Le tout pour le tout

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Point de vue de Soraya :

Je regardais mon piège avec une certaine satisfaction, sûre que je n'aurais pu mieux faire au vu de l'urgence. L'avertissement d'Anéon m'était apparu quelques secondes plus tôt, aussi je croisais les doigts pour que le monstre se laisse berner.

Ce que j'avais fait était très simple : en usant de mon pouvoir, j'avais fait en sorte d'étirer la surface de la roche au-dessus de la fosse, comme une sorte de pont assez large pour que le Gueule-de-Fer puisse y passer, bénéficiant de plusieurs mètres de marge. Sur une quinzaine de mètre après la base accrochant la structure au bord, j'avais affiné une partie de la roche pour qu'elle se casse si le monstre y posait la patte. En tant qu'appât, je devais me hâter d'atteindre la région plus solide pour éviter qu'il ne m'entraîne dans sa chute.

Je m'accroupissais afin de juger combien de temps mettrait le Gueule-de-Fer avant d'arriver. Une fois ma main au sol, je perçus dans mon esprit la course précipitée d'Anéon qui venait d'échapper de peu à l'une des pattes du reptile envoyée pour l'écraser. J'étais étonnée par sa vitesse, il parvenait même à conserver une certaine avance sur la bête. Dans peu de temps, ils seront là. Je devais me préparer.

Je me faufilais juste devant le seul passage permettant de venir ici, précédé d'un tournant. Sur place, je m'arrêtais et concentrais mon énergie en la mêlant à la roche, faisant apparaître mon Aura dorée qui descendit le long de mon bras pour venir rejoindre celle de la terre, puis attendis. Devant moi, les rugissements du Gueule-de-Fer et la lourdeur de sa marche faisaient trembler le sol et sursauter les pierres. Un flash de lumière bleue suivit d'une explosion et du hurlement de douleur du reptile jaillirent, me laissant présager qu'Anéon venait d'attaquer.

Ce dernier me fut enfin visible, essouflé mais sans présenter la moindre égratignure. Une fois à ma hauteur, il se replia sur lui-même, aggripant ses jambes pour se maintenir debout, respirant bruyamment.

  • Il... Il arrive, parvint-il à articuler en relevant la tête. Il a... vraiment mis le paquet à la fin.
  • Tu as été formidable ! J'ai pu réussir à finir le piège. Maintenant, va te cacher dans un coin, tu es a bout de souffle. Laisse moi en finir.

Je le vis hésiter un court instant avant d'y consentir en hochant la tête et de s'éloigner en tenant l'une de ses côtes, peut-être victime d'un point de côté.

Il a été génial, admis-je en me reconcentrant sur ce qui se passait devant moi.

Peu de temps s'écoula avant que la terre se mette à trembler de nouveau. Puis, bavant sous l'influence d'une folie meutrière induit par le désespoir de nous mettre à mort, la pierre au niveau de sa tête en partie recouverte d'une trace de brûlure noire, son armure tâchée par ses blessures, dans un état pitoyable comparé à notre première confrontation, surgit le Gueule-de-Fer. Me voir sembla l'emplir de plus d'énergie car, sans considération, il accéléra, heurtant plusieurs fois les roches tant il était pressé. Je patientais sans bouger, prête lorsqu'il se retrouvera à la bonne distance. Quand il y fut, je relevais mon bras, créant alors un pilier de roche qui heurta avec violence la gorge du mangeur de minerais. Il émit grognement étranglé, refermant sa mâchoire avec tant de brutalité que certains de ses crocs volèrent, brisés.

Il s'écroula sans grâce au sol, à moitié sonné. Je partis alors en direction du piège, profitant de son incapacité à bouger sur le moment. Je me stoppais à la limite, espérant de tout mon être que mon idée de construire ce leurre suffirait à le duper mais, surtout, ne causerait pas ma propre mort. La peur et le doute étreignirent subitement mon cœur, me faisant hésiter à aller plus loin, mais le rugissement désormais cassé du monstre qui me reprit en chasse me ressaisit.

  • Advienne qui pourra ! m'écriais-je en posant le pied sur le sol fragile.

Je parcourus ainsi plusieurs mètres, prenant garde en me fiant à mes sensations pour éviter les zones plus creuses dont je n'avais pas eu le temps de m'occuper qui pourraient se révéler trop dangereuses pour moi.

Tout est allé ensuite très vite.

J'ignorais si le Gueule-de-Fer avait pu deviner ce que nous avions fait, ou s'il souhaitait m'avoir en un coup, mais alors j'avais parcouru la moitié de la surface que j'avais artificiellement fabriqué, une ombre me recouvrit complétement. J'eus à peine le temps de regarder au-dessus mais, sans réfléchir, je m'arrêtais brutalement. Il s'en ait fallu de peu pour que je me fasse écraser par le reptile. Car oui, il venait de sauter, échappant alors à la roche qui devait initialement s'écrouler sous lui, un bond extraordinaire qui l'avait fait atterir juste devant moi !

Ce faisant, le hasard fit qu'il se posa sur l'une des zones plus fragiles. Ses pattes arrières se retrouvèrent alors sous le vide, le faisant basculer en arrière. Il se cramponna néanmoins, parvenant à éviter de justesse la chute mortelle.

Avec horreur, je le regardais se hisser avec difficulté, grondant férocement avec des discordances dû à sa gorge désormais endommagée. Dans la position dans laquelle il se trouvait, il me suffisait de briser la roche avec mon pouvoir pour mettre un terme à tout ça. Cependant...

Alors que j'étais sur le point de le faire, je croisais son regard rouge. La haine que je lus dans son œil à la lueur mauvaise me paralysa, annihilant ma volonté et me gardant sous son emprise. Puis, sans que je ne comprenne de quelle manière il le fit, le Gueule-de-Fer glissa son Esprit, tordu et infâme, dans le mien, me transmettant des images où je le vis me tuer, puis Anéon, et enfin, avec un sentiment d'effroi, détruire entièrement ForgeFer et ses habitants. Cette dernière image fut particulièrement vive, une obsession qui avait l'air d'avoir motivé son existence.

  • SORAYA !!!

L'appel paniqué d'Anéon qui venait à moi brisa instantanément notre échange, je me repris et, avec tout le dégoût que m'inspirait cette créature, je réduisis ce qui la maintenait encore en sable. Pas assez rapidement pourtant. Il réussi à bondir avant que je n'y parvienne, sifflant de rage et m'envoyant son haleine pestilencielle. Le défiant du regard, je décidais de sortir un dernier tour dans ma manche. C'était insensé, mais il était hors de question que je m'avoue vaincue sans avoir tout donné.

  • Anéon, éloigne toi vite !!! hurlais-je en espérant que, pour une fois, le garçon m'obéisse.

Espérant que cela suffira, je laissais couler dans mon corps une grande partie de mon Mana, surtout au niveau de mes jambes. Pas pour invoquer cette fois, mais pour détruire. Je levais mon pied et, tout en m'élançant pour fuir, je l'abattis avec force sur le sol. Un craquement se fit alors entendre, en même temps qu'apparurent des fissures sur toute la surface de la pierre que j'avais créé. J'entendis derrière moi le hurlement du Gueule-de-Fer alors que mon piège s'effondrait, puis passé quelques secondes, un BOUM m'informa de ce que j'espérais être son trépassement.

Je fuyais l'écroulement, le sol se dérobant derrière moi à une vitesse alarmante.

  • Soraya, dépêche toi ! m'exhorta Anéon, m'attendant alors qu'il était presque dans la zone sûre.
  • Idiot ! Continue enfin ! Va t'en ! Va t'- Aaah !!!

Je me retrouvais soudain à tomber, privée d'appui. Alors que je crus ma fin venir, je sentis que l'on m'attrapa le bras, me projettant contre la partie de mon piège qui avait tenu. Je pendais dans le vide, juste au-dessus de stalagmites qui m'auraient transpercé si je n'avais pas été rattrapé à temps. Je regardais alors Anéon allongé au sol qui me retenait à une main, avec une grimace qu'il essayait néanmoins de changer en sourire.

  • Tu... disais quoi... déjà ?

Je rendis son sourire, puis il tira de toutes ses forces pour me ramener sur la terre ferme. Ce fut dur mais, l'instant d'après, je m'écroulais sur le sol, tremblante après avoir de peu échapper à la mort. Je tâchais de reprendre mon souffle, fermant les yeux afin de me calmer, puis je sentis Anéon me secouer légèrement.

  • Regarde Soraya, me demanda-t-il en tournant la tête vers la fosse.

Je suivis son regard, et je sentis un immense soulagement m'envahir suivit d'étonnement.

Le Gueule-de-Fer gisait sur le dos dans une position arquée, la langue pendante, empalé de part en part par deux des pics présents désormais ensanglantés. Son sang teintait progressivement de rouge sombre l'eau en tombant goutte par goutte. Son iris rouge restante avait perdu sa brillance flamboyante pour devenir terne comme une feuille morte. Son poitrail ne se soulevait plus désormais, et les rugissements pleins de colère s'étaient à jamais tus.

Un étrange grésillement au-dessus de nous attira alors mon attention et, relevant la tête, je vis une multitude d'étincelles parcourir le ciel, lui donnant une couleur violacée pour le moins étrange. Ce fut ainsi encore quelques secondes avant qu'une impulsion d'énergie stoppa tout, puis l'atmosphère perdit progressivement cette allure pour redevenir comme avant.

Je fixais alors Anéon qui avait vu comme moi, lui aussi ne parvenant pas encore à réaliser.

  • Je... Je crois que c'était la barrière, bégaya-t-il, la voix enrouée par l'émotion. Elle s'est défaite.

J'acquiesçais avec la tête, regardant alors devant moi sans vraiment fixer de point à l'horizon.

  • On l'a fait, murmurais-je.

Dès lors que je prononçais ces mots, une hilarité nous prit soudainement. Nous tenant l'un à l'autre par les épaules, riant et hurlant de joie, nous faisions résonner dans les airs à plein poumon notre victoire.

ForgeFer était enfin débarrassé du Gueule-de-Fer !!!

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