Fuir et faire face

5 minutes de lecture

Point de vue de Rosa :

Jamais encore je n'avais fui. Quand une personne souhaitait se battre contre moi, je me tenais prête, ne baissais pas le regard et l'attendais de pied ferme. Et pour la première fois... j'avais décidé de ne pas répondre à cette règle qui me semblait si évidente en tant que guerrière de l'ombre. Car il était clair pour moi que ces individus... Non, ces monstres ne jouaient pas dans la même cour que nous. Ils étaient à un tout autre niveau.

Derrière moi, j'entendais les grondements et les rugissements de leurs serviteurs sanguinaires, envoyés à nos trousses. Malgré la peur qui essayait de me pousser à les regarder, je me retins, ne voulant pas perdre ne serait-ce qu'une infime partie de ma vitesse. La moindre parcelle sauverait ma vie. Je risquais pourtant de regarder Rolan, moins rapide que moi, et qui s'essouflait plus vite. J'avais déjà beaucoup d'avance sur lui. Un croassement aigu et discordant m'avertit de la présence de leur oiseau de chasse au-dessus de nos têtes... suivit du cri de terreur de Rolan avec la créature qui plongeait sur lui.

Je m'arrêtai brutalement, me tournais, pris mon élan et fonçais droit sur le volatile démoniaque qui l'avait déjà aggripé d'une patte en enfonçant ses serres dans sa tenue et l'emmenait avec lui dans les airs. Je sautais sur eux, et tranchais le bras du monstre qui siffla de douleur. Rolan tomba dans un râle sur le sol, mais indemne. Je lui attrapais le bras, et le poussai à continuer. Hélas, notre accrochage nous avait fait perdre du terrain sur nos poursuivants. Très vite, je dus riposter contre l'un des basiques qui sautait sur nous. Un autre le suivit pour me prendre sur ma droite. Un troisième atterissant juste devant moi...

Avec Rolan, je ne pouvais guère espérer pouvoir assurer nos arrières. Je m'essouflai déjà, et l'entrée de la ville était encore à plusieurs pâtées de maisons de là. Je pris alors une décision rapide, et m'arrêtai de courir, voulant mettre toutes les chances de notre côté pour rapporter ce qui a été dit et menaçai les monstres de mon arme :

  • Rolan, continue sans moi.
  • Tu racontes quoi Rosa ?! hurla-t-il en se stoppant à son tour. Dis pas n'importe quoi et ammène toi !
  • Tais-toi et écoute idiot ! ripostais-je en ne quittant pas les monstres du regard qui avaient cessé de nous poursuivre, comprenant sans doute ce qui se passait à en juger par leurs grimaces imitant un sourire. Je vais les retenir le plus possible. Va trouver les montures, elles sont sous un cerisier, près d'un cours d'eau. Tu peux pas les louper.
  • Rosa, non, je peux t'ai...
  • Non, il faut au moins que l'un d'entre nous rapporte ce qui a été dit ! De nous deux, je suis celle qui a le plus de chance de tenir longtemps. Juste le temps pour que tu t'en ailles.
  • Et la princesse ?
  • Elle est entre de bonnes mains. Et puis...

Laissant en suspent ma phrase, je jetai de côté mon glaive, et invoquai ma véritable arme. Lorsque j'avais rejoint la garde royale pour protéger Soraya, elle m'avait été léguée par notre chef. Le bien transmis de génération en génération à tous ceux choisi par ses soins : un katana à la lame de cristal rouge à un tranchant, offert par Ombouros lui-même selon la légende au premier chef de notre peuple. Le Pourfendeur de Titans*.

Capable de couper n'importe quoi, même l'armure d'écailles d'un dragon. Il offrait sa puissance à celui qui le possédait. Je le gardai toujours précieusement caché dans une dimension de poche spéciale qui accompagnait partout son porteur. Et surtout, une fois dans ma main, je sentis mes forces se décupler, mes sens s'affuter et mon esprit s'aiguiser. Aucune peur ne me vint alors qu'une centaine de monstres se tenaient devant moi, prêts à me conduire à ceux dont ils étaient contraints de servir. La force et la volonté de notre protecteur furent miennes, et je les accueillis à bras ouvert.

  • ... je n'ai pas l'intention de mourir si facilement. Encore moins de laisser de pauvres gens comme ça.

Lorsque je passai à l'attaque, déclenchant la réaction de tous mes adversaires qui se ruèrent comme un seul sur moi, le temps ralentit considérablement. Un par un, sans que rien ne me gêne, je balançai sur eux Le Pourfendeur à une vitesse impossible à suivre pour une personne ordinaire. Une fois de l'autre côté, je restai sur place, tandis que tous les monstres s'effondrèrent simultanément, terrassés, et disparurent sans rien laisser d'autre que leurs sphères. Je fendis le katana de côté, dans le but d'ôter le sang de lui, puis regardai Rolan qui n'avait pas bougé d'un poil.

  • Prend une ou deux sphères comme preuves. Je m'occupe de les retenir ici.
  • Mais... Mais tu t'es déjà...
  • Pas eux. Eux, pointais-je du doigt le groupe mené par la femme au masque de dragon qui arrivait à leur tour.

Cette dernière leur fit signe de rester sur place, et avança de quelques pas, poignard à la main. Je me mis en garde, prête à en découdre même si je savais que je n'avais aucune chance dans un combat direct. Je fixai une dernière fois Rolan avec toute l'intensité que je pus mettre dans mon regard :

Ne discute pas.

Comprenant mon message Il hocha la tête, attrapa à la hâte deux sphères et me dit ces derniers mots :

  • Fais en sorte de t'en sortir Rosa !

Puis il partit. Me laissant seule face à ces personnes. Maintenant, le but était de parvenir à tenir suffisament de temps pour permettre à Rolan de sortir de la ville, en espérant que rien ne vienne entraver sa route. Il me fallait donc tenir au moins sept minutes. Alors, dès le début, autant en gagner un maximum.

  • Qui êtes-vous ? demandais-je à la femme.

Celle-ci fit un petit sourire, tout en abaissant son bras.

  • Crois-tu que je ne devine pas pourquoi tu me demandes ça ? Enfin, bien que cela ne serve pas à grand-chose. Je vais terminer les présentations. Tu connais déjà Baptiste et Lysa, les désigna-t-elle d'un geste de la main, puis alterna vers la dernière inconnue. Ici, nous avons Sylvia. Il y en a encore d'autres, mais au moins contente toi de connaître leurs noms.
  • Et vous ?
  • Oh ! Suis-je bête. Mon nom est Némésis, s'inclina-t-elle avec élégance. Prêtresse et créatrice de notre clan : les Éclaireurs.

J'écoutais avec attention chacune de ses paroles, même si je savais parfaitement pourquoi elle me racontait tout ça : pour me faire signifier qu'ils ne me laisseront pas partir aisément après en avoir su autant à leur sujet.


*Titans : créatures antiques qui auraient existé lors de la création de Lyrhune et auraient péri lors d'un grand cataclysme.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 12 versions.

Recommandations

Ange S SecretGarden
Comme tout le monde, j'ai ma propre vision, définition de ce monde qu'est la soumission/domination.

Aujourd'hui, j'ai décidé de vous faire entrer dans mon monde durant une journée entière, afin de vous faire découvrir qui je suis et la vie que je mène.

Je me présente, Taryn, une jeune femme soumise aux désirs sadiques soient-ils de Son Maitre.

Je vous souhaite la bienvenue dans mon univers.
71
87
77
40
Johane
La planète nous explique ce qu'elle ressent face aux actions de l'humanité.
3
1
0
1
Défi
Aloysius May


1 : Le big-bang


L’univers est en perpétuelle expansion. Les galaxies s’éloignent les unes des autres, repoussant toujours plus loin les limites de l’univers. Le temps est linéaire : il est né avec la matière et il semble qu’il ne s’arrêtera jamais. Du moins c’est ce que tout le monde croit sans s’en apercevoir.
Jean-Daniel en tout cas s’en soucie peu : le big-bang, la naissance et l’expansion de l’univers tout ça ne le regarde pas. Tout juste est-ce bon pour les scientifiques et quelques illuminés fans de métaphysique ou de science-fiction.
Il se prépare comme à son habitude pour aller au travail. Il déguste une tartine qu’il plonge dans son café, et il pense à la journée qui l’attend. Aujourd’hui, décide-t-il, il ira à pied. Cela le changera. Il fait beau, il faut en profiter. Il enfile donc sa plus belle chemise puis le pantalon qu’il a repassé la veille, et il sort de chez lui. Sur la route qui le mène à son travail, il rencontre une jeune femme. Il la trouve belle, hésite à lui parler, mais y renonce finalement par timidité, et poursuit son chemin.
Il aide ensuite une vieille dame à traverser la rue. Il éprouve soudain une impression de déjà-vu qu’il ne peut expliquer. Mais alors qu’il est presque arrivé deux choses qu’il n’avait pas prévues se produisent.
Tandis qu’il traverse avec légèreté, la première chose est cette voiture qui perd le contrôle et qui va le percuter, lorsque le second événement se produit : l’univers a terminé son expansion. Le big-bang a pris fin, laissant sa place big- crunch. L’univers se rétracte, et le temps avec lui cesse d’aller de l’avant pour revenir sur ses pas, de ce moment charnière où Jean Daniel allait se faire écraser jusqu’aux origines des temps…


2 : Le big-crunch
Daniel-Jean voit une voiture qui s’éloigne de lui. Il marche à reculons, il veut s’étonner de ce nouveau paradigme temporel mais il n’a pas le temps d’y penser. Il aide la vieille dame à reculer sur le passage clouté. À peine se dit-il, dans un instant de fulgurance, que cette impression de déjà-vu était due à ce mouvement de l’univers, que déjà il a honte de sa timidité. Puis il revoit cette femme dont il sait pertinemment qu’il ne lui adressera pas la parole, et continue de marcher à reculons jusqu’à chez lui. Il enlève d’abord son pantalon puis sa chemise. Le café disparaît devant lui, et de plein qu’il était dans la cafetière il se vide. Il prépare ensuite le café toujours à l’envers puis va se coucher. Sa vie va continuer à défiler de cette manière jusqu’au jour de sa naissance, tandis que l’univers se rétracte inéluctablement jusqu’au moment de son apparition.
3
5
2
2

Vous aimez lire Dragon Fire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0