Chaînes noires

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Point de vue d'Anéon :

Yin m'indiquait toujours à suivre le même chemin et m'assurait que nous nous approchions de Soraya. Et ce que je voyai autour de moi me poussait à la croire. À chaque pas que je faisais, je remarquai que les habitations commençaient à s'estomper, leurs couleurs s'enlever, les bruits se taire, les odeurs s'effacer et la chaleur produite par les flammes se dissiper. C'était comme si un peintre avait mis de l'eau sur sa peinture et, en cherchant à essuyer ce gâchis, avait retiré les détails pour ne plus laisser qu'une impression. Et plus je marchais, plus cette impression s'évanouissait dans l'obscurité croissante. Cependant, j'avais aussi la sensation désagréable que l'on m'épiait. Plus aucun monstres n'étaient venus nous affronter Yin et moi après nous être débarrasser du volatile géant, mais je n'étais pas dupe. L'ennemi savait que nous étions ici. Je ne baissais donc en aucun cas ma garde, prêt à toute éventualité.

Tu as raison de te méfier, Anéon, me confirma soudainement Yin, me faisant involontairement sursauter. L'Ombre qui détient Soraya sait que nous venons, et elle a l'air de s'être aussi intéressée à ton sujet. Elle ne fait que t'ouvrir la voie pour te pousser à la négligence.

  • C'est ce qui me semblait aussi. Alors elle est bien ici.

Regarde attentivement en haut, finit-elle par m'avouer, sans que je ne lui demande à nouveau après avoir échouer auparavant. Tu comprendras pourquoi j'en suis aussi sûre. Je te préviendrai s'il y a le moindre problème.

Rassuré de savoir que je ne risquai rien à chercher, et curieux de savoir ce qu'elle me demandait de voir, je levais les yeux dans le ciel emplit de fumée. Je ne remarquai rien qui pourrait me donner le moindre indice sur la position de Soraya, mais je n'étais pas dupe : Yin devait sans doute percevoir quelque chose qui m'était pour le moment invisible. Pourtant, même en plissant les yeux, ou avec ma vision d'Aura, je ne trouvais toujours rien.

  • Comment arrives-tu à voir ? lui demandai-je après plusieurs échecs.

En réalité, tu dois regarder sans vraiment le faire. Comme si tu faisais semblant de ne pas faire attention à un objet, alors qu'il est le centre de tes pensées. C'est une technique utile que tu pourras réutiliser dans le monde physique afin de trouver une chose qui t'est cachée. Fais ainsi : ne te focalise pas sur un point précis, pense à une chaîne noire qui se tend loin, et attend. Quand tu verras, ne cherche pas à mieux voir, sinon elle disparaîtra, m'expliqua-t-elle de manière détaillée. As-tu compris ?

J'hochais la tête, et suivis à la lettre ses indications. Je regardai à nouveau les cieux, l'image de la chaîne en tête, sans vraiment la chercher. Puis j'attendis.

Ce ne fut pas très clair mais, peu à peu, une étrange ligne grisâtre en mouvement capta mon intérêt. Lorsqu'elle menaça de s'évaporer, je fis en sorte de l'ignorer, sans pourtant perdre l'image dans ma tête. Elle se précisa, puis prit la forme d'une chaîne. Cette dernière était incroyablement longue, juste au-dessus de ma tête, et s'étendait là où nous nous dirigions. Là où devait alors être Soraya.

Je sortis de ma contemplation en frottant mes yeux, étrangement irrités par cette nouvelle façon de voir.

  • Alors c'est ça qui te dit d'avancer là-bas. Et depuis le début c'était ça que tu suivais ?

Oui. Une des quinzaines qui traversent les lieux, m'apprit-elle. De plus, si tu usais de cette technique dans l'objectif de trouver Soraya, tu ressentirais un tiraillement qui te pousserait à aller là-bas. Mais il te faudrait plus d'entraînement, car il n'est pas aisé de percevoir mentalement de loin le corps d'un autre Esprit. Moi, en tant que tel depuis des siècles, cela m'est facile.

  • D'accord.

Je repris donc ma marche, cette fois certain que je rejoindrai enfin Soraya.

oOo

Bientôt, il me fallut progresser dans le même vide qui m'avait accueillit au début, ne sentant plus le sol sous mes pieds, car en dessous se tenait un abîme sans fond. La ville avait complétement disparu, ne laissant absolument rien. Même alors que je regardais en arrière par curiosité, je ne voyais plus rien. La seule chose qui ne changeait pas, c'était la chaîne que je continuai à observer de temps en temps, m'entraînant à l'occasion sur ce nouveau regard. Et parce que je m'approchai, je remarquai que d'autres chaînes apparaîssaient à leur tour, toutes se rejoignant en un seul et unique point. Soraya était toute proche.

Calme ton impatience Anéon, m'avertit Yin. Nous ne sommes pas seuls ici.

Je savais, bien sûr. Je me forçai donc d'avancer calmement, bien que tout mon être me hurlait douloureusement de courir jusqu'à la princesse afin de quitter au plus vite ce néant inquiétant. Car oui, une impression glacée s'était glissée en moi et me prévenait d'un danger proche.

Mais au fur et à mesure que j'avançais, il me devenait plus difficile de me retenir. Un moment vint où je perçus une faible lumière à la rencontre du bout des chaînes. Et plus je m'approchais, plus cette lumière s'intensifiait. Je perçus une Présence rassurante et endormie, ainsi qu'une forme que prenait cette lumière. Jusqu'à ce qu'enfin, je la vis.

Les bras relevés au-dessus de sa tête abaissée, ligotés par sept chaînes noires, et ses pieds par sept autres. Le pire était cette chaîne, plongée en plein dans son cœur, où s'échappait une partie de la lumière qui, comme moi, bien que plus vive et intense, la recouvrait. Et cette image me fit mal, en même temps qu'elle me glaça. Comme si je percevai ce qu'elle ressentait. Je plaçai une main contre mon torse, sentant presque une intense brûlure là où plongeait la chaîne.

L'étrangère ne lui ressemblait pas. Une femme, d'apparence plus vieille que Soraya. Ses cheveux étaient blonds, mais coupés courts. Son vêtement, une robe bleuté en partie déchiré, n'était pas la tenue d'archer de l'adolescente. Pourtant, c'était elle. Soraya. Je ressentais sa Présence, partagée avec une autre. Celle de la sphère. Toutes deux cohabitaient dans ce corps. Comment, je l'ignorai, mais savoir qu'elles étaient traversées par une de ces horreurs, et retenues ainsi, me révulsai. Et malgré les protestations de Yin, je me précipitai à la rencontre de mon amie.

  • Soraya ! la secouai-je une fois à sa hauteur en attrapant une de ses épaules. Je t'en prie, réveille-toi ! Allez Soraya, ouvre les yeux ! Je suis venu pour toi !

Je l'agitai avec brutalité, puis finalement, je vis sa tête se relever doucement. Elle me montra ainsi son visage fatiguée, mais aussi un léger sourire avec ses yeux verts qui brillaient de reconnaissance.

  • Que fais-tu là, idiot ? Dans un endroit pareil... je te jure... murmura-t-elle dans un souffle, si bas que je faillis ne pas l'entendre.

En dépit de sa remarque, je ne pus m'empêcher de soupirer de soulagement à la pensée de l'avoir retrouvé.

  • On aura le temps d'en reparler plus tard ! Il faut tout d'abord que je te sorte de là.

Je me dirigeai en premier lieu sur cette chaîne qui l'empalait, puis commençai à tirer dessus. Mon action fit hurler Soraya, et j'arrêtai aussitôt tout en me confondant en excuses.

Anéon, faire ça ou les couper ne sert rien. Nous devons purifier l'Ombre qui la retient ici afin de pouvoir la libérer.

  • Et où est-elle ? la questionnai-je en regardant partout.

Nous étions avec Soraya, alors où se cachait-elle ? L'impression d'être épié ne m'avait pas quitté une seule fois ! Mon regard plongea dans l'infinité obscure, lorsqu'un froid plus important me traversa.

  • Anéon... éloigne-toi vite, me mit en garde Soraya d'un ton bas.

Je pris en compte de son avertissement, et j'entendis derrière moi le bruit caractérisque d'une lame fendant l'air. Lorsque je me retournai, je vis un être encapuchonné au visage marqué de motifs rouge dessinant des crocs qui était juste entre moi et Soraya, me dardant de ses yeux rouges et maintenant dans ses mains griffues une longue faux au manche percé d'une chaîne enroulée autour de l'un de ses bras brumeux.

Cette Ombre a réussi à évoluer en Spectre, grinça Yin qui bourdonna sauvagement dans ma main. Ce sera plus compliqué que prévu.

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