À travers un autre

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Point de vue de Soraya :

Des bribes de souvenirs se glissèrent dans la lumière qui m'avait englouti. Elle remplace la blancheur qui m'entourait, des couleurs s'ajoutaient, assombrissaient, dessinaient des contours, des formes, de la matière. Mes sens revinrent progressivement. Je me senti de nouveau présente dans mon corps. Non... il était différent. J'en habite un autre. Conscience étrangère voyant à travers un autre. Mes sens reviennent... puis les émotions m'assaillent.

oOo

Incompréhension.

J'étais cachée dans ce qui ressemblait à l'intérieur d'une armoire, tremblante et respirant convulsivement sous mes pleurs. On me serrait contre quelque chose, d'on je sentai par mon dos un puissant martèlement furieux comme un tambour. Un souffle chaud et léger frappait régulièrement ma nuque. La crainte transperçait mon cœur. Pourquoi paniquais-je ? Que faisais-je ici ? Tout ce que je voyais était déformé à cause de mes larmes...

oOo

L'armoire fut férocement balancée contre un mur, la brisant presque et m'assomant à moitié par la même occasion. Des grognements et des bruits de pas lourd se firent entendre tout près de moi et s'approchaient peu à peu. Mon rêve. Je me rappelais brusquement mon rêve. C'étaient les mêmes : des cris que jamais je n'avais entendu et qui glaçaient mon sang.

oOo

Tristesse.

Voilà que l'on m'empoignait brutalement mon bras. Une main griffue qui laissa des marques. Je me débattai, griffai avec mes ongles et mordai la peau dure grisâtre et rayé laissant échapper une brume noire et froide. Le monstre humanoïde ne broncha pas et me traîna sur le sol, hors de la maison saccagée. Je voyais, à ma plus grande horreur, des corps sans vie. Un homme tenant tout contre lui une petite fille. Je sens soudainement un grand froid m'envahir. Un gouffre se créa au fond de moi. J'avais... Non. Pas moi. Ne pas se perdre dans les souvenirs. La femme que j'habitais venait de perdre sa famille. C'était sûrement son mari et sa fille. Mon désormais corps se relâcha brusquement, vaincu et brisé.

oOo

Le monstre me jeta avec d'autres personnes. Certaines me parurent incroyablement familière. Je... La personne devait les connaître. Ne pas s'égarer. Je me relevais en titubant, soutenue par une autre femme. Je la regardais, et je vis son visage angoissé ainsi que ses lèvres bouger. Pourtant, je ne l'entendis pas. Mais je me sentis lui répondre. Pourquoi ne pouvais-je pas entendre ? M'interdisait-elle de savoir ce qu'elles s'étaient dit ? Peut-être était-ce personnel.

oOo

Colère.

Je vis apparaître devant nous un groupe de six personnes avec des masques d'animaux, que je reconnus comme des boucs. Ils ne prêtèrent aucune attention à nous, ni aux monstres qui nous maintenaient. Comme si... c'était tout à fait normal. L'évidence me frappa nette : c'était par leur faute que ces monstres étaient ici ! Au moment où je le réalisais, un feu brûlant me prit, et je fendis l'attroupement de gens, un profond sentiment de haine étrangère dirigeant mes pas. Je fus stoppée par un monstre qui me souleva par un bras, me le déboitant presque, alors que je sentis la femme déferler nombres de malédictions et d'imprécations à leur encontre avec de brûlante larmes qui coulèrent à flot. Ou du moins je supposais avec ma bouche s'ouvrant et se fermant, ainsi que ma gorge s'endolorir. Et puis, ce sentiment de vengeance m'étreignait complétement. D'autres mains, cette fois humaine, m'arrachèrent de la prise du monstre et me mirent dans des bras tout en reculant au centre : la femme de tout à l'heure. Quoiqu'elle fit d'autre, la colère en moi s'apaisa et je me laissais... elle se laissa tomber dans la peine et la douleur, pleurant les êtres qu'elle avait perdu.

oOo

Horreur.

Une autre femme arriva, imposant à ses serviteurs démoniaques un lourd silence tandis qu'ils s'agenouillaient. Le groupe s'approcha d'elle, et ils se mirent à échanger quelques paroles. Elle finit par nous regarder et, bien qu'avec son masque, je sentis nos deux sangs se glacer. Une chose mauvaise émanait d'elle. Et puis, j'avais cette étrange familiarité en la regardant... commme si je l'avais déjà vu quelque part. Mais où ? Et quand ? Un monstre s'empara de l'une des femmes qui se mit à hurler, tant que je crus que mes tympans allaient exploser. Devant nous, la femme masquée examina celle qui se tenait tremblante devant elle, puis elle prit de sous sa manche la poignée d'un poignard. Ensuite, elle l'abaissa de haut en bas dans le vide, formant une ligne noire où se déversa une fumée identique à celle que dégageait les corps des monstres et une substance noire. Un être informe fit ensuite son apparition, au même moment que la femme enfonça sa poignée sans lame sur la poitrine de la femme, créant une lame blanche et grise qu'elle offrit à la créature qui finit par ressembler aux autres. À la fin, la femme devenue blanche disparue, ne laissant plus que deux lumières tournoyantes qui disparurent... et me marquèrent d'une sensation horrible de disparition que jamais je n'avais ressentis.

oOo

Désespoir.

Je finis par détourner le regard, me recroquevillant sur moi-même et me fermant du monde extérieure. Je ne supportais plus de voir touts ceux que je connaissais disparaître. Qu'avions-nous fait pour mériter un tel sort ?! Avions-nous offensé les dieux ? Un Esprit s'était décidé à se venger ? Je ne savais pas. Et je voulais que ça s'arrête ! Je voulais sortir de ce cauchemar ! Je vous en prie, si s'en était un, réveillez moi par pitié !

oOo

On finit par m'attraper au bout d'un moment. Sachant ce qui allait m'arriver, je tentai avec par tous les moyens de m'échapper de cet enfer. Rien n'y fit. Je suppliais, hurlais, demandais la pitié. Ils ne prirent en compte aucune de mes paroles. Le monstre qui m'emmenait me mit au sol, et la femme qui allait en finir avec ma vie me regarda à mon tour. Puis, sans plus rien faire, elle plongea la lame invisible dans mon corps.

oOo

Vide.

Le néant m'attrapa. Je ne vis plus rien. Je ne ressentis aucun de mes sens, aucune sensations physiques. Peu à peu, je me sentis arrachée à moi-même. Seules la peur, le désespoir, la colère et le froid restèrent à mes côtés. Un étrange phénomène se produisit en moi. Une chaleur, comme jamais je n'avais ressenti avant, alimenta mes sentiments, m'étouffa alors que je ne respirais même plus. Que m'arrivait-il ? Que... faisais-je ? Qui étais-je ? Je ne... me souvenais plus ? Une chose étrange me faisait mal au fond de moi. On... s'empare de quelque chose. On me détruit une autre. Je... Qu'est ce qui se passe ? Je bouge ? Un nouveau corps... mais pas le mien. Je ne le ressens pas comme s'il était à moi. La vision revint. Rouge... des formes lumineuses teintés de gris... d'autres avec une lumière bien plus faible, mélangée à du noir très intense. C'est vers eux que je viens. Pourquoi faisais-je ça ? Je veux... m'en aller. Aidez-moi... j'ai peur...

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