Patience

7 minutes de lecture

Point de vue de Soraya :

Je ne sais plus depuis combien de temps nous sommes piégés sous les rochers. Une demi-heure, peut-être une ? Je n'y faisais pas réellement attention. J'étais surtout occupée à me demander si je faisais les choses correctement en utilisant le végétal curatif. Au fur et à mesure que j'appliquais la mousse fluorescente sur la plaie d'Anéon, le sang cessait peu à peu de couler. Pour ce qui était de stopper cette soudaine hémoragie, j'y arrivais sans trop de mal. Mais ce qui me posais vraiment problème, c'était la chair déchirée, et je ne savais pas comment me débrouiller. Personne ne pouvait me dicter la marche à suivre, et s'il était possible de refermer la blessure qui était tout de même impressionante. La seule personne qui aurait pu me montrer comment faire était Titania.

Lorsque je m'étais rendue compte de son absence, Anéon m'avait tout de suite rassuré en m'indiquant qu'elle avait réussi à sortir à temps. Mon soulagement passé, je m'étais remise au travail, sans réussir à soigner totalement Anéon. Et je ne faisais que gaspiller inutilement de la mousse, qui perdait peu à peu leur précieux contenu guérisseur. Je le savais lorsque leur luminosité disparaissait.

De guerre lasse, je décidais de souffler un peu et tendais mes mains derrière mon dos pour m'y appuyer, la tête relevée vers le plafond de roche. Le fait de savoir que toutes ces tonnes de minerais pouvaient nous écraser d'un instant à l'autre n'était guère rassurant.

Et dire que ce n'est que le début du voyage, soupirais-je. Je sens que la suite va être encore plus dure.

  • Qu'y a-t-il ? s'étonna Anéon qui se tourna vers moi d'une drôle de voix, s'apercevant de ma pause.

Je m'apprêtais à lui répondre lorsque je le vis mâcher quelque chose et la présence de mousses brillantes sur ses lèvres, ce qui était vraiment bizarre.

  • Anéon, est-ce que tu as quelque chose dans ta bouche ? l'interrogeais-je avec suspicion.

Il ne dit rien, mais il avança sa main vers moi et l'ouvrit, me dévoilant de la mousse. C'est avec horreur que je compris qu'il était en train de manger de cette chose. Sans attendre, j'empoignais ses joues et tirais violement dessus, lui arrachant un gémissement de douleur.

  • Aïe aïe aïe, arrête !!! se plaignit-il avec sa bouche pleine.
  • Dépêche toi de recracher tout de suite ! lui ordonnais-je en accentuant le tiraillement. Non mais vraiment, on a pas idée de manger tout ce qu'on trouve. Tu ne pourrais pas attendre que l'on sorte de là ?!
  • Mais stop !!! C'est pour ma plaie au dos ! se justifia-t-il, ce qui me fis lâcher prise en l'entendant.
  • De quoi ? Explique toi.

Ave des petits cris plaintifs, il se tint l'une de ses joues rougies et me regarda, les yeux furibonds.

  • Pour que certains remèdes marchent plus rapidement ou aient une meilleure efficacité, les ingrédients ont parfois besoin d'être transformé en onguent. C'est ce que je fais en mâchant la mousse. Vu que je n'ai pas d'eau avec moi, ma salive peut cependant tout aussi bien faire l'affaire et je parviens à y transformer en pâte. J'avoue que c'est peu ragoûtant à observer, mais ce qui compte c'est l'efficacité.

Sur ses paroles, il recracha dans son autre main ce qu'il mâchait, dévoilant effectivement une mixture de salive et de mousse mâchée fluorescente qui me fit prendre involontairement une légère expression de dégoût, ce qui n'échappa pas bien sûr à Anéon qui me regarda avec moquerie, toute trace de rancune volatilisée.

  • Et oui, la médecine n'est pas faite pour les petites natures, me nargua-t-il.

En réponse à son insolence, je lui mis gentiment une tape sur la tête.

  • Arrête un peu avec tes blagues et soigne toi donc. Tu ne risques pas de vraiment nous aider dans l'état dans lequel tu es, mais plutôt de nous gêner, répliquais-je en me mettant à son niveau dans la répartie.

Il prit un air faussement indigné, démenti par ses yeux bleus clairs qui exprimaient sa bonne humeur. Le jeune blessé tourna sa tête pour voir sa blessure et y appliqua sa pommade, lui arrachant une petite grimace sûrement à cause du contact encore sensible. N'ayant plus rien à faire, je vérifiais qu'il s'était occupé comme il le fallait de ses autres blessures. Je ne vis rien de bien inquiétant ou qui nécessite un quelconque soin, si ce n'est que je remarquais que pour un enfant de son âge, il possédait une musculature relativement développée. Je fis le lien entre ce que me disais plus tôt Titania, à propos du fait qu'Anéon avait déjà dû prendre les armes par le passé.

Curieuse, je décidais d'en apprendre plus sur mon jeune compagnon de voyage au passé encore inconnu.

  • Anéon, je dois avouer que tu t'es bien défendu face au pantin tout à l'heure, commençais-je en décidant de flatter son ego.
  • Je te l'avais dit, je sais me battre et me défendre. Même le plus imposant des monstres aurait du mal face à moi, se vanta-t-il sans se détourner de sa tâche, pas du tout modeste.

Décidément les hommes, quelque soit leur âge, sont vraiment tous les mêmes, constatais-je non sans surprise en roulant les yeux.

  • Même si le pantin t'a mis une belle raclée ? ne pus-je m'empêcher de lui rappeler sarcastiquement, ce qui fit s'assombrir ses yeux que je voyais de côté.
  • Ça compte pas ! protesta-t-il, vexé. Y a un Esprit qui a prit la place de l'autre que j'avais détruit ! D'ailleur, je me demande d'où il venait.
  • Oui... c'est assez étrange, affirmais-je prudement, ne voulant pas lui faire part de ce que je soupçonnais.

Le garçon dut percevoir mon hésitation, car il s'arrêta de masser sa plaie et me regarda avec sérieux. Je repris aussitôt contenance et décidais de le destabiliser pour éviter qu'il ne me questionne. Je préférais ne pas trop m'avancer sur l'hypothèse que mes assassins me poursuivent.

  • Sinon, je peux savoir où tu as appris à te battre ? Même si je n'en ai vu qu'une partie, tu parais remarquablement bien.

Bingo ! Je vis bien à la tête qu'il fit qu'il ne s'attendait pas à la question. Ce qui me surpris en revanche, c'est de voir son regard se voiler de gris, et je ressentis mon cœur se serrer. De la tristesse m'envahit, pourtant je savais que ce n'était pas la mienne, mais celle d'Anéon. Je regrettais immédiatement de le lui avoir demander. Cela a dut lui rappeler de mauvais souvenirs.

  • Pardon Anéon, je ne voulais pas être indiscrète. Si tu ne veux pas en parler, ce n'est pas grave.
  • Non, ce n'est pas non plus un secret, se reprit-il en retrouvant une meilleure humeur. En fait, si je manie aussi bien les armes, c'est grâce à mon père, m'expliqua-t-il en prenant cette fois un air nostalgique. Là où je vivais avant, dans une tribu nomade qui venait de l'Ouest, il était de coutume que les jeunes enfants, filles et garçons, apprennent à se battre dès qu'ils savaient bien marcher et courir.
  • C'est pas sérieux ?! m'exclamais-je, n'en revenant pas de ce que j'entendais.
  • Et non ! C'était comme ça. Nous étions des guerriers dont les seigneurs locaux réclamaient parfois assistance contre des barbares, des pirates ou des bandits. Alors nous devions être entraînés le plus tôt possible. Et avec mon père, qui était le chef de notre tribu, je me devais d'être un modèle pour les autres. Ce qui a été le cas. Je peux affirmer que j'étais le plus performant de tous les enfants de ma tribu.

C'était à peine croyable : Anéon venait d'une tribu guerrière. Voilà qui expliquait son aisance au combat. Et le fait qu'il me livre une partie de sa vie me remplissait de joie. Une preuve de sa confiance. Il reprit avec un ton mi amusé, mi plaintif :

  • Les entraînements étaient une vraie torture : course à travers bois poursuivis par des hurle-morts*, des heures d'endurcissement en apnée dans de l'eau glacée, lutte à mains nues ou armé d'un bout de bois, équilibre sur une corde tendue par des arbres au-dessus d'un cours d'eau bouillonant, rester le plus longtemps possible sur une main, porter des charges monstrueuses jusqu'à en tomber de fatigue ou les transporter...

Tandis qu'il énumérait ses exercices du quotidien, je ne pus m'empêcher de frémir à la pensée d'un tel calvaire.

  • Et tu ne t'es jamais plains ? s'enquis-je dès qu'il finit sa tirade. Je veux dire, tu étais qu'en même l'un des meilleurs, non ? Tu pouvais exiger une pause !

Il émit un petit rire, puis il regarda droit devant lui sans fixer un point précis, perdu dans ses pensées.

  • Même si c'était parfois difficile, m'avoua-t-il doucement, je donnerais tout ce que j'ai pour reprendre ma vie d'avant.

* hurle-mort : énorme loup vivant dans les forêts sauvages du continent et vit en meute pouvant compter une douzaine d'individu. Il se différencie des loups ordinaires par sa taille exeptionnelle, ses longues canines supérieures et sa morsure venimeuse. Ce canidé attaque aussi les homnidés. Il peut être domistiqué si l'on en attrape un jeune et est très fidèle à celui qu'il considère comme chef de meute.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 21 versions.

Recommandations

ChihuahuaBlack
Shanna Aguanieve est une étudiante totalement dissipée, qui se bat et qui ne porte que peu d'attention à son avenir. Luna est son exact opposée. Bonne élève, elle cherche toujours à en apprendre plus sur la psychologie humaine. Et alors qu'elle arrive au Lycée, son nouveau sujet d'étude est tout trouvé : la fameuse chef des délinquants...
1
0
0
84
Défi
el Sorio 2
un portrait chinois sur moi
5
1
9
1
Défi
Jérôme S

L'extase! L'extase totale! Imaginez vous cela? Je sortais du théatre et la piece "la machine infernale" de Cocteau m'avait ravi le coeur. Celui ci palpitait et battait la chamade.Bien que de nature timide naturellement , j'allais vers n'importe qui dire n'importe quoi! Je me sentais légé comme une plume et je courrais par les rues. "Le pavé du roi!" m'écriais-je et je bondissais comme un lunatique.
N'allez pas croire que je suis fou. Je suis simplement un être comblé.
 Par l'amour! J'allais voir ma promise et rien au monde n'eu pu me rendre plus heureux.
Je toquais a la porte. Je poussais le loquet.
Merde! Elle était entre deux gars qui la draguait ostensiblement. Je fus saisi d'une fureur sans pareil: je soulevais une chaise et la balançais sur les deux types. Ils détalèrent au taquet. Et je fut pris d'un dégout monumental pour cette petite catin .
Je pleurais beaucoup les jours suivants. Mon désespoir s'accrut de jour en jour et je tombais dans une mélancolie profonde comme cette chère Emma Bovary.
Pauvres âmes blessées! ayez pitié seigneur!Mais rien n'y fit.Mes prières étaient vaines.Un matin je pris mon revolver dans le tiroir de mon secrétaire. J'allais en finir .Mon état d'esprit à ce moment fut innéfable,inavouable même!
Japprochais l'arme de ma tempe.
C'était fini.

Jérôme S.....
1
1
0
1

Vous aimez lire Dragon Fire ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0