Les mots de l'âme

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Point de vue de Soraya :

Je ne sais pas vraiment quelle folie me prenait, mais je finis par me laisser entraîner dans une danse légère, bercée dans la lumière que dégageait les corps de hôtes des bois qui tournaient avec encore plus de joie qu'auparavant, apparement ravis que je me joignis à eux dans leur célébration.

Je tournai en écartant les bras, pivotai un pied après l'autre à chaque fois dans un sens différent, comme si j'étais une feuille qui se trouvait entraînée dans les cieux par le vent froid de l'hiver. Je l'étais, et me laissais guider par son souffle.

Cette danse simple, et pourtant relativement difficile à maîtriser par le fait qu'il fallait que les gestes soient les plus fluides possibles, portait bien son nom : " La danse du vent de l'Est". Elle m'avait été enseignée par de grandes danseuses reconnues. Des prêtesses vouant un culte à Aeria, l'Esprit protecteur de l'air. Bien qu'il me fallut de très longues semaines pour assouplir mes muscles, l'apprendre, la mémoriser, puis la reproduire à la perfection, le résultat en valait la peine. Ce sentiment d'appartenir à cet élément aussi apaisant qu'imprévisible, était le meilleur que je connaissais, autant que j'aimais le manier.

Les yeux à demi-fermés, je constatai pourtant que mes partenaires de danse s'accomodaient à mes mouvements, s'enroulant autour de mes membres qu'ils suivaient sans difficulté à chaque changement soudain de direction, s'écartaient harmonieusement lorsque mes bras revenaient à mon corps quand je devais suivre un nouveau sens, puis revenaient au-dessus d'eux au moment où je reprenais à l'instant.

Pour m'ancrer encore plus dans ce sentiment d'appartenance, sans cesser de danser, je formai un lien entre mon Aura et le Mana de l'Air. Je n'eus aucun besoin de trop forcer. Dans ma presque transe, le changement s'opéra aussitôt. Et bientôt, du bout de mes doigts, je modifiai le flux du vent pour faire venir les feuilles qui garnissaient d'un mateau brun-rouge la terre. Plusieurs se trouvèrent balayées par la petite rafale invisible que j'envoyai pour les récolter. Je me mis de nouveau sur un pied et, dans un mouvement gracieux, je relevai haut mes bras et invitai l'air à en faire de même. Le ballet de feuilles s'éleva au-dessus de ma tête, puis se dispersa pour lentement rejoindre le sol. Cependant, ma danse n'était pas fini.

Avec mon pouvoir, j'entrainai derrière moi une nuée de ce feuillage, à la manière d'une très longue voile que certaines mariées se paraient lors de cérémonies, ou des petits oiseaux qui parsemaient le ciel. Ils suivaient le long parcours imaginaire que j'empruntais, soumise au vent qui me dictait où je devais me rendre.

oOo

Combien de temps m'amusai-je ainsi, insouciante du monde extérieur et rayonnante par le feu des Esprits ? Le ciel crépusculaire avait depuis longtemps été remplacé par la cape stellaire de la nuit, et la lune trônait fièrement avec un sourire. Je notai rêveusement que cela devait faire plusieurs heures que je devais être partie. Peut-être que l'on me cherchait ? Sûrement. Je savais que je devrais revenir, mais...

J'avais encore envie de goûter à cette liberté. Un peu plus... Plus aucune entraves pour me dicter quoi faire. Plus de quête pour sauver ce monde. Plus de peur envers un ennemi inconnu. Être seulement moi. Une fille normale.

oOo

Finalement, les feux follets me quittèrent l'un après l'autre pour repartir dans la pénombre tranquille des arbres. Au fur et à mesure qu'ils s'en allèrent, je me sentai revenir à moi. Répondant à la descente de ma légéreté, les feuilles regagnèrent doucement leur dernier foyer pour tapisser de nouveau la terre. Pressentant un ennui, je jetai un regard au-delà de la cime des arbres, et pâli en constatant qu'il faisait nuit noire.

  • Bon sang, grimaçai-je alors que je me retournai soudainement pour repartir de là d'où je venais, priant pour ne pas avoir semé la panique par mon départ.

Et, devant moi je vis assis sur la souche, comme à mon arrivée dans ce lieu digne du légendaire royaume des fées, Anéon. Je me figeai instantanément devant ses yeux bleus qui avaient l'air de briller même dans l'obscurité et me dévisageaient d'un air à la fois rêveur et déçu. Depuis quand était-il ici ? Je ne l'avais même pas remarqué.

  • Tu as déjà terminé ? me demanda-t-il avec un ton désolé. Dommage, j'ai beaucoup apprécié ta danse. Tu es sacrément chanceuse pour t'être amusée avec des Esprits sylvestres. Peu ont eu cet honneur !
  • Tu... Tu m'as regardé ? m'étonnai-je avec un peu de gêne. Et.. quand es-tu arrivé ?
  • Hmmm... Je dirai après manger. Tu n'étais pas là, et les marchands commençaient à se faire du soucis. Encore heureux, je savais où te trouver.

Voilà qui était étrange. Je ne me souvenai pas l'avoir vu au moment où je suis passée devant la caravane où il dormait.

  • Comment ? lui dis-je.

Il sourit simplement avec moquerie à ma question, bien que je crus discerner une sorte d'étincelle dans son regard.

  • Parfois, lorsque l'on souhaite trouver quelque chose, il ne suffit pas que d'utiliser sa simple vue, me répondit-il mystérieusement. Mais je dois avouer que ce n'était pas facile de deviner où tu étais. Enfin, jusqu'au moment où j'ai percuté en te cherchant une roche, qui était alignée à d'autre que je n'ai eu qu'à suivre jusqu'à percevoir ta Présence. Une astuce pour éviter de te perdre, non ?

Je hochais la tête à sa remarque, compatissant un peu pour le choc qu'avait du provoquer sa collision. Pourtant, je ne le voyai pas être inattentif à son environnement ainsi. Ce n'était pas son genre, lui qui avait vécu dans une forêt qui m'effrayait encore.

  • Et de quelle manière as-tu pu rater une élévation aussi haute que mon genoux ? Ça ne te ressemble pas trop de te laisser distraire, l'interrogeai-je, ce qui lui fit ouvrir de larges yeux qui muèrent vers une couleur que je ne parvins pas à identifier clairement.

Visiblement, il ne s'attendait à ça, avec l'air gêné qu'il prit. Et puis, je me pincerai, mais je jurerai voir une petite rougeur sur ses joues en dépit de la nuit. Il descendit de sa chaise, un peu mal à l'aise et en regardant de côté.

  • Eh bien... C'est... J'avoue que j'ai eu peur en ne te voyant... pas arriver pour manger, bafouilla-t-il en ébouriffant avec gêne ses cheveux qui s'agitèrent en désordre sous le mouvement nerveux. Et... tu sais... avec ce qui se passe...

Alors c'était parce qu'il avait été inquiet. Je ne pus m'empêcher de le trouver absolumment adorable en le voyant ainsi. Il était souvent si sûr de lui et maître de ses moyens. Agir cette fois comme l'enfant que son apparence laissait envisager était une nouveauté. Je retins bravement un rire, jugeant que cela le vexerait. Alors, pendant qu'il se confondait toujours en expliquant avec des mots de plus en plus indistincts, et un visage qui virait lentement à celle d'une tomate bien mûre, je me penchai devant son visage et lui embrassai doucement la joue gauche.

Il se figea net à mon initiative, et ses mots restèrent bloquer dans sa gorge. Je me reculai pour lui faire face et, cette fois, je ne pus me retenir de glousser avec la tête spectaculaire qu'il me présenta.

  • Oh, allons, le taquinai-je avec un clin d'œil amusé. Ne me dis pas que tu n'apprécies pas ta récompense ?
  • Que... Que... récom... ? bégaya-t-il, son esprit totalement hors de lui et dans l'incapacité même de formuler une phrase cohérente.
  • Oui, idiot, riai-je gaiement en me penchant de nouveau sur lui et me jouant de ses yeux écarquillés, fière de mon coup. N'as-tu jamais lu des histoires où la princesse offre à son sauveur un baiser de remerciement pour l'avoir sauvé d'un terrible danger ? Ce que tu as fait en partant me chercher au royaume spirituel, au péril même de ta vie. Or, je ne me souviens pas t'avoir offert ton dû. Ah, et autre chose...

De nouveau, je déposai un second baiser sur son autre joue, et je crus que mon action allait l'achever pour de bon en constatant qu'il avait d'un seul coup abandonner le rouge pour un teint blême. Une partie de moi appréciait le voir ainsi démuni. Une autre cependant, bien plus présente, souhaitait réellement le remercier pour son amitié et sa dévotion.

  • Celui-là, chuchotai-je en le regardant droit dans ses yeux, que maintenant j'identifiai à un beau mauve, c'est pour avoir toujours été à mes côtés, et encore aujourd'hui. Tu es une personne incroyable Anéon. Je tenais à te le faire savoir.

À mes mots, je le devançai enfin pour retourner au campement, tout en préparant mentalement des mots d'excuses. Bientôt, j'entendis Anéon me rejoindre par derrière, progressant à mon rythme sans chercher à me devancer. J'ignorai encore ce qui m'avait pris, mais la joie intense que je sentai émaner de lui ne me fit rien regretter. Ni mes paroles, ni mon cadeau.

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