peut alors laisser une chance à l'un d'eux de s'expliquer. En écoutant alors celui-ci, surtout s'il a le soutien de l'autre, l'adulte en colère peut juger différement. C'est ainsi que Soraya a pris les choses. N'est-ce pas ?

Je vis la nommée hocher lentement la tête, puis s'approcher lentement de moi et m'attraper par les épaules, dans un geste plein de chaleur. Lorsque je relevai mon visage à elle, j'y vis une confiance débordante dans son choix.

  • Tout ira bien, me rassura-t-elle. Ne laisse pas la peur te trahir et t'abattre aussi facilement Rosa. Il t'en faut bien plus pour être découragée, je le sais.
  • ... Mais... vous... n'es-tu pas effrayée ?
  • Non, démentit-elle sans une seule seconde d'hésitation. Au fond je le suis. Cependant, je sais que je ne suis pas seule.

Elle fixa ensuite les deux autres, qui lui sourire avec approbation, avant de revenir à moi. Et je pouvais dire, à cet instant précis, qu'autour d'elle rayonnait l'éclat même d'une future reine, à l'exact de sa défunte mère et de son père. Car la lumière de ses soutiens, même ceux encore au loin, l'entourait, soutenant son choix et assurant bravement ses arrières.

Mes doutes fondirent sous un soleil pareil, et je hochais de compréhension.

  • Jusqu'au bout, jamais vous ne le serez, lui promis-je.

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