Insécurité

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Point de vue d'Anéon :

Je me tenais là, devant l'éboulement, moins de vingt minutes après avoir accompagné Rosvak parti en reconnaissance avec quatre autres soldats, deux hommes et deux nains, suite aux révélations du messager pour vérifier si le Gueule-de-Fer était bien à l'état de cadavre. Titania et Soraya étaient restées auprès de Grögh qui avait rassemblé un conseil pour discuter de ces nouveaux événements. Nous étions partis afin de les rassurer, personne ne pensant que le Gueule-de-Fer ait pu survivre au piège.

Seulement, voilà, nous trouvions devant nous sous la lumière des torches de roche solaire l'éboulement presque inexistant, plusieurs écailles noires et du sang séché témoignant de l'évasion du reptile, ainsi que la présence d'un tout nouveau tunnel. Je m'y avançais, effleurant de ma main la surface brillante et légèrement rougie à certains endroits en lignes ondulées et régulières. Le contact fut humide et froid. Je ramenais ma main gluante d'une bave puante. Je hohais sombrement la tête, regardant Rosvak qui hurla de rage.

  • Bons dieux !!! Il est tout de même pas immortel !!! On lui envoie presque toutes nos réserves de poudre, et il prend même pas la peine de perdre un membre ?!! Des écailles et un peu de sang, vraiment ?! Tout ça pour rien ?!

Je comprenais sa colère et la peur évidente qu'il manifestait mais, en vivant dans des contrées où il valait mieux garder son sang-froid, j'analysais calmement la situation. Il était blessé, aucun doute à avoir là-dessus. De plus, si je me fiais aux indices qu'il nous laissait, il était presque certain que le Gueule-de-Fer avait perdu une certaine quantité d'écaille, rendant sa peau exposée.

  • Rosvak, est-ce que tu sais si le Gueule-de-Fer à une capacité de régénération rapide ? le questionnais-je, m'attirant un regard incrédule de sa part.
  • Honnêtement, j'en sais rien. Chaque fois qu'on le croisait, il emportait les malheureux dans la mort.
  • Je vois. Il faut que je le retrouve, déclairais-je en empruntant le passage, faisant pousser un grognement de surprise au nain et des exclamations inquiètes de ceux qui nous acompagnait.
  • Ga... Attend gamin !!! hoqueta-t-il en me retenant, me forçant à m'arrêter. C'est très courageux ce que tu fais là, vraiment très. Mais il ne faut pas que cela te conduise à la folie ! Tu ne peux pas l'affronter seul !
  • Tout va bien Rosvak ! Je veux seulement m'assurer de l'étendue de ses blessures, le rassurais-je en décrochant sa prise. Vu la quantité d'écailles, il doit tout de même être bien amoché.
  • Laisse nous faire ça ! Nous avons mis ta vie une fois en danger, je ne vais tout de même pas te laisser recommencer !
  • Rosvak, c'est sûrement l'unique occasion que nous avons de le finir ! Ne veux-tu pas venger ses morts ? Crois moi, je sais ce que je fais !

Je n'aimais pas user de cet argument, mais je n'avais pas d'autres choix que de l'appâter de cette façon. Les yeux du lieutenant de ForgeFer se durcirent à mes mots. Je vis l'envie et la rage se déverser dans son regard, l'emportant lentement sur sa raison. À contre-cœur, le nain recula, continuant cependant de me fixer avec beaucoup d'hésitation.

  • Peux-tu me promettre de ne rien tenter de stupide ?

Je ne répondis pas à sa demande, mais je levais un pouce à son attention. Sans plus rien ajouter, je poursuivis le monstre en fuite, me laissant lentement glisser dans la peau du traqueur chassant sa proie, mes sens affûtés à l'extrême pour que rien ne m'échappe, car chacun d'eux sera d'une grande nécessité dans cette chasse mortelle.

oOo

Le bruit tenace de mes pas précipités se répercutait dans mes oreilles, et je regrettais à l'instant de ne pas pouvoir y remédier. J'avançais bien, sans entrer dans le rouge. J'allais vite, et je savais que je pouvais tenir le rythme pendant plusieurs heures. Je contrôlais ma respiration, l'air refroidissant mes poumons à chaque fois qu'ils menaçaient de brûler et calmant mon anxiété en la changeant en une prudente vigilance.

Depuis que la lumière des roches m'avait quitté, me laissant dans l'obscurité oppressante des lieux, je me fiais à ma seconde vue pour ne pas trébucher sur les imperfections que les écailles du monstre n'avaient pas eu le temps de lisser. Plusieurs fois, j'entendis le souffle lointain de celui que je traquais, presque imperceptible, mais qu'une ouïe perfectionnée par plusieurs années de chasse ne laissait pas filer. Il était tremblant, parfois grondant, me confirmant qu'il devait souffrir de quelques bonnes blessures. Plus j'avançais à lui, plus les tâches de sang étaient nombreuses. Son échappée l'handicapait davantage et, d'après la quantité de fluide vital qu'il perdait, il devait probablement s'affaiblir.

Si je devais lui reconnaître quelque chose durant un long moment, c'était sa tenacité. Depuis que j'étais parti, c'est-à-dire deux heures de traque intense, je n'avais pas pu le rattraper une seule fois, bien que je sois de nouveau en excellentes conditions physiques, reposé et rassasié. Il restait incroyablement endurant malgré son désavantage physique. Mais le voilà enfin qui atteignait ses limites. Nous revînmes soudainement dans des galeries qu'il avait déjà creusé, sans que cela ne me gêne grâce à sa piste ensanglantée. Je ressentais aussi bien mieux sa Présence, devenant plus proche à mesure que la distance entre nous s'amenuisait, les bruits de ses râles et de ses grognements devenaient progressivement plus puissant. Il devait sûrement faire des pauses, une supposition qui me traversa, car je retrouvais de plus en plus de sang à terre à certains endroits où cela formait une petite mare, et la distance qu'il me fallait parcourir pour en trouver de telles devenait plus courte.

Désormais, je n'avais même plus besoin d'être appliqué pour trouver des indices. Je n'étais plus très loin de lui.

oOo

Ce qui se passa ensuite resta un peu flou dans ma tête. J'étais plongé dans mes pensées, me demandant comment me débrouiller lorsque je me retrouverais face au Gueule-de-Fer, ne faisant plus vraiment attention au sol qui commençait à s'élever lorsque brutalement, sans signe avant coureur, je glissais sur une matière visqueuse qui me fit tomber en avant. Je dévalais une pente soudaine en roulant plusieurs fois sur moi-même, et retins un cri lorsque ma tête percuta un rocher. Frottant la zone blessée avec un râle, j'ouvris les yeux et les refermais aussitôt en constatant qu'il faisait jour. Un ciel avec des nuages, mais tout de même clair. Trop pour mes yeux qui n'avaient plus vu la lumière extérieur depuis un moment.

Lorsque mes yeux se réhabituèrent, lentement mais sûrement, à la luminosité du dehors, je pus étudier là où j'avais atteris. J'étais dans une clairière rocheuse, avec pas mal de rochers m'entourant gris clairs et foncés s'élevant en pics, penchés ou non. Certains étaient éclatés, mais j'ignorais si c'était récent ou non. Il y avait parfois de la mousse jaunie qui s'étalait et des brins d'herbes rachitiques qui poussaient épars, mais l'essentiel était surtout minéral. La présence de rouge dans ce décor monochrome juste sous mes yeux me ramena en un éclair dans la réalité.

J'observais plus attentivement ce qui se passait devant moi, tant au niveau visuel que spirituel. Il était tout proche, je le sentais, sa Présence plus forte que jamais me rendant presque malade.

  • Où est-ce que tu te caches, où est-ce que tu caches ? me murmurais-je à moi-même, dégainant le poignard que j'avais eu le réflexe d'emmener, arme certe dérisoire face à ce mastodonte mais qui me rassurais.

Je me glissais à pas de loup entre les roches, me fiant aux griffures laissées par le monstre pour me guider, attentif aux moindres bruits. Après avoir gravi un autre monticule, je me figeais face à ce que je voyais. Une montagne d'écaille gisait là, en désordre, sans leur propriétaire. Je dévalais sans réfléchir le promontoire et m'arrêtais juste devant, ne comprenant plus rien. Ce phénomène me laissa sans voix quelques instants avant que je ne reprenne mes esprits, complétement perdu.

  • Mais qu'est-ce que ça veut di...

Un horrible hurlement m'interrompit, me faisant me retourner brutalement et voir, à ma plus grande horreur et stupéfaction, le Gueule-de-Fer se tortiller de douleur, débarrassé de toutes ses écailles de fer noires pour la pierre grise qui parsemait la clairière. Bien que devant moi, alors que j'étais complétement vulnérable, il ne cherchait pas à m'attraper. Il ne faisait que pousser des cris aigus de souffrance en secouant sa tête, et je remarquais subitement que dans l'un de ses yeux était planté une lance en pierre où se déversait à profusion du sang.

  • Dégage de là Anéon ! me hurla Soraya qui se précipita sur moi sans que je ne la remarque auparavant et qui m'empoigna, m'éloignant du reptile déchaîné rendu fou par son action.

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