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Point de vue d'Anéon :

Déjà prêt pour partir, j'étais assis devant la tente où dormait encore Soraya et Titania, profitant de l'occasion pour nettoyer mon épée encore souillée du sang du monstre qui m'avait attaqué la veille. Avec un morceau propre du bandage que j'avais conservé dans mon sac, j'ôtai conscienceusement le fluide noir qui s'enlevait assez difficilement. Ce dernier, à mon plus grand dégoût, exhalait une odeur de souffre acidulée qui brûlait mes narines. Plus encore, elle me donnait la chair de poule. Comme si le monstre, toujours en vie, s'apprêtait à sauter à ma gorge.

Aussi, savoir que j'empestais autant me donnait une réelle envie de me jeter dans un lac et de me débarbouiller complétement, et ce malgré le fait que je n'appréciai pas vraiment ça.

oOo

Afin d'épargner à Soraya l'odeur que je portais actuellement, j'avais insisté pour dormir à la belle étoile. Je n'avais pas été trop mal à l'aise au début, même si l'escorte de Rosa me lançait des regards de meurtres. Et quand j'ai fini par la croiser personnellement... disons que je m'étais dit qu'une petite nuit blanche ne me ferait pas vraiment de mal. Cela n'avait pas été trop dur, vu que je m'attendais à tout moment à revoir l'une de ces bêtes. Chaque fois qu'il y avait un bruit suspect, je n'avais pas arrêté d'empoigner mon épée. Mais il n'y avait jamais rien. Et à chaque fois, la même question surgissait dans ma tête, me plongeant plus profondément dans l'angoisse : quelle était cette chose ?

oOo

Sans m'en rendre compte, j'avais laissé de côté ma tâche pour attraper mon baluchon, que les hommes avaient récupéré avec les autres affaires, à côté de moi, l'ouvrant à la hâte et cherchant la chose que j'avais trouvé en fouillant là où la créature humanoïde avait trépassé. Rêveusement, je fis rouler dans ma paume une petite sphère sans aucune aspiritées, de la même couleur que les flammes. D'ailleurs, j'avais remarqué que ces nuances étaient changeantes, comme s'il y en avait bel et bien, piégées à l'intérieur.

L'attrapant entre mon pouce et l'index, je la relevais au-dessus de ma tête pour voir ce que cela donnait dans la lumière levante du soleil. Je pouvais voir le ciel y prendre les mêmes teintes que le soleil lors du crépuscule ou de l'aube. C'était plutôt joli, mais cela ne m'avançais pas vraiment. Enfin, j'avais aussi fait d'autres constatations : elle était chaude, pulsait comme si je tenais là un véritable cœur vivant, mais affolé. Une incroyable quantité d'énergie était présente et, la tenant ainsi, il me semblait que des milliers de picotements parcouraient ma main.

  • Qu'est ce que ça peut être ? me demandais-je à voix haute, ne parvenant pas à trouver de quoi il pouvait s'agir.

Hier, je n'avais pas eu le temps de trop me pencher dessus, souhaitant retrouver Soraya au plus vite. Mais maintenant...

Fermant les yeux, j'adoptais sans attendre ma vision d'Aura. Devant moi, l'étrange objet était enroulé de plusieurs nuances différentes, et ce qui attisa ma curiosité fut de constater que l'Aura était la même qu'un être vivant. Je pouvais voir des couleurs émotives, du rouge et du bleu avec des tons plutôt vifs et aussi sombres qui variaient dans le temps, se dominant successivement plus ou moins lontemps. Elles portaient aussi une petite touche de bleu-vert, comme de l'étonnement ou de la surprise.

  • Drôle de jouet, commenta une voix autoritaire que je reconnus très aisément, me faisant cacher au plus vite ma trouvaille.
  • Que veux-tu Rosa ? lui dis-je amèrement en réponse, ne souhaitant pas non plus reprendre notre dispute.

Elle ne me dit rien, se contentant de regarder le soleil qui se levait. Moi, j'en profitais pour l'observer. La jeune femme ne devait pas trop être loin de l'âge de Soraya, mais elle affichait un tel air sérieux que je me demandais comment cela se faisait qu'elle n'avait toujours pas la moindre ride. Ses cheveux et ses yeux étaient aussi très inhabituels, j'eus donc un peu de mal à ne pas poser de questions, surtout de savoir si elle faisait partie des fameux Siks qui protégeaient la famille royale dont Soraya m'avait parlé à ForgeFer.

N'obtenant toujours rien, je retournais sans plus tarder à mon travail d'origine. Le sang collant laissait toujours des traces, sans que je ne parvienne tout à fait à le retirer. Soupirant, je me demandais quoi faire lorsqu'une bouteille de bois apparut devant mon nez. Surpris, je regardais Rosa qui me la tendait, toujours avec une expression froide.

  • Verse un peu d'eau au lieu de t'acharner dessus. Tu vas finir par abîmer ta lame.

Balbutiant un remerciement, je versais une partie du contenu sur mon épée et repris son nettoyage, avec bien plus de facilité qu'il y a quelques instants. Je fis semblant de ne pas voir Rosa qui prit place à côté de moi, attendant sûrement que je termine pour poursuivre. Une fois que ma lame brillait du même éclat que lorsque Rosvak me l'avait offerte, je tournais ma tête et lançais un regard curieux à Rosa. Celle-ci évita de me regarder directement, montrant à mon plus grand étonnement de la gêne. Elle mordit sa lèvre inférieure, puis se leva pour me faire face.

Ce qui fut le summum et me fit presque étrangler, ce fut de la voir se mettre à genoux devant moi, s'inclinant profondément.

  • Anéon, c'est bien ça ? m'interrogea-t-elle, ce que je répondis positivement d'un petit bruit. Je tenais à te présenter toutes mes excuses. J'y ai réfléchi toute la nuit, et je me suis rendue compte de t'avoir fait courir un très grand danger en ne venant pas directement te chercher. Je te pris de pardonner ma négligence.

Là, c'est bon, j'étais clairement gêné. Tellement que j'en oublais ma rancune contre elle.

  • Pas... pas la peine de faire ça ! C'est bon relève toi, je ne t'en veux plus ! lui assurais-je en prenant son bras et en la forçant à se remettre debout, la faisant me dévisager avec stupéfaction. Dis-moi à la place pourquoi tu m'as laissé là-bas.
  • Ah.

Pour la première, je pouvais voir son visage laissé transparaître ses émotions, autre que la colère, et elle prit un petit sourire désolé.

  • Tu sais, à l'origine, nous ne devions que te suivre. Nous n'avions pas prévu que tu nous repères et nous attaques. J'ai agi un peu sur le moment, avoua-t-elle. Mais, en allant à la recherche de Soraya, nous l'avons trouvé sous une autre apparence et on ne l'a pas reconnu. L'un de nous l'a paralysé et, quand nous avons réussi à voir que c'était elle, nous nous sommes précipités pour la soigner. Je t'ai complétement oublié sur le moment. Et je ne me suis rappelée de toi que lorsqu'elle m'a raconté ce qu'elle faisait réellement, c'est à dire hier soir.

Très honnêtement, j'ignorais si je devais être contrarié qu'ils m'aient oublié, mais je comprenais pourquoi.

  • Tu devais être très inquiète pour Soraya, déduisis-je en souriant en connaissance de cause. Vous êtes toutes les deux amies, pas vrai ?

Elle hocha lentement la tête, mais je remarquais de la tristesse dans son regard.

  • Lorsque nous étions enfants, avant qu'elle ne parte en tant que princesse. Nous étions même les meilleures amies.
  • Pourquoi le dis-tu au passé ? C'est toujours le cas, non ? voulus-je savoir.
  • C'est compliqué, soupira-t-elle avec lassitude. En venant pour servir le roi en tant que garde du corps royal, je ne peux me permettre de laisser mon amitié pour Soraya être une entrave pour assurer sa protection.

D'où son comportement d'hier, pensais-je, éprouvant de la peine de voir qu'elle prenait son rôle si sérieusement.

Même quand Soraya m'avait appris qu'elle était une princesse, bien que j'avais éprouvé de la surprise sur le moment, cela ne m'avait pas rendu différent à son égard. Je trouvais ça dommage que Rosa, qui la connaissait depuis plus longtemps que moi, n'en fasse pas autant, séparant son amitié de son travail. J'allais lui en faire la remarque, mais elle me dépassa pour soulever la toile recouvrant la tente.

  • Je pars réveiller Soraya. Toi, va te laver. Tu pues vraiment comme l'haleine d'un dragon malade ! Il y a un coin d'eau pas trop loin, ria-t-elle en disparaissant, me laissant rouge de honte.

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