Contrainte

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Point de vue d'Anéon :

Devant cette apparition aussi improbable qu'imprévue, je restais coi et ne me levais même pas, beaucoup trop sous le choc. La divinité mère, quant à elle, ne pipa pas un mot pendant que je la dévisageais, comprenant sans doute que je devais intégrer le fait que je me retrouve en sa présence... enfin pas trop longtemps. L'assimilation de l'information passée, je repris mes esprits et me relevais, revenant à un état plus neutre, dénué de l'admiration que n'importe quelle personne aurait eu en voyant l'être qui créa le monde. Je ne ressentais pas ce sentiment, si ce n'est qu'une légère surprise de la voir.

Et je dois aussi avouer que l'apparence aussi juvénile de la déesse me faisais hésiter entre me moquer ou me méfier de la voir ainsi, elle, la plus grande puissance céleste qui nous gouvernait. Droit, je croisais les bras et la regardais avec attention.

  • Puis-je connaître la raison de votre venue ici si ce n'est pas trop indiscret ? Nous avons quelques soucis actuellement, lui demandais-je glacialement, n'ayant pas oublié qu'elle avait évoqué un sujet plutôt sensible et qu'elle s'était servie de Soraya comme d'une marionnette.

Déesse ou pas, il y avait des limites ! Mon audace dut la surprendre car elle ouvrit de grands yeux, mais un sourire léger s'installa doucement sur son visage. Je ne savais pas comment le prendre, aussi je demeurais calme même si je ne pus m'empêcher de faire cette remarque :

  • Puis-je savoir ce qu'il y a de drôle ?
  • Oh, pardonne moi, gloussa-t-elle, les yeux brillants. C'est juste que tu es assez surprenant. Et avec un caractère bien trempé. Je connais plus d'une personne qui aurait eu une attitude bien différente de la tienne. Je m'attendais à autre chose qu'à un accueil aussi froid !
  • Et est-ce un mal ? répondis-je en haussant un sourcil, pas le moins du monde intimidé par ce qu'elle disait.
  • Pas du tout. Au contraire, tu ne te laisses pas faire. Pour toi, les rangs n'existent pas. C'est bien.

Et après c'est moi que les gens trouvent étrange ! Cette conversation devient ridicule ! soupirais-je silencieusement, ne perdant pas de vue que j'avais plus important que de bavarder. Je me demandais comment mettre fin à notre conversation lorsque Lyrhana me devança, me fixant cette fois avec sérieux.

  • Si je suis venu ici, c'est pour deux raisons. La première, comme je te l'ai dis avant, était de faire en sorte de vous faire sortir d'ici, en te demandant d'user de tes pouvoirs.

Je m'apprêtais à ouvrir la bouche pour protester, mais elle m'interrompit en levant une main.

  • Ou peut-être préférerais-tu laisser mourir Soraya ? Sache que si j'ai pu prendre le contrôle de son corps, c'est parce qu'elle a fini épuisé par le manque d'air. Il m'a été facile d'endormir sa conscience ainsi. Tu ne veux plus utiliser tes pouvoirs, soit. Mais serait-ce au prix de sa vie ? Tu étais prêt tout à l'heure à la défendre contre le Gueule-de-Fer, pourquoi pas maintenant ? Surtout alors qu'elle t'a aussi défendu en usant de ses dernière ressources pour le stopper alors qu'elle était à bout de forces.

Devant sa remontrance, je ne pouvais que rester silencieux, voyant à quel point elle avait raison. Je ne devais pas me montrer égoïste et aider la princesse en retour. Cependant...

  • J'ai du mal à maîtriser mes pouvoirs, me défendis-je sans pour autant la regarder en face. Cette fois, ce ne sera pas des petites attaques comme lorsque je repoussais les soldats. Il me faudra convoquer beaucoup d'énergie, et si je ne la contrôle pas, je risque de...

Un coup violent à la tête me fit tituber et tenir mon front avec un gémissement de douleur, les larmes au yeux. La déesse était juste devant moi, un doigt relevé en pichenette et me regardais avec dureté. Bon sang, comment pouvait-elle faire autant mal avec un seul doigt ?! Pour sûr, c'était une déesse de haut rang, ce qui me retira tous mes doutes à son sujet.

  • Hey, ça fait mal !!!
  • Arrête un peu de douter et contente toi de vous faire sortir de là ! J'ai vraiment l'impression de me retrouver face aux divinités lors de l'aube des temps. Toujours à se plaindre et sans jugeote.
  • Mais...
  • Suffit ! me stoppa-t-elle séchement.

Tout en frottant mon crâne endolori, je réfléchis intérieurement en me décidant. Pour arriver à sortir, il faudrait que je crée une explosion suffisante pour me débarrasser de toutes ces roches, en maintenant dans le même temps la barrière derrière et au-dessus de nous. Je m'en sentais capable, mais la peur me tailladait en me rappelant les circonstances qui ont fait que je me retrouvais dans ma situation actuelle. C'était ma trop grande confiance en moi qui m'avait tant coûté.

  • Ne pouvez-vous pas nous aider ? Soraya est votre Protégée, non ? tentais-je de la convaincre en usant d'un dernier argument.
  • C'est hélas impossible Anéon, se désola-t-elle sincèrement. Les dieux n'ont pas le droit de s'immicer directement dans la vie des mortels. Or, je viens de faire une grave entorse à la règle juste en venant vous voir.

Vaincu et comprenant finalement qu'il n'y avait pas d'autre option, je soupirais de résignation et relevais mes mains, faisant apparaître une lueur bleue qui parcouru mes bras et se condensa dans mes paumes. Tout ce qui me restait à faire, c'était lever une partie de la barrière et détruire les rochers devant nous. Lorsque l'énergie s'amplifia, chaude et électrique, puis devint suffisament puissante pour souffler le monticule de pierre, l'hésitation me prit et m'empêcha d'aller jusqu'au bout. D'horribles images de désolation et de mort revinrent à moi, et lorsque je fermais mes yeux pour ne plus les voir, celles-ci devinrent plus nettes, faisant battre frénétiquement mon cœur et trembler mes membres. Je craquais lorsque la brûlure de mon dos revint, plus ardente que jamais, et je tombais à genoux, me retenant avec mes mains pour ne pas m'écrouler. Bloquant ce que je faisais, je respirais bruyamment l'air acide en proie à la plus grosse panique.

  • Désolé, je peux pas faire ça ! pleurais-je en me recroquevillant, serrant en étau mes mains sur ma tête.

Cependant, bien que je restais le visage contre le sol en essayant désespérément d'échapper aux visions qui m'assaillaient, m'ôtant aussi la vue du monde réel, j'entendis un pas léger s'approcher et, alors que je m'attendais à me voir réprimandé pour ne pas avoir obéi, je sentis une douce caresse sur mon dos, interrompant mon tourment intérieur. Je relevais timidement la tête et vis Lyrhana, le visage paisible, qui me regardait avec le même regard maternel que ma propre mère autrefois. Elle resta à mes côtés quelques instants, le temps que je me reprenne, sans dire un mot de plus. Je m'asseyais en tailleur et essuyais les larmes qui avaient coulé, tâchant d'éloigner ces affreux souvenirs qui me tourmentaient.

  • Anéon, dis moi pourquoi tu as décidé d'accompagner Soraya ? me dis soudainement Lyrhana, sa question me surprenant.
  • Honnêtement ? Je ne sais pas vraiment, réfléchis-je, la gorge encore enrouée. Lorsque je l'ai vu sous ma tente, je me suis contenté de la soigner et de la ramener à Graroc. Et puis j'ai fini par être intrigué sur les circonstances qui ont fait qu'elle se soit retrouvée dans cet état. Je ne sais pas pourquoi, mais voir qu'elle voulait à tout prix retrouver ses amis et les sauver, même seule et blessée, m'a ému. Je... Je me suis un peu retrouvé en elle, et son caractère me rappelait ma sœur.

En auditrice respectueuse, Lyrhana me laissa parler, se contentant d'hocher la tête. Je poursuivis, sans me rendre compte que je ne pensais plus à rien d'autre, ni à ma douleur physique ou émotionnelle.

  • Je l'ai tout de suite bien apprécié et peut-être que j'en avais assez d'être tout seul, même avec Titania à mes côtés. Partir avec elle était aussi une occasion de voir plus de contrées et de gens différents. Et que ce serait aussi amusant, conclus-je en souriant.
  • Tu as aussi dit à Rolan que tu l'as protégerais, n'est ce pas ? me fis remarquer Lyrhana, et je hochais la tête. Alors tu dois tenir ta promesse.

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