La montée sans fin

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Point de vue de Soraya :

Je retombais lourdement en arrière, cognant ma tête contre le sol. Avec un cri de douleur, je roulais sur le ventre et frottais mon crâne endoloris pour tenter de maîtriser le violent maux de tête que je sentais poindre. En faisant ça en revanche, mes yeux trouvèrent contact sur une surface entièrement blanche et lumineuse comme la lune. Ne m'y attendant pas, je me relevais avec précaution pour m'apercevoir que je me trouvais sur une plate-forme ornée d'étranges motifs en hiéroglyphes que je ne parvenais pas à reconnaître. Je n'en avais de toute façon pas le temps. À son extrêmité se poursuivait en une route qui lévitait au-dessus d'un abîme sans fond et montait, s'enroulant comme un immense escalier en colimaçon dont je ne pouvais voir la fin. Le néant m'entourait de toute part.

L'angoisse me prit à la gorge alors que je me rappelais mon agresseur. Qui était-il ? Pourquoi m'avait-il poussé contre le mur ? Alors que j'ignorais où je me trouvais dans cette ville, voilà que de nouveaux mystères apparissaient devant moi. Je n'avais hélas pas le temps de m'étendre à ce sujet, j'en avais conscience, malgré mon esprit agité. Il devenait urgent pour moi de partir au plus vite avant qu'un autre imprévu ne me tombe dessus. Mon regard me porta à nouveau sur le seul sentier que je voyais. Que devais-je faire, poursuivre par ce chemin ? Que m'y attendra-t-il cette fois ? Je marchais autour de la plate-forme qui était à mon plus grand étonnement totalement lisse, sans la moindre aspirité. Je me dirigeais jusqu'au bord, osant y jeter un coup d'œil. Un abîme sans fond.

  • Bien, on dirait que je n'ai pas le choix, soupirais-je en m'avançant jusqu'au chemin.

Après quelques mètres, je levais les yeux au ciel obscur pour mesurer la distance à parcourir. La montée s'élevait, s'élevait, s'élevait... Incalculable de là où j'étais. M'apitoyant déjà pour mes pauvres pieds et le morale à zéro, j'entamais l'ascension jusqu'au sommet.

oOo

Exténuée, je me laissais tomber au sol, non pas à bout de force, mais de désespoir.

  • Bon sang ! Il est infini ou quoi ce chemin, maugréais-je, à la fois épuisée mentalement, en colère et perdue.

J'ignorais le temps que je venais de passer à marcher, vérifiant parfois ma progression avec la plate-forme d'arrivée qui rétrécissait à mesure que je progressais, jusqu'à ce qu'enfin elle finisse par disparaître complétement. Mais jamais je ne semblais atteindre le sommet. C'était comme si le chemin ne cessait de s'étendre. Pourtant c'était impossible, il devait bien avoir une fin !

  • C'est repartie, soufflais-je en reprenant ma route.

S'il y a aussi quelque chose qui me tourmenta, c'était l'ennui auquel j'étais confronté. Il n'y avait strictement rien. Seulement les ténèbres et la lumière du chemin que je commençais à maudire plus que tout. Quant à la conscience que j'avais cru percevoir... elle s'était évanouie dès lors que je m'étais retrouvée là. L'homme étrange qui m'avait envoyé n'était plus apparut, et tant mieux pour lui. Je lui aurais fait regretté ce qu'il m'a fait.

En repensant à lui, j'étais encore stupéfaite de la façon dont il m'avait neutralisé par un simple regard. Et quel regard ! Jamais encore je n'avais vu tels yeux. Et me mettant totalement à sa merci, comme un hypnotiseur des sables*. Son comportement était aussi vraiment déroutant. Il n'avait rien fait d'autre que de me forcer avant de me jeter à l'écouter... me demander de le mener à quelque chose ou quelqu'un. Je n'en avais aucune idée.

oOo

Encore plus loin, toujours plus haut. Je n'en voyais pas le bout. Peut-être étais-je condamnée à errer ici, coincée dans ce lieu étrange et vide. Pourquoi continuer ? En tout cas, je n'en avais plus la motivation.

  • J'abandonne, m'effondrais-je en m'allongeant sur le côté, les jambes recroquevillées.

Il fallait que je me rende à l'évidence : je ne pouvais pas sortir d'ici. Cette montée devait probablement mener quelque part, mais je ne pouvais pas y progresser. Résolue à mon sort, je décidais de fermer les yeux en aggripant mes jambes pour me mettre en position fœtale. Je n'éprouvais pas la fatigue, ni la faim, ni la soif. Je ne pouvais ressentir que mes cinq sens et mon désespoir. J'en avais tout simplement assez, et au fond j'espérais me réveiller. Il passa quelques instants sans que je ne ressentis rien d'autre que mon souffle sur moi-même. Je laissais mes pensées vagabonder, toutes portant sur des sujets différents : avions-nous réussi à vaincre le Gueule-de-Fer ? Comment poursuivre ma quête en étant coincée là ? Anéon était-il parvenu à s'échapper de l'éboulement ? Que devenait mon père, mes amis, mon royaume ? Étaient-ils déçus, en colère, de mon comportement lorsque je me suis enfuie sans raisons valables ? Toujours plongée dans mes pensées assez sombre en accord avec mon humeur, je surpris une brise légère se lever, et me fis rouvrir mes yeux.

Je me trouvais à nouveau sur la plate-forme, comme si rien ne s'était passé.

  • Non ! Non, non, non, NON !!! hurlais-je en me relevant, hors de moi.

Quelqu'un se jouait de moi !

  • Faites moi sortir d'ici !!! Je vous préviens, si je vous attrape, vous allez regretter d'avoir vu le jour !!! éclatais-je, les poings serrés. Ce qui suivit me figea sur place.

Une Présence, plus imposante que celle du Gueule-de-Fer, brûlante, se fit ressentir.

C'est ce que tu crois, intruse ! Celui qui devrait être en colère serait plutôt moi ! tonna dans ma tête une voix grave et puissante qui me meutrit la tête.

Tout à coup, la surface de la plate-forme étincella vivement par ses dessins, faisant disparaître d'un claquement de doigt le chemin. Lorsque tout s'estompa, je me retrouvais dans un autre temple, mais ouvert sans aucun mur avec plusieurs piliers et au plafond manquant où j'y retrouvais le ciel étoilé qui venait de l'extérieur. Mais la joie d'être enfin sortie fut de courte durée.

Devant moi se tenait un gigantesque cristal bleu, magnifique, brillant de toutes les nuances qu'il pouvait prendre ; du bleu du ciel à celui des abysses, cela variait selon ma position. Mise à l'intérieur, repésentée par une mosaïque aux multiples cubes colorés, une forme était présente. Elle me semblait humanoïde, mais impossible de plus m'y approfondir. Car enroulée autour comme un serpent étouffant sa proie, me scrutant de ses yeux de feu, les crocs dévoilés en une mimique menaçante et furieuse, grondante et sifflante, m'apparut la même créature que sur la place de la ville. Mais vivante et non créée par d'autres êtres.

  • Un dragon, dis-je d'une voix dénuée d'émotion, sous le choc de ce que je voyais.

* hypnotiseur des sables : serpent du désert qui possède le pouvoir surprenant de pétrifier ses proies rien qu'en les regardant dans les yeux. Il peut être comparé au basilic, qui lui tue ses cibles par un contact direct avec son regard. Le seul moyen de se soustraire de son envoûtement est qu'il cligne des yeux ou se détourne de la victime. Des royaumes usent des yeux de l'hypnotiseur des sables pour tenir tranquille des adversaires ou des prisonniers.

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