Contrôle

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Point de vue de Titania :

J'étais de plus en plus inquiète à mesure que le temps s'écoulait. Lorsque j'avais vu grâce à ma vision d'Aura que mes deux amis s'en étaient sortis, je devinais presque aussitôt qu'Anéon avait dû placer un sort de protection. Il avait eu un bon réflexe, mais je savais aussi un quel point son handicap restreignait l'utilisation de ses pouvoirs dans le temps. C'était un véritable miracle qu'il puisse tenir si longtemps. Mais je ne me faisais pas d'illusion, ils n'étaient pas sauvés pour autant. Si le sort d'Anéon ne lâchait pas avant, ce sera le manque d'air qui les tuera. Et plus de deux heures s'étaient écoulées depuis qu'ils s'étaient retrouvés coincés. Nous devions nous dépêcher de les sortir de là.

Les nains et les hommes devant moi faisaient tout leur possible, mais pas assez rapidement. Ils n'avaient réussi qu'à déblayer seulement la moitié des rochers. Exaspérée, je vins à la rencontre de Grögh et de Rosvak qui participaient aussi à la tâche.

  • Ne pouvez-vous pas aller plus vite ? Appelez donc de l'aide, ou alors utilisez votre pouvoir Rosvak, comme tout à l'heure ! les suppliais-je en dépit de mon statut de fée.
  • C'est hélas impossible Dame Titania, regretta Rosvak qui soulevait de ses gros bras un rocher relativement important. Le temps que nous demandions l'envoie de nouvelles mains, nous aurons perdu un temps fou. Et je ne peux pas non plus utiliser mon pouvoir, je ne suis qu'un Manipulateur de Terre très simple. Peut-être me croyez-vous puissant, mais je ne peux que fendre le fer et le manier. Il n'est d'aucune utilité dans ce cas là.
  • Il a raison, le soutint Grögh qui grimaça en faisant rouler plus loin à autre rocher et en râlant sous l'effort. Il faut que vos amis tiennent bon jusqu'à ce que nous puissions les faire sortir de là.

Je serrais mes mains d'anxiétés, regardant là où les Auras d'Anéon et de Soraya reposaient, attendant que l'on vienne les sauver. Je n'en disais rien, mais je savais qu'il y avait une autre solution pour qu'ils sortent au plus vite. Seulement, cela pouvait aussi se révéler à double tranchant si il ne parvenait pas à contrôler correctement sa force. Je ne pouvais le forcer à faire ça, mais le temps pressait, et je savais que les nains ne parviendraient pas à les faire sortir avant que les rochers ou l'asphixie n'aient raison d'eux. Le seul espoir qui me restait, c'était qu'Anéon prendrait une décision au vue de la situation.


oOo

Point de vue d'Anéon :

Soraya et moi étions étendus côte à côte contre les paroies de la barrière, respirant bruyamment et avec difficulté à cause du manque d'air qui se faisait ressentir depuis un moment.

  • A... Anéon. Où est-ce qu'ils en sont ? haleta peiniblement Soraya qui avait le plus grand mal à rester éveillée.

Me redressant un peu pour mieux voir, j'eus un pincement au cœur en voyant qu'ils n'en étaient qu'à la moitié. Mais je ne voulais pas la faire désespérer, aussi je préférais lui dissimuler ça.

  • Ils ont bien avancé, mentis-je en essayant d'être convaincant.

Je la vis tourner sa tête vers moi, me scrutant avec une incroyable intention, puis elle se détourna et souria légèrement.

  • Quel menteur. Mais merci de paraître optimiste.

J'eus un rire gêné d'avoir été pris en flagrant délit, oubliant que Soraya savait deviner la vérité du mensonge aussi aisément que si je l'avait écrit sur mon front quand elle se concentrait.

Touchant rapidement ma blessure que j'avais bander avec ma tunique, je constatais que la douleur se tenait tranquille. Cela avait été une chance que Soraya et Titania avaient trouvé de la mousse curative dans les galeries souterraines, sinon, jamais je n'aurais pu tenir aussi longtemps. Je me fis la remarque que depuis que je connaissais Soraya, j'usais bien plus de mes pouvoirs en une journée qu'en cinq ans, alors que d'ordinaire j'évitais autant que je le pouvais. Mais pour le moment, ils ne m'avaient pas échappé une seule fois, ce qui atténuait le poids de ma conscience. Pourtant, ça ne voulait pas dire que je tenais à les réutiliser quotidiennement. Cette journée était exceptionnelle, et mes habitudes reprendront dès lors que nous quitterons ForgeFer.

  • Je te sens pensif, qu'y-a-t-il ? demanda faiblement Soraya, me faisant sortir de mes pensées.
  • Trois fois rien, ne t'en fait pas, la rassurais-je.
  • ... Anéon, je peux te poser une autre question ? hésita la princesse.

Je ne répondis pas tout de suite, voulant lui faire remarquer qu'il valait mieux économiser notre souffle. Cependant, je sentis qu'elle souhaitait ne pas se préoccuper de notre problème actuel, aussi je lui dis :

  • Seulement à condition que je t'en pose une en retour.
  • Hummm... Très bien. Mais je commence.

La princesse se remit droite et me fixa avec un regard que je ne reconnus pas d'elle. Les émotions qui habitaient d'ordinaire ses yeux avaient laissé place à un calme déroutant. Dès cet instant, il me semblait voir une autre personne, sans que je ne sache pourquoi.

  • Lorsque je t'ai dis qu'en usant de mon empathie, je pouvais faire un avec la personne envers qui je veux connaître ce qu'elle ressent, et bien, cela a été le cas pour toi, ce qui a fait que j'ai perçu quelque chose.
  • Ma fatigue, non ? lui suggérais-je en me rappelant qu'elle avait fait ça pour savoir mon état mais, à ma plus grande surprise, elle secoua la tête en fermant les yeux.
  • Je n'ai pas ressenti que ça. Ce n'était pas quelque chose de physique, mais d'émotionnel.

Elle s'interrompit et rouvrit ses yeux. Ce qu'elle me disait me troublait de plus en plus, mais la lueur que je percevais dans ses yeux me déroutais incroyablement. C'était comme si elle ne me regardait pas, mais qu'elle lisait en moi. Or, je ne me souvenais pas d'avoir déjà perçu ce regard d'elle avant. Je vis alors la marque de son bras luire étrangement mais, avant que je ne m'interroge, elle poursuivit d'un ton monotone :

  • Tu as peur de quelque chose, n'est ce pas ? Ou plutôt, un fait passé te rebute au point que tu te renies, t'obligeant à craindre ce que tu es. Mais ne t'es tu jamais demandé pourquoi avais-tu ce pouvoir ?
  • Soraya, qu'est-ce que tu racontes ? m'horrifiais-je en comprenant ce qu'elle voulait dire tandis que de douloureux souvenirs, des souvenirs qui me hantaient, revinrent m'assaillir. Je ne comprend pas.
  • Anéon, je sais ce qui s'est passé. Et je peux t'assurer que tu as fait tout ce que tu pouvais cette nuit là, continua-t-elle. Et tu sais que si tu l'acceptais, tu guérirais de l'intérieur. Mais tu refuses de te pardonner toi même. Voici alors ma question : pourquoi t'obstiner à croire que ce n'était pas le bon choix ?

Dès qu'elle prononça ces mots, je compris alors que je ne parlais pas avec la princesse. Passant de la stupeur à la colère, j'attrapais violemment ses épaules et plantais mon regard dans l'être qui manipulait Soraya.

  • Parce que ce n'était pas le BON choix comme vous dîtes ! répliquais-je d'un ton froid. J'ignore comment vous êtes au courant de ça, mais quoique vous en disiez, ce que j'ai fait est inexcusable. Je suis un meurtrier ! Cette nuit là, par ma bêtise, j'ai tout perdu !!! Tous ceux que j'aimais !!!

Un hoquet de pleurs m'échappa tandis que les évènements de cette tragédie emportant les êtres chers à mon cœur m'écrasaient, mais il était hors de question de me laisser aller. Je maîtrisais avec violence ce torrent de regrets et de tristesse du mieux que je pus, puis je repris avec fermeté :

  • J'ai répondu à votre question, alors répondez à la mienne : qui êtes-vous ? Qui habite actuellement le corps de Soraya ?
  • Je suis moi Anéon. Et toi, qui es-tu ? fut la réponse un peu moqueuse de l'entité.

De rage, je resserais alors ma prise, me contrôlant néanmoins en ne voulant pas blesser Soraya.

  • Une personne qui regrette ses choix passés et qui ne souhaite pas en reparler. Maintenant, pour la dernière fois, QUI ÊTES-VOUS ? articulais-je d'un air menaçant en essayant de contrôler le tremblement de ma voix sous l'émotion, amplifiant mon Aura pour faire comprendre que je perdais patience.
  • Aaaahhh... Tu es tellement têtu, se lamanta l'intrus qui baissa la tête. Mais ne crois pas que je vais en rester là. Soraya aura besoin de toute l'aide possible pour sa quête, et tu en fait parti. Ton soutien et la dévotion que tu mettras à l'accomplissement de sa mission auront une importante incidence sur sa réussite. Ce qui vous arrive n'est que le début d'un long périple et ne finira pas là où tu le penses. Aussi, tu devras tôt ou tard faire la paix avec toi même.
  • Que voulez-vous dire ? m'étonnais-je, dérouté par ce que l'être me racontait.

Tout ce qu'il disait n'avait aucun sens. La tête de Soraya se releva, et j'eus le souffle coupé en voyant ses yeux ayant perdu leur vert pour s'être changés en un violet améthyste.

  • Seulement une question, mon cher. Et je vais répondre à la première. De toute façon, il vaut mieux laissé faire les choses. Tu comprendras quand il sera temps.

Se dégageant de mon emprise, l'entité se mit debout et irradia d'une lumière qui me fit fermer mes yeux. Lorsqu'elle disparut, je fus stupéfait de voir que devant le corps de Soraya se tenait une petite fille d'à peine dix ans à l'allure spectrale. Ses cheveux blancs étaient reliés en une tresse qui tombait de son épaule gauche, ses yeux emplis de sagesse luisaient de cet incroyable violet et elle était vêtue d'une fine robe de soie blanche dépouvue de manche qui s'alliait à merveille avec sa peau de porcelaine. Mais ce qui capta le plus mon regard fut le dessin sur son front, plus foncé que le reste de sa peau. Un cercle solaire avec en son centre une étoile à quatre branche.

  • Lyrhana, murmurais-je en devinant qui se tenait devant moi.

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