Caravanes

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Point de vue d'Anéon :

Délicatement, j'allongeais Soraya par terre couverte par ma veste, fatigué de l'avoir transporté sur mon dos pendant une demi journée. Réfléchissant à la situation, je fis rouler mes épaules stigmatisées l'une après l'autre, ne sachant pas quoi faire.

oOo

Depuis hier soir, la princesse avait sombré dans l'inconscience, sans se réveiller une seule fois. Le matin, malgré tous mes efforts pour essayer de la sortir de cet état, la secouant, l'appelant, lui offrant de mon énergie, rien avait changé. Mes herbes et mes baies médicinales ne me servaient également à rien. La tentative de Titania d'essayer télépathiquement de lui parler s'était aussi soldée par un échec. Aucun de nous ne savait pourquoi elle se trouvait toujours dans cet sorte de coma, si ce n'est que la sphère devait sûrement y être pour quelque chose. Ne pouvant rien faire pour l'aider par nous-même, nous avions tous les deux décidés de poursuivre notre route pour Maurial, espérant trouver en cours de route des habitations ou d'autres voyageurs. Prenant par le nord-est, la direction initiale qu'avait prise Soraya, avec Titania comme guide depuis les airs pour ne pas nous écarter et aggripant l'adolescente endormie, je continuais à avancer, toujours à l'affut du moindre signe d'amélioration ou de dégradation.

oOo

  • Titania, sais-tu à combien de jours se trouve Maurial ? demandais-je à la fée alors que je fouillais dans notre sac de provisions pour manger et boire un peu, remarquant qu'elles commençaient à baisser.
  • Je l'ignore, se désola-t-elle en prenant sans enthousiasme la baie que je lui tendis, contemplant toujours Soraya.
  • Et des habitations ? Ou des passants ? insistais-je, mais elle secoua la tête.
  • Quand je volais, même en allant haut, je ne voyais rien.

J'expirais fortement, agacé par mon impuissance. L'état de Soraya me préoccupait à chaque instant, sentant qu'une chose grave s'était passée pendant qu'elle ressentait les émotions de la sphère. Je jetai un mauvais regard à mon baluchon, où j'avais enroulé dans du tissu l'objet à l'origine de notre problème. J'avais été tant démuni en voyant à quel point Soraya était bouleversée. Elle qui s'efforçait de nous paraître si forte et si sûre d'elle. Cela m'avait déchiré de la voir dans une telle terreur et un tel chagrin ! De colère, j'ouvris mon sac et sortis à la hâte la sphère, me relevais et me préparais pour la jeter au loin.

  • Anéon stop !!! m'interrompit Titania qui s'aggripa à mon poing, m'empêchant d'accomplir l'acte.
  • Lâche moi que je m'en débarrasse !!! Je n'aurais jamais du la récupérer !!! rageais-je en essayant de la chasser.
  • Non, réfléchis ! On va en avoir besoin pour savoir pourquoi Soraya est comme ça !
  • Pas besoin de la garder pour ça ! C'est à cause de ce truc qu'elle n'ouvre pas les yeux !
  • Il faut la garder Anéon ! persista-t-elle en me fixant avec détermination. Écoute, tu t'en veux, je ne l'ignore pas. Mais imagine un peu que tu la jettes, et que quelqu'un d'autre la prend avec lui, n'importe qui ! Il pourrait très bien lui arriver la même chose !

Ses mots me firent hésiter et réfléchir. Elle avait raison, je ne pouvais pas courir ce risque. Je baissais la main, comprenant que je n'avais pas d'autre choix que d'accepter de la garder avec nous. Je fixais le sol, abattu, me sentant tellement coupable de ce qui s'était passé. Titania s'envola, se posa sur mon épaule et passa sa petite main dans mes cheveux.

  • Ne t'en fais pas. Soraya sera bientôt de retour parmi nous. Ce n'est pas ça qui risque de venir à bout d'elle. La preuve est qu'elle te supporte aussi bien que moi sans devenir à moitié folle !

J'eu un petit rire à sa blague, me sentant un peu mieux qu'il y a quelques secondes.

  • Je crois que je dois te dire merci. Enfin, je pense.

Gaiement, Titania me tira la langue et s'envola en tournant sur elle-même. De mon côté, je m'assied à côté de Soraya, surveillant sa respiration et son visage apaisé.

  • S'il vous plaît, faites qu'elle nous revienne vite, souhaitais-je aux dieux pouvant être à l'écoute.

oOo

Le lendemain, vers la fin d'après-midi, au moment où le soleil se couchait, comme porté par le vent, je filais à travers la lande, prenant garde à ne pas glisser ou trébucher avec Soraya toujours sur moi. C'était risqué avec elle sur mon dos, mais il y avait une raison qui me poussait à aller aussi vite. Titania, toujours en observation, était arrivée à moi à folle allure, m'avertissant avoir repéré un groupe de personne un peu plus loin devant nous.

  • Tu es sûre qu'ils sont par là Titania ? Je ne ressens toujours pas leurs Présences ! redemandais-je à la fée qui me pressait depuis quelques minutes à accélérer.
  • Certaine. Normalement, tu devrais les voir d'ici une dizaine de minute. Mais...
  • Quoi donc ?
  • Leurs Présences sont comme masquées depuis un moment. Par d'autre plus importantes. Sûrement des ogres ou des trolls.

Je freinais brusquement, tout de suite sur mes gardes. En faisant attention à toujours garder une prise ferme sur elle, je libérais mon bras droit de Soraya, attrapais Vesingrí et la libérais de son fourreau.

  • Combien ?
  • Difficile à dire. Si je me fie à mon sens, peut-être six ou sept.
  • Super..., grommelais-je en reprenant la progression jusqu'à eux.

Comme l'avais prédit Titania, je pus apercevoir le groupe de personne, au moins une trentaine, devant huit caravanes. Et avec eux : sept trolls pâle à la carrure imposante et à l'impressionante pilositée rousse à leurs bras, leurs jambes et leurs sourcils. Leur tête était figée dans une mimique mauvaise, avec un nez d'aigle, un menton proéminent et des cheveux liés en une épaisse natte qui touchait presque leurs pieds nus. Les êtres humanoïdes d'au moins quatre mètre de haut étaient vêtus d'un pantalon en fourrure d'où pendaient deux poignard effilés en fer ou en os et étaient armées de longues lances faites à partir de tronc d'arbre taillés à la fin pour embrocher leurs victimes.

Me cachant derrière un buisson à une quarantaine mètres, j'observais la scène qui se déroulais devant moi. Les trolls encerclaient les voyageurs, dont je pouvais entendre les cris des enfants et les rassurements de leurs parents. Mais ils n'attaquaient pas. L'un d'eux gardait dans ses grosses mains les rênes des chevaux qui se cabraient et hennissaient, affolés et les yeux exhorbités. Ils lançaient des ordres, rauques et graves, qu'en dépit d'une très mauvaise prononciation du << r >> et du << v >>, je comprenais relativement bien.

  • Donner wos pwowisions et mawchandises ! Toutes, sans exceptions ! baragouinait le plus grand et le plus musclé, probablement le chef des malfrats.
  • Attendez ! protesta un homme, bien qu'une femme ait tenté de le retenir. Et comment allons-nous faire si vous ne nous laissez rien ?!
  • Fewme la minus !!! l'envoya alors rouler à terre d'un coup de poing à la puissance contrôlée le troll qui parlait. Tu dewais êt'weconnaissant qu'on wous laisse en wie !!! Ce que wous possédez cont'wos miséwables existences, bon twoc comme wous dîtes !

Son commentaire fit rire ses autres camarades. L'homme blessé saignait beaucoup au visage, sous les pleurs de sa femme et d'une petite fille qui l'accompagnait, cette dernière partant se cacher dans ses bras. Devant tout ça, je ne pouvais m'empêcher de serrer fortement Vesingrí, perdant mon sang-froid face à ce que je voyais. Même désavantagé par Soraya, je poussai un cri de guerre et me précipitai vers les trolls.

Ils eurent à peine le temps de comprendre ce qui leur arrivait dessus que celui qui avait raillé l'homme se retrouva avec ma lame plantée dans son dos, transperçant son cœur. Il s'effondra lourdement en gémissant au bout de cinq secondes, face contre le sol. Sans perdre de temps, je retirais mon épée de son corps et rejoignis les malheureux aussi éberlués que leurs agresseurs. Je déposais Soraya devant eux puis fis volte-face, arborant l'air le plus menaçant que j'avais.

  • Alors, lequel d'entre vous veut venir en premier ? On peut aussi s'arrêter là et chacun repart de son côté. Qu'en dîtes-vous ?

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