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Point de vue d'Anéon :

Soraya m'entraîna jusqu'à une sorte de petite cavité formée par les pierres, loin du Gueule-de-Fer, mais pas assez pour être en sécurité. Elle me plaqua avec force sur le côté, m'empêchant de bouger en me collant de près. Presque étouffé, j'essayais en vain de lui demander ce qu'elle faisait lorsqu'elle invoqua une autre roche, bouchant la sortie mais laissant une petite ouverture qui faisait passer l'air, bien que pas assez pour nous éclairer convenablement.

  • Et maintenant, silence, me chuchota-t-elle avec, dans son ton, une certaine panique.

Sentant qu'il en allait de nos vies, je fis ce qu'elle me dit, retenant quasiment ma respiration. Soraya opta la même attitude que moi et, tant nous fûmes silencieux, je pouvais presque jurer qu'une personne extérieur aurait pu entendre nos cœurs battre. Il ne se passa rien pendant un certain temps, puis des légers tremblements de terre ébranlant notre abri et une respiration furieuse ponctuée de grognements commencèrent à faire leur apparition. Soraya se releva prudemment, épiant ce qui se passait par l'embrasure, puis s'abaissa presque aussitôt. J'avais beau ne pas voir son visage, je pouvais sentir qu'elle s'était tendue d'un seul coup. J'envisageais l'espace d'un instant de lui parler télépathiquement, mais la possibilité de l'effrayer et de nous faire remarquer par le monstre en colère m'en empêcha. Nous nous contentions donc d'attendre qu'il s'en aille.

Il s'éloignait et s'approchait, sifflant d'exaspération, essayant de nous sentir, de nous voir. Vint un moment où il obscurcit totalement notre cachette. Heureusement, faute de nous trouver, peut-être à cause de la forte odeur minérale qui nous recouvrait, il finit par inspecter une autre zone. Quand, après plusieurs minutes de silence total, Soraya risqua une nouvelle fois un regard et soupira de soulagement, je sus que nous étions hors de danger... du moins, dans l'immédiat. La princesse effleura de sa main la roche qui nous bloquait et, d'un seul coup, celle-ci se réduisit en un tas de grain qui s'écroula presque sans bruit à terre.

  • Tu peux venir, il n'est plus là, m'assura Soraya qui sortit en première, moi la rejoignant sans tarder.

Je respirais un grand coup en m'étirant pour détendre mes muscles endoloris par la position tordue que j'avais du prendre en nous barricadant dans si peu d'espace, puis je reportais mon attention sur Soraya qui ne cessait d'observer les alentours.

  • Que fais-tu là ? Je croyais que tu étais avec Grögh et Titania ? lui dis-je en essayant de comprendre la raison de sa présence ici.
  • Si je suis ici, c'est parce que j'ai appris ce que tu allais faire, gronda-t-elle sans pour autant quitter des yeux l'horizon. Tu n'as peut-être pas compris, mais je viens juste de te sauver. Le Gueule-de-Fer s'était camouflé en tas de pierre, pas très loin derrière toi. Quand je t'ai rattrapé, il était à deux doigts de se jeter sur toi.
  • Et je tiens à te dire que ton lancé était magnifique, la félicitais-je avec humeur, espérant l'amadouer en le lui rappelant. Mais je pense que, maintenant, il t'a définitivement en ligne de mire après ce que tu lui as fait !

Soraya ne se contenta que de souffler à ma remarque, mais alors que je m'attendais à la voir riposter, elle me regarda avec appréhension.

  • Nous ne pouvons pas retourner à ForgeFer, s'aperçut l'adolescente, le Gueule-de-Fer nous traque actuellement. Si nous rentrons maintenant, il risque de vouloir se rendre au village. Il ne va que se concentrer sur nous jusqu'à nous attraper...
  • À moins que nous ne le tuons, complétais-je en riant nerveusement en prenant conscience de l'ampleur de la tâche. Quel choix avons-nous réellement ?
  • Eh bien, il s'impose de lui-même. Nous devons l'affronter, conclut-elle, me faisant faire un léger hoquet de surprise.
  • Hein ? Nous ?

Le fait que Soraya, qui m'empêchait jusque là de l'aider à vaincre ce monstre, m'inclut dans son plan, me prenait de court. Mais en la voyant me regarder avec un début de regret, je me dépêchais de m'expliquer :

  • Tu m'étonnes un peu. Tu ne vas pas me demander de chercher de l'aide ou de partir et te laisser faire ?
  • Ça ne me plaît pas, mais j'ai bien vu que tu savais gérer une situation dangereuse, m'avoua-t-elle. Je me rend compte que je ne peux pas que me focaliser à te garder en sécurité. Et puis, je ne pense pas que ce soit ce que nous aurons à affronter de plus dur durant le voyage. Tu n'as plus qu'à me prouver que j'ai eu raison d'accepter que tu viennes avec moi.

Sa déclaration était surprenante venant d'elle, mais je l'acceptais avec joie, sachant que si je me montrais à la hauteur, elle me laissera enfin l'aider sans que l'on se querelle. Le brusque bruit proche d'une pierre nous fit sursauter puis, devinant par quoi ce déplacement était causé, nous nous éloignions des environs où la Présence du reptile qui chassait commençait à être un peu trop forte. Nous nous cachions juste à temps, la tête de la bête enragée apparut derrière un monticule, balayant la zone du regard. Je parvenais à la voir grâce à une brèche, et un léger frisson me traversa en voyant son œil crevé empalé par la lance de Soraya. Une fois qu'il disparut à nouveau, je me laissais tomber lourdement dans la poussière, les nerfs trop à vif pour mon confort, et me remis à parler à voix basse :

  • Nous ne pouvons pas continuer à nous enfuir, il finira par nous trouver. Dis moi, as-tu une idée géniale pour nous sortir de là ? Si ça peut t'aider, il est blessé. Où, je n'en sais rien, mais avec la quantité de sang qu'il a perdu, l'explosion a du retirer sa protection par endroit.

Ses yeux s'illuminèrent une brève seconde avant de se voiler sous le doute, faisant éclater l'espoir d'avoir trouvé une bonne stratégie.

  • Possible, mais même en créant un pic, sa cuirasse risque de poser problème, me révéla-t-elle. Il reste un reptile donc, même sans armure, sa peau reste résistante. J'aurais de la chance si je visais au bon endroit, surtout s'il bouge.

Voyant qu'elle disait juste, je cherchais une autre faiblesse chez le Gueule-de-Fer que nous pourrions éventuellement exploiter, bien que peu ne me semble être d'une grande utilité, lorsque je remarquais que Soraya posa sa main au sol et, sans prévenir, déploya son Aura mais aussi, par la même occasion, sa Présence à une large échelle.

  • Soraya, qu'es-ce que tu fabrique ?! Il va nous repérer ! m'alarmais-je en entendant le rugissement du monstre qui revint à la charge.
  • C'est le but ! Prépare toi à courir à mon signal ! m'avertit-elle sans qu'elle ne fut le moins du monde perturbé par l'approche chaotique du reptile. Maintenant !!!

Sans plus attendre, je me précipitais avec elle, puis la vit se retourner brusquement au bout de quelques mètres pour voir le reptile qui chargeait. Elle se baissa de nouveau et, en synchronisation, la surface fut prise d'une étrange pulsation.

À l'instant où notre poursuivant entra dans la zone où la vague s'était manifestée, il s'effondra brutalement en avant dans la roche maintenant meuble. Je vis alors la composition de la roche changer une seconde fois, bloquant les pattes avant du Gueule-de-Fer dans le sol. Soraya, le sourire aux lèvres, se remit à courir avec moi.

  • Soraya c'est... c'est toi qui a fait ça ?! criais-je sous le coup de l'incompréhension et pour me faire entendre par rapport aux cris du Gueule-de-Fer qui s'arc-boutait pour se dégager.
  • Oui, j'ai eu l'idée de fragiliser la roche pour que son poids le fasse s'effondrer, puis j'ai ressolidifié le tout, m'expliqua-t-elle. Maintenant viens, j'ai senti quelque chose d'intéressant pendant que j'y préparais !

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