Lettre de présence

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Point de vue de Rosa :

  • ... Qua...rante ! Quarante...et-un ! Quarante... deux ! Quar...te-trois ! gémissai-je en effectuant une série de cinquante pompes, sous la surveillance attentive d'Aiôn accroupis à côté.

Les muscles de mes bras me brûlaient à en pleurer, mon maillot court et serré collait par la sueur qui maculait mon dos, mes joues chauffaient et mes yeux piquaient, mais je ne lâchais rien. Depuis des jours, j'effectuai plusieurs exercices physiques pour savoir si mon corps était parfaitement remis de ses blessures, et qu'il ne s'était pas ramollis par mon repos. Jusque-là, la vérification était plutôt satisfaisante. Hormis une douleur légère à l'articulation de l'épaule, où se trouvait une profonde cicatrice, ainsi qu'une côte droite douloureuse, j'avais évité le pire. D'ici quelques jours, je serais parfaitement guéris.

  • Et cinquante ! applaudit Aiôn avec un sourire victorieux sitôt que je terminai la dernière poussée dans un gémissement. C'est super Rosa !

J'acceptais ses remerciements, ainsi que la main qu'il me présenta pour me relever. Je fis quelques pas et attrapai la serviette blanche posée sur le fauteuil de notre salon collectif pour me débarrasser de l'humidité de mon corps, tout en prenant de profondes et lentes inspirations. Je vis ensuite la tête de bandit me tendre une gourde d'eau fraîche.

  • C'est gentil, soufflai-je en l'aggripant et la portant à mes lèvres, appréciant chaque gorgée du liquide vital.

oOo

Cela faisait presque deux semaines que nous habitions ce petit lotissement de cinq pièces, qui se trouvait dans les quartiers où résidait l'armée aux niveaux moyens. Par chance, Aiôn l'avait déjà à son nom, ainsi qu'un laisser-passer illimité dans Maurial, que nous avions rejoins à dos de wyverne. De ce qu'il avait bien voulu me dire, l'Ordre des Gardiens auquel il appartenait était bien placé politiquement. Le dirigeant de Maurial lui-même, du nom de seigneur Heryam, les aidait secrètement. Aiôn m'avait dit que son groupe fournissait en minerais précieux rarissimes les trésoreries de la cité, et l'aidait à prospérer. En échange, les membres de l'Ordre bénéficiait de privilèges, comme le logis et le couvert, ainsi que des accès à des niveaux dont les étrangers étaient interdits habituellement.

Le pourquoi du comment m'échappait toujours, surtout en raison du pouvoir global que semblait exercer cette organisation aussi mystérieuse que secrète, mais j'envisageai d'en discuter avec le roi une fois la mission terminée. De ce que je comprenais, les Gardiens s'assuraient d'avoir des alliés haut-placés. Il me semblait évident que le monarque que je servais les connaissait.

De toute notre collocation, j'avais finalement appris peu sur mon compagnon de voyage. Il arrivait très bien à éviter mes questions, ni à répondre directement. Lorsque j'insistais trop, Aiôn faisait en sorte de s'échapper. Mes questions devenaient donc de plus en plus rares, à force de déception. La seule chose dont j'étais à peu près sûre, c'était de ses bonnes intentions. Plus le temps passait, plus cette certitude s'était renforcée. Ma méfiance envers lui s'était adoucie, même si je restais encore sur mes gardes, bien que plus par habitude que par réelle nécessité.

J'avais aussi en tête, presque en permanence, l'arrivée tardive de Soraya, mais je m'inquiétai plus de savoir si elle allait bien que de douter qu'elle finirait par venir. Je la connaissais plus que n'importe qui, et j'avais confiance pour qu'elle tienne sa parole et finisse par parvenir me retrouver ici. Aiôn, qui parfois me voyait clairement y penser, m'assurait qu'Anéon ne laisserait jamais rien arriver à la princesse. Et j'avais déjà eu un certain aperçu de son caractère et de sa force pour en être un peu soulagée.

Ils finiraient par parvenir jusqu'ici, tôt ou tard. Il me fallait seulement être patiente, et croire en eux.

oOo

La sonette du salon retentit soudainement, me sortant de mes pensées légères. Je retirais la gourde de ma bouche, puis interpellai Aiôn qui s'était assis sur le canapé avoisinant le fauteuil et lisait un article de journal sur une tablette digitale.

  • Va regarder s'il-te-plaît, lui demandai-je en lui désignant du pouce la porte.
  • Pourquoi pas toi ? gromela-t-il sans quitter du regard la page affichée. Je suis un peu occupé.

Il le fait beaucoup en ce moment, constatai-je distraitement en me rappelant les nombreuses fois où je l'avais vu en train de lire les différentes actualités.

Je m'y étais moi-même mise récemment. Beaucoup discutaient, sans étonnement, de la disparition de Soraya, ainsi que des monstres que j'avais combattu qui apparissaient de plus en plus, bien que toujours dans des villes très peuplées principalement, bien que Maurial n'en soit pas victime depuis notre séjour ici, ni la capitale des royaumes de l'Est, fort heureusement. Mais, curieusement, ceux qui les contrôlaient demeuraient silencieux, malgré leur évidente implication dans les disparitions et les morts. Pas une seule fois il a été fait mention des Parjures, ni d'individus suspects.

  • Regarde un peu comment je suis habillée, gros bêta, ripostai-je avec un certain agacement.

Pour mon sport de remis en forme quotidien, je n'étais vêtue que d'un maillot gris foncé qui ne recouvrait que ma poitrine et laissait à l'air libre mon ventre encore brillant, et mon pantalon noir n'allait même pas aux genoux. Je portais, pour ainsi dire, des vêtements très légers.

Aiôn releva dans un soupir ses yeux de la tablette, puis compris tout seul mon indisposition à apparaître ainsi. Il eut un sourire désolé et s'excusa rapidement en se levant et se dirigeant vers la porte, qui sonna encore une fois.

  • J'arrive, prévint-il en franchissant vite les quelques pas qui le séparait de la porte, qu'il ouvrit sans tarder et laissa apercevoir un jeune livreur qui le salua.

Je ne fis pas trop attention à l'échange qu'il y eut entre eux, et commençai à mettre une série de crochets et de directs dans le vide tout en sautillant. J'y allais en gardant le rythme, tâchant de retirer le plus vite mon bras une fois qu'il avait engagé l'attaque, et esquivai une représaille invisible. Du coin de l'œil, je vis Aiôn qui fronçait les sourcils tout en lisant une lettre. Il s'arrêta juste à côté de moi, et son attitude pour le moins singulière me poussa à arrêter mes enchaînements de frappes.

  • Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquis-je en posant mes mains sur mes genoux à cause de mon essouflement.
  • Tu connais une Maria Weiss, par hasard ? me demanda-t-il soudainement.
  • Non, déniai-je avec surprise. Pourquoi ?

Pour toute réponse, Aiôn me tendit la lettre en fibre de feuilles d'acacia, que je m'empressai de prendre. Effectivement, le destinataire répondait au nom de Maria. Interloquée, je lus à mon tour. Et son message, très court, et pourtant limpide à mes yeux, m'éclaira sur la situation.

De la part de Maria Weiss
Pour Rosa Hilgeird

Rosa, retrouve-moi dès que tu le peux devant l'administration de Maurial, pour que nous continuons ensemble. Une fois sur place, regarde à mon cou ce que tu sais pour me rejoindre.

  • Tu en auras mis de temps pour arriver, marmonai-je en esquissant un léger sourire.

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