Rosa

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Point de vue de Soraya :

Soufflant en marchant, les bras chargés de tous nos sacs, je cherchais Anéon qui avait mystérieusement disparu. Il n'était pas là à mon réveil, ce qui avait été une assez mauvaise surprise. Titania s'était montrée rassurante en m'apprenant que le jeune garçon avait l'habitude de faire des promenades matinales lorsqu'il vivait dans la forêt. Je n'en fus pas moins soulagée, mais j'avais remarqué qu'il avait eu au moins l'intelligence de ne pas partir sans son épée.

  • ANÉON ! OÙ ES-TU ? NOUS DEVONS REPRENDRE LA ROUTE ! l'appelais-je pour la énième fois en portant la main à ma bouche pour plus de portée.

Seul le cri aigu d'une buse me répondit. Soupirant, je poursuivis mon chemin, espérant le croiser dans peu de temps.

  • Est-ce que tu vois son Aura Titania ? me renseignais-je auprès de la petite fée qui me fit un signe négatif de la tête. Ni même sa Présence ?
  • Non. Je ne sais pas, c'est vraiment bizarre. Peut-être qu'il s'est trop éloigné ?... Ah !
  • Tu l'as trouvé ? crus-je l'espace d'un instant, seulement pour constater l'air soucieux de Titania.
  • Je capte plusieurs autres Présences humaines assez proche de nous. Ils ne sont pas très loin.
  • Où sont-ils ?

Me faisant signe de la suivre, elle me guida là où elle supposait être les étrangers.

Nous arrivâmes en face d'une montée abrupte de roches et de terre. Regardant Titania qui pointa son doigt au-dessus d'elle, je posais à terre mes affaires et montais en m'abaissant au maximum. Arrivée au sommet, je ne laissais que mes yeux dépasser. Je me couchais pour voir les inconnus, cachée par la petite végétation. La distance les séparant de moi devait être d'au moins trente mètres, aussi je les distinguais très bien. Ils étaient quatre, complétement noirs, le visage caché d'un foulard. Le premier à l'avant, le plus mince de la troupe, menait les trois autres qui l'entouraient en formation triangulaire. Je les vis arpenter du regard la lande, sans jamais me voir cependant. Ils s'éloignaient progressivement et, toute à mon observation, j'avais presque l'impression de reconnaître le premier.

Recroisant une dernière fois son visage, je pus lui placer un nom et je fus si stupéfaite de la voir ici que je poussais bien malgré moi un petit cri. Paniquée, je plaquais ma main dans l'espoir futile de l'étouffer à temps. Trop tard.

Aussi faible fut-il, ils m'entendirent très bien et se stoppèrent, regardant désormais où je me trouvais. Sans plus prendre la peine de faire attention, je les fuyais aussi vite que je pus, Titania me talonnant. J'entendis leurs voix me sommant de cesser de courir, et bien sûr je n'en fis rien.

Alors que je réfléchissais à une manière de les semer, je sentis dans mon cou une douloureuse piqûre. Avec un cri, je touchais ce qui m'avait fait ça et l'emmenais à mes yeux, horrifiée. Il s'agissait d'une fléchette paralysante. Déjà, les effets du poison glacèrent mon sang, me firent trébucher à terre et endormirent progressivement ma conscience.

Ma vue se brouilla et je n'entendis que d'étranges sons qui s'estompaient progressivement. La dernière chose que je vis furent les silhouettes de mes poursuivants avant de sombrer dans les ténèbres.

oOo

  • Chef, elle reprend connaissance ! jaillit de loin la voix d'un homme.
  • Tant mieux. Pouvez-vous nous laisser seules ? demanda une voix féminine si familière, faisant s'éloigner la personne qui était présente. Princesse Soraya, est-ce que vous m'entendez ?

Avec difficulté, encore engourdie, j'acquiesçais de la tête et ouvris les yeux. Papillonant trois fois d'affilées pour mieux voir, j'examinais la tête à l'expression grave de la jeune adulte de deux ans mon aînée à mes côtés, le foulard abaissé à son cou, me dévoilant ses cheveux gris attachés par un ruban, hormis une frange qui cachait un peu son œil gauche. Souhaitant parler, je trouvais ma bouche aussi aride qu'un désert et déglutis faiblement, me rendant une drôle de sensation. La fille me présenta un gobelet remplit d'eau fraîche que je bus doucement, prenant tout mon temps à cause de la paralysie encore présente qui m'empêchait d'avoir la même fluidité dans mes mouvements. Le goût vanillé qu'il laissa fut bien agréable à ressentir.

Une fois que j'avalais la dernière goutte, mes muscles frigorifiés se réchauffèrent et mes sensations me revinrent tout doucement.

  • Où... où sommes-nous ? Que s'est-il passé Rosa ? interrogeais-je mon amie d'enfance, souhaitant me renseigner sur ma situation bien qu'elle n'apparaisse pas au premier abord des plus réjouissante.

Je pouvais déjà voir que j'étais sous une tente, assise sur un lit à même le sol. Capturée par les Siks composant les gardes du corps royaux que dirigeais Rosa du même peuple. Cette dernière me jugea avec sévérité, et je pus discerner son agacement accompagné d'un certain soulagement.

  • Toujours dans la lande. Syrius vous a lancé une fléchette enduite de venin de bourdozard* pour vous neutraliser. Enfin, c'était avant que l'on vous reconnaisse.
  • Oui, je m'en souviens, lui fis-je remarquer en palpant mon cou où je sentis un léger renflement dû à l'arme.
  • Je viens de vous donner un antidote. Vous devriez aller mieux d'ici quarante cinq minutes, déclara Rosa en se levant. Une fois que vous serez rétablie, nous prendrons nos montures pour rentrer en passant par...
  • Pas question ! protestais-je en me remettant sur mes jambes, tanguant un peu à cause d'un vertige qui me prit.

Cela ne me fit pas détourner en revanche de la Sik qui prit alors un air contrarié.

  • Ne soyez pas ridicule ! Savez-vous à quel point Sa Majesté s'est faite du souci pour vous ? Tout le royaume vous recherche ! Il serait temps de penser à eux et de ne plus agir de manière aussi égoiste !
  • Égoïste ?! Moi, égoïste ?! criais-je presque, insultée. Contrairement à ce que tout le monde pense, je suis partie pour une bonne raison !
  • Si ce n'est que pour fuir ces fiançailles que vous ne vouliez pas, me disant plus d'une fois que vous vous enfuiriez si elles s'officialisaient, je ne vois pas quoi d'autre !

Contrariée, je mordis ma lèvre. Oui, elle avait un peu raison, mais ce n'était que des menaces dîtes comme ça ! Je n'en revenais pas qu'elle pensait que j'avais quitté le royaume seulement pour éviter de me voir promettre à un étranger ! Je m'apprêtais à me défendre quand je remarquais enfin l'absence de la petite fée.

  • Titania ! Rosa, as-tu vu une petite fée avec moi ?!
  • C'était donc une fée cette lumière, réalisa ma garde du corps. Elle a filé avant que nous ne l'attrapions.
  • Et mes affaires ?
  • Nous n'avions pas vraiment le temps de les ramener. Nous devions vous administrer l'antidote et envoyer un message au général pour rassurer le roi votre père. Nous les récupérerons en chemin.

Savoir ça m'aida à me sentir un peu mieux. J'ignorais toujours où se trouvait Anéon, mais Titania pourrait toujours continuer à le chercher et l'avertir de ce qui s'est passé. En pensée, je suppliais Lyrhana pour qu'ils soient les premiers à retrouver nos biens et poursuivre le chemin en attendant que je me sorte de cette impasse. Je devais au moins essayer de convaincre Rosa du but de mon échappé. Rassemblant ma motivation, je m'adressais de nouveau à elle :

  • Rosa, je t'assure qu'à l'inverse de ce que tu penses, il me fallait quitter le château. Laisse moi au moins te dire pourquoi avant !
  • Je serais curieuse de savoir de quelle manière vous comptez vous justifiez, princesse. Rien ne jouent en votre faveur.

*bourdozard : insecte géant de la longueur d'un bras humain vivant dans des régions à température chaude. Il est le seul à posséder une mâchoire, munie de petites dents pointues, et son vol émet un bruit qui se rapproche des reptiles. Comme eux, il aime se prélasser au soleil sur des rochers, ne pouvant réguler par lui-même la température de son corps. Le bout de son corps est dôté d'un dard venimeux qui paralyse en peu de temps ses victimes. Sa carapace lui permet de se camoufler pour prendre en embuscade ses proies et pour se cacher de ses prédateurs. Les marchands vendent des capes faites à partir de celle-ci pour en utiliser ses propriétés.

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