Auscultation mouvementée

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Point de vue d'Anéon :

Je frottais mes yeux, encore un peu désorienté par la brume noire qui m'empêchait de voir clairement les contours de l'homme assis devant moi. Ils étaient douloureux, comme si mon sang tambourinait à l'intérieur. Une sensation assez désagréable, sans ajouter que mes oreilles récupéraient d'un horrible acouphène. Mais il me semblait sans cesse entendre encore un sifflet aigu.

Quatre jours ont passé depuis que j'avais rejoins la troupe de marchands après l'avoir sauvé des trolls. Sitôt que j'avais subit mon effondrement suite à l'effort de Mana que j'avais fourni, ils m'avaient soigné et proposé de rester avec eux le temps que je m'en remette. J'avais tout de suite accepté et je leur avais demandé en même temps de prendre soin de Soraya. Cette dernière était sous les soins d'une herboriste qui essayait de la sortir de son sommeil en la faisant inhaler toutes sortes d'encens. J'ignorai si cela marchera réellement, mais j'avais assez confiance en eux pour les laisser faire sans discuter.

  • M'entends-tu mieux qu'hier Anéon ? m'ausculta d'une voix lointaine pour mon audition l'homme d'âge moyen à l'allure de bon grand-père au style montagnard qui prenait soin de moi depuis que je voyageais avec eux.
  • Oui, un peu mieux, affirmais-je en portant instinctivement l'une de mes mains pour essayer de les déboucher. Je n'ai plus mal et ce n'est que comme un sifflement très aigu maintenant.

Le soigneur, du nom de Kristof, m'en empêcha en l'attrapant fermement avec un fort soufflement, puis il palpa mes côtes enroulées dans des bandages retenant un baume apaisant et laissées à l'air libre. Je sifflai un peu à cause du contact encore sensible quand le soigneur forçait, mais je ne ripostais pas. Après sa vérification, Kristof nota ce qu'il observait avec une baguette terminée par un morceau de fer doré pointu. Il s'éloigna pour fouiller ensuite dans la première rangée à gauche d'un meuble d'une série de tiroirs en quatre étages. Il en récupéra un cylindre argenté gros comme mon pouce et long comme une main adulte, terminé par un petit bouchon plus volumineux en chapiteau et finit par une bille de verre.

L'homme s'approcha de la petite table à côté de mon lit et frappa le bout de l'objet contre le bois. Malgré ma faible vision, je pouvais clairement voir qu'il commençait à émettre une vive lumière. Après avoir fait tourner ce qui lui servait de bouchon, faisant varier sa luminosité, il l'approcha de mes yeux et le passa de l'un à l'autre. Kristof émit des petits grognements pensifs en les regardant, se leva pour ranger son instrument des plus intriguants et poursuivit ses notes.

  • Qu'est ce que c'était ? voulus-je savoir.
  • Un cristoptique. Il émet une lumière grâce à un cristal qui réagit aux vibrations que l'on provoque en le frappant contre un objet. Ce qu'il y a au bout me permet d'en régler l'intensité.

J'acquiesçais silencieusement, ne m'intéressant plus qu'aux mouvements de la caravane qui me détendirent. La fatigue que j'éprouvais encore revint à moi et, irrésistiblement, me fit basculer dans un état de somnolence. Je baissais alors de temps en temps la tête, sous le regard attentif du soigneur qui me réveillait quand je m'absentais un peu trop.

Je ressentais également la sensation diffuse d'une multitude de picotements au dos, sans que je n'y prenne trop garde. L'effet de ma blessure me revenait, mais beaucoup moins violemment que par le passé. Les inhibiteurs avaient l'air de m'en préserver. Comment, je n'en savais rien. Je ne cherchais pas non plus à comprendre. Tant que je n'avais plus mal, je n'y pensais pas.

Cela n'avait pas l'air d'être le cas de Kristof. J'avais vaguement conscience de sa proximité alors que je m'étais presque assoupis.

Un éclair de brûlure me transperça soudainement le dos. Je revenais totalement à moi dans un cri, effrayé. Je trébuchais hors de mon lit aussi vite que je le pus et me mis dos à l'étagère, renversant au passage la table de chevet et le tabouret où s'était tenu le soigneur. En garde, et même si je savais que je ne devais pas faire ça, je réactivais mes pouvoirs et invoquais dans ma main une sphère, ne raisonnant plus clairement, prêt à l'envoyer à celui qui m'avait fait du mal.

  • Holà, holà ! On se calme ! parla alors avec anxiété Kristof en levant les mains, dont il me fallut quelques secondes pour reconnaître la voix.

Je calmais au mieux mon esprit embrumé, et renvoyais en moi la sphère d'énergie. Je revins pitoyablement à mon lit, m'asseyant lourdement.

  • Pardon, m'excusais-je.

Quel idiot je peux être. Cette femme ne peut pas être là.

  • Ce n'est rien. Ton corps à encore du mal à s'en remettre.

Il n'empêche qu'avec ma crise passagère, j'avais fait un sacré désordre. Je proposais pour faire amende honorable de ranger tout ça, mais le soigneur m'en empêcha en m'ordonnant de rester là où j'étais. Il n'avait pas l'air de me tenir rigueur pour ce que j'avais fait. Un peu rassuré, j'attendis qu'il eut fini. Heureusement, il n'y avait pas grand chose, à part un encrier, ce qui lui permettait d'écrire et ses notes. C'était surtout le premier qui avait fait du désordre en renversant son contenu sur le plancher et, quand j'en fis la remarque, Kristof ne se contenta que de hocher les épaules et de m'apprendre que cette encre était spécialement conçue pour ne pas tacher. Après qu'il eu finit, il remit en place le tabouret et me fit face.

  • Ta vue est encore brouillée, mais je crois que d'ici deux jours tu pourras la recouvrir complétement. Comparé au premier jour, ton acouphène s'est nettement calmé. D'ici cette nuit, tu n'entendras plus le sifflement. Quant à tes côtes, elles se ressoudent très vite. Le Mana que tu as dans ton corps y aide pour beaucoup, ce qui augmente davantage ta fatigue. Je te donne cinq jours pour te rétablir complétement. Tu auras encore un peu mal après, mais avec mon baume et ta capacité de guérison, ce sera vite passé.
  • Merci Kristof. Et encore désolé.
  • C'est rien je te dis. J'aimerais par contre que tu me parles de cette blessure au dos. Elle a l'air plutôt récente au premier abord, mais après des années à étudier les différents maux, je peux dire qu'elle est beaucoup plus ancienne que ça.

Je mordillais nerveusement ma lèvre, ne souhaitant pas aborder le sujet. Il décida alors de préciser, ne laissant clairement pas tomber. Il posa son visage mangé par sa barbe sur ses mains croisées, et me regarda avec beaucoup de gravité.

  • Le bas, qui suit la blessure, est cicatrisé. Tu as très mal quand on y touche. Que ressens-tu ?
  • Kristof, écoute, je ne veux pas...
  • C'est ton choix Anéon. Mais ta blessure parle déjà. Elle a été faite par un coup de lame, et quand je l'ai touchée, elle s'est mise à chauffer. La blessure est loin d'être normale.

Je restais silencieux, à la fois fasciné par sa déduction et souhaitant qu'il abandonne le sujet. Continuant néanmoins sur sa lancée, il poursuivit :

  • T'a-t-on déjà fait du mal ?
  • Tu veux savoir ? craquais-je avec agacement, comprenant qu'il ne lâchera pas et désireux de me reposer au plus vite. Oui. Il y a longtemps. Environ cinq ans si je me souviens bien.
  • Et qui t'a fait ça ? Avec quoi ?
  • Une femme, lâchais-je sombrement en m'allongeant et en lui tournant le dos, sans vouloir trop en dire. Avec un fouet se terminant par une pointe de fer tranchante. Elle m'a fait cette blessure, et elle ne s'est jamais guérie. Satisfait ?

Je n'entendis pas Kristof me faire de remarque sur ce que je venais de dire, ni sur mon attitude rebelle envers lui. Je ne perçus que sa démarche et le rangement de ses affaires, alors je décidais de me rendormir. Notre petite discussion m'avait fait ressortir dans mes pensées la femme au fouet et, ne parvenant pas à la chasser, vint même hanter mes rêves chaotiques, fragmentés par les ombres d'un passé que je voudrais plus que tout changer.

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