Les cris de la mort

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Point de vue de Rosa :

Habilement, je tranchais avec mon glaive de la clavicule jusqu'au thorax la monstrueuse créature qui s'apprêtait à abattre ses longues griffes noires sur moi. Elle émit des gargouillis en perdant en effusion son sang noire tout en s'effondrant en arrière, ses yeux de feu fixant le vide, avant de disparaître comme toutes les autres en laissant quand elles trépassaient une sphère lumineuse, mais pour elle jaunâtre. Chancelante, je me retins contre l'une des poutres du dehors de notre base tombée aux pattes des monstres dont je percevais encore les hurlements terrifiants qui se laissaient parfois dominer par ceux terrorisés de leurs proies : nous.

Partant de plus de deux cents soldats, je n'en voyais à l'extérieur plus qu'une dizaine, dont certains avec de profondes lacérations et couvert de leur sang ainsi que de leurs ennemis. Tous étaient hagards, comme moi ne parvenant pas à comprendre ce qui nous arrivait, ni pourquoi. J'ignorais combien il en restait à l'intérieur de la base, mais je devinais que beauoup avaient également péri ou agonisaient. Avec une froide incompréhension, mon choc m'empêchant d'éprouver une quelconque émotion, je fixais la cour jonchée des cadavres des soldats, massacrés par les calamités qui nous attaquaient. Parmi eux, deux des corps de mes compagnons et amis gisaient au sol, tombés en se battant vaillament jusqu'au bout, emportant avant leur mort un bon nombre de créatures.

Le plus proche du nom de Gyrone avait été transpercé à la poitrine par l'action vicieuse de l'un des monstres qu'il s'apprêtait à achever qui fit jaillir de son poignet une longue épine rouge sang, dont le bout brisé était toujours retenu en travers du corps du défunt.

Dylan, même mortellement blessé au ventre à cause d'un monstre qui l'avait poignardé avec ses griffes, le perforant d'un bout à l'autre. Malgré la perte importante de son sang, il avait eu le temps d'en tuer trois autres à une vitesse incroyable avant de finalement tomber, comprenant celle qui l'avait condamné.

Quand à Razar... il avait été emmené plus loin par quatre monstres qui l'avaient harcelé. J'avais tout fait pour le rejoindre mais, alors que je décapitais un nouveau monstre qui s'était manifesté juste devant moi, sortant de l'ombre, j'avais entendu son cri emplit de terreur, emporté brutalement dans un tournoiement de flammes noires qui fit disparaître ses assaillants. Dont lui.

Au-delà de l'enceinte des murs, je pouvais distinguer grâce à l'obscurité malsaine qui s'était soudainement installée en pleine journée la couleur reconnaissable des flammes consummant les maisons qui illuminaient une grande quantité de fumée et faisait plonger sur nous un vent brûlant et suffocant. Je savais parfaitement que dans la ville le même carnage était en train de se faire. Et une fois que je réalisais ça, un intense froid me glaça et me fit regarder le sol, tremblante de tout mon corps.

  • Comment est-ce possible ? m'affolais-je, éprouvant pour la première fois depuis mon arrivée une effroyable épouvante me saisir.

Tout était arrivé si brutalement.

oOo

Nous étions arrivés à l'aube à la base de la ville de Garhn, à environ deux jours de cheval de l'endroit où nous avions laissé Soraya, Anéon et Titania. J'étais partie relativement inquiète, mais je savais qu'Anéon ne laisserait rien arriver à Soraya pour l'avoir vu de mes propres yeux. Après avoir décliné notre identité, j'étais entrée dans la base pour m'occuper de la libération de Rolan, enfermé dans les cellules. J'étais alors dans le bureau principale pour en parler avec le chef de la garde de la ville, mais cela ne s'était pas passé sans encombre.

Je savais que l'histoire de Soraya était bien difficile à croire. Peu seront suceptible d'approuver son voyage sous prétexte qu'une possible fin du monde allait se produire, et que Lyrhana elle-même l'y aurait poussé. Le chef avait refusé ma demande avec colère après que je lui ais fait un brève récit, me blâmant d'avoir laissé aux mains d'un inconnu, en plus enfant, la princesse héritière. Il avait quitté la pièce en m'assurant d'écrire au roi de mon incompétence en tant que garde du corps royal et de ma défection inacceptable de mon poste sur la protection de sa fille.

Je l'avais laissé dire, me retenant pour ne pas lui refaire intégralement la face. Je m'étais donc résolue à attendre la réponse du roi, espérant que lui aurait la sagesse de comprendre les raisons de Soraya à se rendre à Yggdrasil et de respecter ses choix.

Toute la matinée je m'étais attardée dans les couloirs, agacée par le contre-temps, en me demandant quoi faire d'autre. Il me fallait retrouver Soraya au plus vite, sans compter que je craignais qu'elle ne me fasse faux bond en dépit de ma menace, mais abandonner Rolan alors que c'était moi qui l'avait mis dans cette situation me déplasait fortement. J'en étais même résolue à le faire s'évader si le temps d'attente de la réponse était trop long ou si elle se révélait négative. Pendant que je pensais, je subissais les railleries des gardes qui passaient. Les rumeurs s'étaient très vite propagées, et ils se mettaient à chuchoter ouvertement une fois à ma hauteur en me glissant des regards moqueurs. Enfin, cela avait pris fin lorsqu'une femme plus vieille que moi à l'air méprisant, beaucoup plus idiote que les autres, m'avait pointé du doigt en me rabaissant sur le fait que je faisais honte à tous les autres soldats qui servaient le royaume. Son attitude changea vite alors qu'elle n'avait pas tardé à se retrouver au sol, moi sur son dos et lui tordant avec fureur le bras sous ses insultes et ses plaintes, avec pour spectateurs un petit attroupement qui s'amusait de notre attitude.

J'étais encore à me demander si j'allais lui briser le bras ou non lorsque des cris m'avaient alerté, relâchant ma victime qui s'était enfuie en tenant son bras. Je m'étais précipitée dehors, et je vis l'enfer des Limbes*. Le ciel, alors que le soleil était à son zénith et dépourvu de nuage, était plongé dans une nuit sans étoiles, alors que l'astre lumineux se manifestait sous une lumière rouge cramoisie et entouré d'étranges éclats d'une couleur identique, mais plus faible. D'autres que moi sortirent, dont mes camarades de voyage. Nous avions tous contemplé longtemps cette anomalie, nous questionnant entre nous sur son origine jusqu'à ce qu'un autre phénomène attira mon attention. Car surgissante de l'ombre d'un mur, comme un bruit de cassure, une patte griffue empoigna la tête d'un soldat proche d'elle et la broya dans un craquement humide avant de le relâcher. Nous nous étions tous figés en la voyant sortir entièrement de l'ouverture qu'elle créa.

Elle était recouverte de grosses écailles gris-noir sur ses bras et ses épaule et d'une peau rougeâtre, arborant une tête cornue marquée de lignes noires fumantes, comme partout sur son corps, et d'un énorme sourire carnassier. Elle possédait une musculature incroyable et armée de griffes noires dont gouttait de celles qui avaient perforé et écrasé la tête du pauvre homme du sang frais, longues comme les mains d'un homme adulte. Une fois sortie, elle atterit lourdement sur ses deux pattes arrières, nous dominant de deux mètres. Elle écrasa en s'avançant d'un pas le cadavre de sa proie et observa de son regard enflammé, sous de constant grondements bas et une forte respiration de son muffle. Alors que le choc de son apparition faisait encore effet, elle releva soudainement la tête et poussa un long mugissement puissant et insupportable, comme si l'on raclait un objet métallique, nous faisant plaquer nos mains sur nos oreilles.

Lorsqu'elle s'arrêta, la bête se jeta dans un saut incroyable sur sa prochaine cible : moi. Heureusement, j'avais repris mes esprits et esquivais son attaque, la faisant atterir entre plusieurs hommes qui la transpercèrent de part en part. C'est à ce moment-là que d'autres hurlements d'agonie se manifestèrent, car par son appel funèbre, le monstre avait attiré d'autres des siens. Ils n'étaient pas tous identiques et possédaient parfois de grosses différences physiques qui les rendait plus ou moins bestiaux, mais leur but fut le même durant notre affrontement : faire couler le sang.

oOo

Un bruit de déchirure m'avertit de l'apparition d'une nouvelle créature. Ramenant mon glaive, je me précipitais sur elle en profitant qu'elle soit encore prise par l'ouverture pour lui trancher la tête. Je me rendis vite compte que d'autres risquaient d'arriver. Alors que je m'apprêtais à fuir en partant à l'étable prendre des montures pour les autres survivants et moi en espérant qu'elles soient encore vivantes et que les monstres n'aient pas jeté leur dévolu sur elles, le souvenir du fait de ma présence initiale à la base me fit me figer. Rolan était toujours prisonnier ici. Cependant, partir à sa recherche pouvait me coûter la vie. Sans compter que j'étais blessée. Je regardais sans me décider les deux options qui s'offraient à moi, sans parvenir à savoir laquelle serait la meilleure : me risquer de partir le chercher, sans savoir s'il serait en vie, ou y aller quand même et affronter ces mêmes monstres ? J'avais peur, mais est-ce que cela suffisait pour que je l'abandonne ? Deux choix tout aussi mauvais selon moi, et je ne pouvais en choisir qu'un.

*Limbes : lieux où les créatures démoniaques et du crépuscule seraient enfermées

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