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Point de vue d'Anéon :

Le soleil s'était levé il y a moins d'une heure sur la lande. Toujours matinal lors de déplacements, je m'étais réveillé un peu avant pour veiller sur les alentours, mais il s'agissait surtout de voir l'aube dont j'ai toujours apprécié les couleurs. Je regardais maintenant Soraya et Titania toujours endormies, et décidais de leur laisser encore quelques minutes de répit. Je n'étais pas cruel au point de les priver d'un bon sommeil. Mais ma nature étant, j'avais besoin de bouger. J'attrapai alors la ceinture dorsale de Vesingrí et parti pour faire une petite randonnée.

Je marchais en sifflotant et vérifiais de temps à autre ma position vis-à-vis des deux autres filles afin de ne pas me perdre, retenant la leçon de la dernière fois. Même quand je ne les vis plus, je faisais en sorte de me repérer grâce aux éléments m'entourant. Tout était calme autour de moi. Bien que j'avais aimé être à ForgeFer, la sensation de liberté et de grands espaces m'avait bien manqué. J'aspirai à plein poumons l'air frais du dehors, sans prendre en compte le froid qui picota mes narines.

Je croisais en chemin en rasant une élévation rocheuse, sans que je ne le remarque avant, un lièvre maigrichon grignotant une racine. Quand il me sentit, il se figea et tourna ses yeux craintifs sur moi. Souriant, je m'approchais doucement de lui, veillant à ne faire aucun mouvement brusque. Son corps se raidit brusquement, prêt à s'élancer mais, souhaitant le toucher, je prononçais ce simple mot :

  • Ayiaf.

Il se détendit aussitôt. Je m'arrêtais et m'accroupis, avançant ma main, attendant qu'il vienne de lui-même. Un temps passa, puis à petits bonds timides, il vint à moi et frotta sa tête contre ma main. Je caressais son court pelage sablonneux, le grattais sous son menton, puis entre ses oreilles. Cela le fit lever sa patte arrière et l'utiliser pour atteindre la zone qui le démangeait. Une fois qu'il eut fini, il lécha le bout de mes doigts puis, me surprenant, il se releva sur ses deux pattes arrières complétement alerte, les oreilles pivotantes dans tous les côtés, son petit nez frétillant puis il détala sous les brèches de la roche.

Un peu contrarié, je regardais autour de moi ce qui aurait pu autant effrayer le petit animal. Tout autour de moi, la lande était complétement vide, pourtant...

Le sentiment que je n'étais pas seul me fit frissonner. Attrapant la poignée de mon épée, je la sortis de son fourreau, plutôt ravi d'avoir pensé à la prendre avec moi au cas où. Je tournais sur moi-même, revenant sur mes pas aussi lentement que je le pouvais. Je devais savoir pourquoi cette sensation me pesait tant. Je stoppais ma marche et fermais les yeux, me fiant à mon ouïe pour être sûr de ce que je ressentais. Je ne perçus que le faible bruit du vent dans mes oreilles et les sifflements discrets d'oiseaux. Je me tendis quand, de justesse, je captais un craquement juste derrière moi. Je regardais alors cet endroit, et toujours rien. En revanche, il me semblait voir une étrange volute blanche s'élever dans les airs. Quelqu'un était là.

Donc invisible, déduisis-je. Alors voyons si avec ça...

Je fermais à nouveau les yeux, calmais ma respiration et, une fois l'esprit apaisé, j'entrais dans mon état me permettant de voir les Auras. J'ouvris les yeux et, parfaitement net, les contours enveloppés de couleurs bleu pâle et jaunâtre d'un être humain dansèrent dans mon champs de vision.

  • Je te vois ! l'avertis-je en lançant la charge, prévoyant de l'assomer du plat de Vesingrí.

Un bruit de course sur les côtés m'avertit de la présence d'autres individus et, préparé, je plaçais juste à temps l'épée entre moi et deux dagues qui me furent lancées au visage. Elles entrèrent en collision contre mon arme et tombèrent sur le sol. Luttant pour garder ma vision qui commençait à se brouiller, je vis deux autres personnes, avec l'un plus grand que les autres, m'arriver rapidement dessus. Je m'éloignais du troisième et essayais de trouver le moyen de les rendre visible, car il m'était difficile de contre-attaquer tout en cherchant à les voir. Je ne pouvais pas les paralyser par le sol en m'accroupissant, je serais bien trop vulnérable à ce moment. Esquivant une troisième dague qui frôla ma joue gauche, je cherchais encore lorsque les paroles de Rosvak me revinrent.

Transférer mon énergie à l'épée, me remémorais-je, et elle s'en retrouvera imprégnée.

Bien que le moment n'était pas vraiment le meilleur pour tester mon idée sans garantis que cela marche, je me retournais et filais le plus vite possible, sachant très bien que les trois ennemis invisibles me talonnaient. Même sans les voir, je pouvais sentir leurs Présences qui m'étaient maintenant perceptibles se faire distancer. Quand je jugeais avoir pris assez d'avance, je dérapais sur le sol et fis venir à moi mon pouvoir. Je le sentis se déverser en moi, m'envahissant bien plus rapidement que les autres fois à cause de la situation d'urgence dans laquelle je me trouvais. Je le dirigeais vers mes bras puis, priant pour que j'eus juste, le long de mon épée.

Durant une terrible seconde, rien ne se passa. Puis la lame noire se mit à crépiter d'étincelles bleues et, de toutes mes forces, je la plantais dans le sol. Le Mana électrique présent dans mon corps se propagea par le biais de la lame. Le résultat ne fut pas vraiment celui que j'escomptais. Voulant être libre de bouger s'ils essayaient de m'attaquer, j'avais prévu d'user du sol pour propager un courant électrique. À la place, plusieurs dizaines d'éclairs éclatèrent autour de moi dans tous les sens possible, rasant le sol à une vitesse qui m'était impossible de juger, se doublant, triplant et quadruplant en plusieurs autres à mesure qu'ils s'éloignaient.

En réponse à mon attaque, j'entendis très nettement des hurlements de douleur proche de moi et distinguais sans problème l'électricité s'élever par endroit du sol. J'attendis que cinq secondes passent avant de relâcher mes attaquants de mon emprise, agréablement satisfait d'avoir découvert une nouvelle façon d'user de mon Mana.

Je m'avançais vers le plus proche de moi dont je pouvais encore sentir la Présence toujours vive, à la différence de ses compagnons dont la leur était presque absente, sûrement évanouis. Il se trouvait à moins de deux pas et, arrivé à sa hauteur, je le menaçais de la pointe de la lame noire. J'amplifiais ma Présence afin d'écraser la sienne pour réduire les risques qu'il risposte ou tente de se sauver et, avec force, je lui dis :

  • Redeviens immédiatement visible si tu ne souhaites pas que je recommence.

Le fait de voir mon épée tout près ou la perspective d'à nouveau subir mes foudres durent le convaincre de m'obéir et, alors, un homme portant un habit entièrement noir, recouvert en parti d'un foulard à la bouche et aux yeux gris apeurés recouvert de cheveux à la pigmentation identique apparut, une cape presque transparente reposant à ses côtés. Désignant d'un coup rapide de la tête l'étrange objet sans le quitter des yeux, je lui posais alors une question :

  • C'est grâce à ça que je ne vous voyais pas ?

L'inconnu hocha la tête, toujours muet. Je me demandais quoi faire ensuite lorsque je sentis une quatrième Présence se manifester dans mon champs de perception. Une dague fusa droit sur moi et, alors que je sautais en arrière pour lui échapper, je me retrouvais soudain bloqué dans les airs par une étrange force, m'empêchant de retrouver la terre ferme alors à quelques centimètres de mes pieds.

  • Mais qu'... qu'est ce qui se passe ?
  • C'est ma technique des ombres : l'immobilisation. Regarde à tes pieds, surgit alors la voix d'une femme plutôt jeune qui s'avança vers moi, elle aussi en partie camouflée et les yeux aussi gris que l'homme.

Je fixais alors mon ombre en ouvrant grand les yeux : sa dague était plantée dedans. Quel était le lien ?

  • Enduis de mon pouvoir, la lame est capable de maintenir sur place l'ombre de n'importe quel autre être vivant. Ainsi, tant que l'ombre restera là, tu ne peux plus bouger ne serait-ce qu'un petit doigt, m'expliqua-t-elle tout en sortant de sous sa tunique trois fioles.

Elle s'arrêta devant l'homme visible, lui en offrit une puis se pencha vers deux autres endroits où elle versa dans un espace vide le liquide. Quand elle eut fini, les deux hommes que j'avais neutralisé surgir de sous leurs capes d'invisibilités, identiques au premier, une colère noire flamboyante dans leurs regards.

  • Chef, je m'en vais l'achever tout de suite, proposa l'un d'eux en joignant le geste à la parole, dégainant une petite épée.

Il fut cependant arrêté par la femme qui secoua la tête.

  • Pas le temps. Il faut retrouver la princesse, c'est notre priorité. Nous nous occuperons de lui plus tard.

L'entendant, je sentis un grand froid m'envahir.

  • Qu'est ce que vous lui voulez à Soraya ?! crachais-je alors en contractant tous mes muscles pour me sortir de là, les yeux étrécis par la fureur.
  • C'est princesse Soraya, gamin, me réprimanda la chef du groupe qui commença à s'éloigner. Nous la ramenons chez elle. Cette fugue se termine dès aujourd'hui. Quant à toi, à notre retour, tu auras à comparaître devant le roi pour l'avoir aidé.

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