Souvenir

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Point de vue de Soraya :

  • Princesse ? Princesse, levez-vous.

Je grognai sourdement, sortant peu à peu d'un sommeil sans rêve. La première chose que je vis, ce fut le visage de Rosa, la mine néanmoins plus douce qu'avant. Je me redressai, puis étirai longuement mon dos en relevant mes bras, entendant mes os craquer sous mon mouvement. Après un dernier baîllement qui se termina sur une pointe plus aigu, je regardai Rosa réveiller Titania couchée sur la cape que j'avais ôté avant de dormir. Je me levai doucement, sans que mon amie ne fit attention à ce que je faisai. J'en fus un peu peinée : était-elle toujours contrariée ?

J'allais pour le vérifier, lorsque Rosa prit la parole, toujours sans me regarder :

  • Anéon à l'air d'être quelqu'un de bien.
  • Oui. Oui, il l'est, confirmais-je, ne comprenant pas pourquoi elle lui faisait un tel éloge alors que la veille, elle n'éprouvait que de l'animosité envers lui.

Titania nous survola toutes les deux, me décochant un air hésitant. Apparement, elle non plus ne voyait pas pourquoi Rosa avait subitement changé d'attitude. La Sik attrapa ma cape et me l'offrit, sans pour autant oser me faire face.

  • Rosa, qu'est ce qu'il y a ? s'enquis-je, inquiète de sa façon d'être tellement inhabituelle.

Alors, sans dire un mot, Rosa combla l'espace entre nous et me serra dans ses bras, me figeant sur place.

  • J'ai eu peur, si tu savais, me dit-elle, ses paroles à moitié étouffées. Lorsque j'ai appris que tu étais partie, je me suis tout de suite portée volontaire pour te retrouver. On a vu les corps en te cherchant... J'ai tout de suite imaginé le pire pour toi.

Au souvenir de mes anciens compagnons, et de celui de leurs corps aux expressions tourmentées, je sentis les larmes me monter aux yeux. Je rendis l'étreinte de Rosa, et luttais pour ne pas me laisser aller, en vain.

  • Est-ce qu'ils... Est-ce qu'ils ont été ramenés au royaume ? demandais-je, la voix enrouée.
  • Oui, me confirma-t-elle en hochant la tête. À l'origine, nous étions sept. Quatre d'entre nous sont restés. Trois pour les récupérer, un autre pour annoncer la nouvelle au roi.
  • C'est de ma faute, gémissais-je, exprimant les regrets que j'avais enfouis depuis ces derniers jours. Si j'avais fait plus attention en partant... si j'avais été plus ferme pour qu'ils ne viennent pas...
  • Ils ont voulu accomplir leur devoir. Tu n'as strictement rien à te reprocher.

Nous n'avons plus rien dit d'autre, pleurant silencieusement leur perte. Même Titania, qui avait l'air d'avoir compris notre besoin d'être seules, s'était retirée hors de la tente, probablement pour retrouver Anéon. Au bout de quelques minutes, Rosa se détacha, ses paupières battant rapidement pour ôter les traces de larmes que je pouvais encore voir dans ses yeux.

  • Quand on les a examiné, reprit-elle en reniflant discrètement, on a tout de suite vu à la manière dont ils ont été abattus que ce n'était pas normal. Les flèches noires, les veines qui ressortaient... Hier, je savais déjà au fond que tu disais la vérité. Que tu ne t'étais pas enfuie pour échapper à tes fiançailles. Mais j'étais trop en colère que tu n'es pas attendue mon retour de ma mission pour penser autrement. Pardon d'avoir doutée de toi.

Je souris doucement en écrasant avec la paume de ma main une dernière larme qui glissait le long de ma joue, contente d'avoir enfin une vraie conversation avec elle depuis que l'on se soit retrouvée, bien que cela ne soit pas sur un sujet plus heureux. Il était si rare que Rosa s'ouvre à moi. J'ignorais pourquoi elle avait décidé de le faire aujourd'hui, mais j'en étais ravie. Au moins, parler et partager avec elle du poids de la douleur que je traînais depuis l'embuscade m'avait un peu allégé. Elle passa sa main sur sa frange, dégageant un peu son œil caché par ses cheveux, puis elle me regarda avec des yeux pétillant.

  • J'ai quelque chose. Je crois que ça devrait te plaire.

Elle porta la main à sa veste noire, sortant alors d'une de ses poches...

  • Je n'en reviens pas ! m'étonnais-je avec joie en récupérant l'objet. Tu as pensé à me le rapporter.
  • Tout de même, je n'arrive pas à croire que tu te sois dépêchée au point de l'oublier. Pourtant, tu ne t'en sépares jamais ! me réprimanda-t-elle avec une fausse moue indignée.

Lui adressant un nouveau remerciement, je plaçais autour de mon cou mon collier en pierre de jade. Un cadeau que ma mère m'avait offert quand j'étais encore petite, quelques mois avant que la mort l'emporte. Il était très simple, mais incroyablement précieux pour moi. La pierre était d'un beau vert profond, translucide, et était maintenue à la cordelette grâce à du bois de cerf qui la serrait. Un motif en spiral parsemé de petits triangles était gravé, aussi étrange que cela puisse paraître, non pas à sa surface, mais à l'intérieur. Quatre perles, deux de chaque côtés se suivant noires et blanches, avaient été placées à ses côtés.

Je la remontais à mes yeux grâce à mes doigts et la caressais doucement, appréciant le contact avec la pierre lisse. Rosa, que je vis revenir à mes côtés, passa la cape sur moi pour me l'installer.

  • Bien, il est temps pour vous de partir, princesse.

Sous l'appelation, je roulai des yeux, excédée. Bien sûr, toute bonne chose avait une fin ! Me revoilà avec la garde du corps sérieuse.

J'ai pu profiter de la bonne vieille Rosa avant d'y aller au moins, me réconfortais-je en maîtrisant bravement un soupir.

Je rejoignis l'extérieur à sa suite, remarquant que ses hommes commençaient déjà à lever le camp, leur tente démontée reposant en tas sur le sol.

  • Comment allez-vous repartir avec ça ?
  • Pas la peine de vous en faire. Nous avons laissé nos montures plus loin, cachées par des couvertures d'invisibilité.
  • Une minute... c'est pas vrai.

Je venais de remarquer qu'Anéon n'était nul part en vue... encore. Me demandant s'il s'amusait à disparaître au mauvais moment, j'allais l'appeler lorsque Rosa posa sa main sur mon épaule et me pointa la droite. Je pouvais voir à plusieurs centaines de mètre où le terrain s'affaissait un groupe d'arbrisseaux plutôt nombreux.

  • Il doit être là-bas, pour se faire un brin de toilette. Il devrait revenir d'ici pas longtemps.
  • Je vois.

Je me souvenais de l'état dans lequel il était et de l'odeur qu'il s'était mis à dégager au bout d'un moment. Je dus me faire violence pour ne pas rire de sa malchance. Me souvenant qu'il n'aimait pas trop les bains, j'imaginais bien que lui-même avait du trouver sa condition insoutenable.

oOo

Je le revoyais enfin avec Titania, en bien meilleure mine et de bonne humeur. Arrivé à ma hauteur, le garçon me salua avec entrain. Je me tournais alors vers Rosa, qui inclina la tête pour me dire aurevoir.

  • N'oubliez pas que, comme promis, vous m'attendrez à Maurial, sinon...
  • Tu nous traqueras sans relâche et tu me ramèneras, je sais, répétais-je, la faisant relever la comissure de ses lèvres, l'air amusée. En revanche, l'avertis-je, si tu tiens à ce point à nous accompagner, il y a une condition.
  • ... Qui est ? demanda-t-elle en plissant ses yeux avec méfiance.
  • Ici, dans notre petit groupe, lui expliquais-je en désignant tour à tour Anéon et Titania qui restaient de côté pour m'attendre, nous sommes tous sur un pied d'égalité. Alors, lorsque tu voyageras avec nous, plus de vouvoiement. On se tutoie. Ce n'est même pas la peine de discuter à ce sujet.
  • Co... Comme vous voudrez, s'inclina-t-elle avec hésitation.

Satisfaite, je m'éloignais d'elle pour rejoindre mes deux autres amis qui me suivirent une fois que je les dépassais. Nous avions déjà marché quelques pas lorsque, pour la dernière fois, j'entendis Rosa :

  • ANÉON, JE TE PRÉVIENS ! SI JAMAIS SORAYA EST BLESSÉE DE QUELQUES MANIÈRES QUE CE SOIT, TU ME LE PAYERAS TRÈS CHER !!!

Craignant une mauvaise réaction de la part du nommé, je le vis à la place se tourner pour agiter haut son bras droit, un large sourire au visage.

  • PREND SOIN DE TOI AUSSI ROSA !!!
  • Bien, on dirait que je n'aurais pas trop à me faire de l'ambiance du groupe quand elle viendra nous rejoindre, remarquais-je en parlant pour moi-même, mais assez fort pour qu'Anéon m'entende.
  • Tu as dit quelque chose ?

Je niais en secouant la tête, puis je pris de l'avance en accélérant sur quelques pas.

  • En avant la troupe ! Faisons en sorte de parcourir un maximum de marche avant la tombée de la nuit !

Anéon et Titania me rattrapèrent puis, ralentissant, je nous dirigeai vers la direction à prendre pour Maurial.

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